‹ Œuvres choisiesChapitre 21 sur 124 · I. Lettre à Rolland, février i · texte numérisé non relu

I. Lettre à Rolland, février i

a. « Lamartine était socialiste à sa manière, écrit son disciple et apologiste M. de Ronchaud ; il voulait tourner les institutions et les lois au bien du plus grand nombre. Il croyait que la Bociété a des devoirs envers l'individu. » (La Politique de Lamartine, Introduction, p. lxxv). Programme bien vague pour un collègue de Louis Blanc !

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laquelle la majorité vouiait faire entrer, avec Lamartine, les modérés du Gouvernemenl provisoire; m.iis Lamartine exigea qu'on lui adjoignît Ledru-Rollin. C'était s'orienter nettement à gauche, et refuser d'être au pouvoir le délégué du parti modéré.

De ce jour commença pour lui la décadence. Il s'était cru assez fort pour faire sur son nom seul l'union de tous les partis; il n'arriva qu'à les mécontenter l'un après l'autre. Le 15 mai éclate une violente émeute : les insurgés envahissent l'Assemblée et proclament un nouveau gouvernement provisoire. Lamartine assiste impuissant au désordre populaire, que la garde nationale finit par réprimei\ La fermeture des ateliers nationaux (21 juin), les jours d'insurrection qui suivirent (23 et 24 juin) démontrèrent plus nettement encore l'impossibilité de ce gouvernement d'influence personnelle et de généreuse conciliation qui avait été son rêve1. La Commission démissionna le 24 au matin, après que l'Assemblée eut déféré « tous les pouvoirs exécutifs » au général Cavaignac.

On a honte de dire qu'au lendemain de cette chute le premier soin de Lamartine dut être de se disculper des accusations de toutes sortes qu'osaient formuler des ennemis sans pudeur. On alla jusqu'à l'accuser d'avoir détourné un ou deux millions du Trésor public, pour payer ses dettes, et acheter des terres en France ou des maisons à Londres! Les accusations d'ordre politique n'étaient guère mieux fondées: on lui reprochait d'avoir pactisé avec les communistes, d'avoir trompé le peuple en lui promettant l'organisation du travail, d'avoir retardé les élections afin de prolonger les pouvoirs dictatoriaux du Gouvernement provisoire. Lamartine dut écrire, le 24 août, sa Lettre aux dix départements, justification éloquente de son honnêteté et de sa bonne foi. Mais les vraies fautes, les seules,

i. « Ses qualités autant que ses défauts, dit fort justement Daniel Stem, la nature de son .génie autant que la trempe de son caractère, le rendaient impropre au gouvernement de l'opinion. Tout puissant à la séduire, il ne lui donnait pas d'aliment. Lui qui savait tout pressentir, il se montrait incapable d'exécuter rien. L'esprit duplication qui lie la veille au jour, le jour au lendemain, et conduit ainsi sans éclat, mais avec sûreté, les affaires publiques, il nr- le possédait pas... D'ailleurs, ses conceptions politiques étaient trop vastes, ses vues trop idéales, pour se combiner entre elles, s'arrêter et se restreindre à un plan défini... Son optimisme négligent, la persuasion fortifiée par d'inouïs triomphes que son éloquence parerait à tout, suffirait à tout, en France et en Europe, dans l'assemblée et sur la place publique, s'ils aidèrent à son élévation, entraînèrent aussi sa chute rapide. r> (Histoire de la Révolution de 1848, t. III, p. g.3).

INTRODUCTION WXVII

les fautes d'indécision, de ménagement de tous les partis, les conciliations qui, irréprochables par l'intention, prennent toutes les apparences de l'équivoque, les fautes qui tiennent à son caractère et même aux parties les plus nobles de ce caractère, celles-là ne sauraient être niées. On en subissait déjà les conséquences.

Lamartine prit part, comme simple député, à l'élaboration de la constitution de 1K18. L'autorité de sa parole contribua à faire adopter le principe d'une 'lhambre unique. Sur la (pieslion de l'élection présidentielle, son avis — qui, en fait; devait aboutir au succès de Louis-Napoléon et au second Empire — fut prépondérant.

Ce dernier acte de sa vie politique, si lourd de conséquences, mérite qu'on s'y arrête. Le président de la République doit-il être élu par L'Assemblée ou, au suffrage universel, parle pays tout entier? Telle était la question. Eu présence, dune part, du principe de la souveraineté populaire, d'autre part, des périls que peut faire courir à la République l'application de ce principe, Lamartine n'hésite pas: « Je sais bien, s'écrie-t-il,

qu'il y a des m nts d'aberration dans les multitudes; qu'il

y a des noms qui entraînent les foules comme le mirage entraine les troupeaux, Comme le lambeau de pourpre entraine les animaux privés de raison ! Je le sais, je le redoute plus que personne, car aucun citoyen n'a mis peut-être plus de son ame, de sa vie, de sa sueur, de sa responsabilité et de sa mémoire dans le succès de la République !.. Eh bien, malgré cette redoutable responsabilité personnelle,... je n'hésite pas à me prononcer en faveur de ce qui vous semble le plus dangereux, l'élection du président par le peuple. Oui, quand même le peuple choisirait celui que ma prévoyance mal éclairée, peutêtre, redouterait de lui voir choisir, n'importe : Aléa jacta est! Que Dieu et le peuple prononcent !' »

Rien ne peint mieux Lamartine qu'un pareil discours. Le sens des réalités ne lui manquait pas, il a raison quand il se plaint de ceux qui lui refusent catégoriquement « l'esprit pratique ». Mais, ayant vu et même prévu ces réalités, ce n'est pas d'elles qu'il prend conseil : c'est toujours d'un principe qui les domine, et que souvent elles paraissent condamner. Parla s'expliquent l'unité intérieure et les fréquentes contradictions de fait qu'offre sa vie politique ; par là s'explique comment,

I. Discours du G octobre iS/|8 {La France parlementaire, t. V, p. 46g)

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lui dont les idées furent toujours li génén logiquement enchaînées, on peul avoir, à De regarder qui actes, tanl de peine à Le jiu conscience Bcrupuh

lusqu'à l'intransigeance, et une conduite qu'on pourrait croire ambiguë: c'est le Lamartine de 1830, prêtant lesermentel refusant le service h la monarchie nouvelle : c'est bien encore le Lamartine de 1848 qui, ayant fondé la République, ouvre toute grande la porte à l'Empire1.

DERNIKRES ANNÉES El DERNIÈRES CEDYRES

\\('c l'élection de Louis-Napoléon à la présidence de U Ré* publique (40 décembre 1848) s'achève véritablement la carrière politique de Lamartine*. Il fut encore député jusqu'en I Lmii> Napoléon eut, paralt-il, la pensée de lui offrir un ministère : mais Lamartine resta dans l'ombre. Il ne devait plus en sortir.

Au point de vue des événements, les dernières années d vie peinent se résumer en quelques mots. Gêné dans sa fortune dés avant la Révolution, il quitte le pbuvoir complètement ruiné. L'histoire de sa longue vieillesse serait l'histoire lamentable des empruntai des échéances, des catastrophe-. des espérances qu'à chaque saison ramènent des récoltes bon nés ou mauvaise-, l'histoire surtout du travail acharné au quel il ne cesse de se livrer pour ne pas sombrer dans la ban queroute. Payer chaque année, avec sa plume, des centaine*1 de mille francs1, se faire journaliste, critique littéraire, ro mancier, historien, suffire sans défaillance, avec une en prodigieuse, à <■<•< « travaux forcés de la littérature », voilà la vie de Lamartine à plus de soixante ans.

i. On mesurera la rapidité et la profondeur de la chute de Lamartine, si l'on se rappelle qu'il ne fut pas élu, le >3 mai i64 i à l'A live. Ce n'est que deux mois après, à la faveur d'une élection partiell' lt département du Loiret \r désigna comme son représentant. Maçon en6n se décida, un peu plus tard, à le réélire.

a. Louis-Napoléon fut élu par 5 million' et demi de suffrages ; Cavaignjjc en avait obtenu i million et demi ; Lamartine, i^yio.

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