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INTRODUCTION XXXI

LA RÉVOLUTION DE i848

11 ne saurait être question, dans une étude avant tout littéraire, de retracer en détail l'histoire de la Révolution de 1848 et du rôle de Lamartine dans cette révolution. Pourtant ces quelques mois ont tenu dans sa vie une si grande place, ils apparaissent si bien comme l'aboutissement de quinze années d'efforts et d'attente ; ils ont, par la suite, si puissamment dominé ses souvenirs et orietrté sa pensée ; Lamartine a si souvent et de si bonne foi protesté contre ceux qui, ne voulant voir en lui que le littérateur, ont négligé L'homme d'action, qu'il faut donner une idée nette de celte action, qui est, après tout, une de ses « œuvres ». Tout portrait qu'on essaye de tracer de lui reste incomplet, si au Lamartine des lettrés et des gens du monde on ne joint pas ce Lamartine populaire, qui n'a dû sa célébrité ni aux Méditations ni aux Harmonies, et en qui la charité sociale, le sincère amour des humbles, Il désir de se faire une place dans tous les cœurs et à tous les foyers, ont survécu, nous Je verrons, à la dictature éphémère de Février.

On sait comment éclata la révolution, prévue depuis longtemps, et, comme iT arrive toujours, soudaine et inattendue au moment où elle se produisit. L'interdiction du banquet le- 24 au soir ; le 22, une foule de badauds groupés sous la pluie place de la Madeleine ; des barricades dans la nuit ; le 23, la démission de Guizot, qui semble tout calmer ; puis, le même soir, au milieu de la gaieté populaire, un coup de feu tiré sur la troupe et auquel la troupe répond par une salve ; une charrette chargée de cadavres promenée pendant la nuit à la lueur des torches : tels sont les événements de la dernière heure qui amènent la chute de la royauté. Le 24, à midi, Louis-Philippe, effrayé par l'insurrection grandissante, découragé par la défection de la garde nationale et d'une partie de l'armée, abdique en faveur de son petit-fils le comte de Paris, alors âgé de dix ans, et désigne la duchesse d'Orléans, sa mère, comme régente.

A ce moment précis commence le rôle de Lamartine. Sa puissance, légale ou toute personnelle, va durer, avec des iné galités, jusqu'à l'élection de Louis-Napoléon à la présidence-

de la Chambre (dO décembre -1848). Orateur sans mandat, i contribue à faire proclamer la République (24 février 4848) Membre du Gouvernement provisoire et ministre dos affaire étrangères, il fait, à l'extérieur, accepter de toute l'Europe le nouveau gouvernement que la France vient de se donner ; à l'intérieur, il lutte contre l'anarchie, réprime l'émeute, ets'em ploie de toutes ses forces à faire rentrer le gouvernement dans la légalité en hâtant les élections (23 avril). Enfin, élu le 40 mai membre de la Commission executive, il essaye vainement de résister au double courant de l'agitation socialiste et de la propagande bonapartiste.

Aussitôt après l'abdication de Louis-Philippe, la duchesse d'Orléans, accompagnée de ses deux fils et du duc de Nemours, s'était rendue à la Chambre, déjà livrée au désordre et à demi envahie par l'insurrection. Au milieu du tumulte, les député? Marie et Ledru-Rollin demandent l'organisation d'un gouver nement provisoire. Lamartine monte à la tribune. On se rap pelait un discours de 4842 où il avait soutenu les droits dt la duchesse d'Orléans1 : allait-il les soutenir encore? Ceux qui s'y attendaient furent déçus. Il parla nettement en faveur du gouvernement provisoire, c'est-à-dire de la République. L'effet de sa parole fut décisif: la monarchie était condamnée. Jamais il ne se repentit, lorsqu'il jugea plus tard, dans toute l'impar tialité de l'éloignement, les actes de sa vie publique, d'avoir ainsi donné le branle aux événements : « On m'a accusé pour ma conduite énergique au 24 février, déclare-t-il dans se? Mémoires politiques. Selon moi, on a eu tort. Il fallait me louer du parti de la République pris à temps et hardi ment pris, quand il n'y avait plus de roi et que la régence était impossible2. »

Le Gouvernement provisoire fut constitué le même jour, et complété le lendemain. Son premier acte fut la proclamation de la République, sauf ratification par le peuple, qui devait être immédiatement consulté. « La liberté, l'égalité, la fraternité pour principes, le peuple pour mot d'ordre, voilà le gouvernement démocratique que laFrance se doit à elle-même. » C'est en ces termes que, par la plume de Lamartine, le Gouvernement provisoire s'adressait au peuple français. Aux

i. En août i842, après la mort du duc d'Orléans, une loi avait attribué la régence au duc de Nemours ; Lamartine avait combattu énergiquement cette singulière dérogation aux usages de la couronne (cf. ci-dessous p. 117, ''.). On voit as^ez que la situation n'était plus la même.

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