XXXIV LAMARTINE: CKU\RES CHOISIES
A l'intérieur, malgré d'inévitables discussions, son influence n'était pas moins prépondérante. Abolition des lois restrictives de la liberté de la presse et de la liberté de réunion, admission de tous les citoyens dans la garde nationale, abolition de la peine de mort en matière politique, proclamation enfin du suffrage universel (5 mars), chacun des actes du Gouvernement provisoire semble la réalisation, article par article, du programme de libéralisme politique que développaient, depuis des années, les discours de Lamartine. Les rares lettres de février et de mars publiées dans sa. Correspondance, les brèves allocutions à des députations diverses recueillies dans la France parlementaire, respirent la joie quasi religieuse d'un triomphe qui n'est pas le triomphe d'une ambition, mais d'un idéal: « La République nouvelle, pure, sainte, immortelle, populaire et transcendante, pacifique et grande, est fondée1, » écrit-il au maire de Màcon ; et à Pelletan, le 21 mars : « Venez la fortifier et la diriger dans le sens de Dieu et du peuple, ç'esl un même mot pour nous. »
Mais, si la révolution politique, telle qu'il l'avait désirée et prévue, s'accomplissait presque sans effort, Lamartine n'était ni préparé ni disposé à faire ou à subir la révolution sociale2 ; et l insuffisance des réformes, toutes politiques, par lesquelles on avait cru satisfaire les exigences de l'opinion, éclata bientôt à tous les yeux.
C'est sur ce point que, presque dès le premier jour, et en dépit des apparences d'enthousiasme et de succès, commence le malentendu entre Lamartine et le public. Lamartine a cru que la question était avant tout politique : elle est avant tout sociale. Le peuple de 184& n'est plus la bourgeoisie de -1789; l'industrie, avec ses crises el ses problèmes, a fait naître d'âpres besoins, auxquels le bulletin de vote ne donne qu'une satisfaction dérisoire, et que la concession des ateliers nationaux ne suffit pas à apaiser : première difficulté imprévue. La seconde, non moins grave, ce fut, un peu plus tard, le désaccord entre Paris el la France : c'est Paris qui a fait, la république, et d'abord le pays l'accepte ; C'est à Paris ensuite que se poursuivent les expériences périlleuses, les émeutes,