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INTRODUCTION XXXIX

Un moment il crut pouvoir y échapper. Le sultan mettait à sa disposition, en Asie-Mineure, un immense et fertile domaine. Lamartine alla le visiter et revint ébloui (1850) : ce furent ses derniers mois de bonheur et d'illusion. Mille impossibilités se dressèrent entre lui et cette fortune, entre autres le défaut de capitaux et l'obligation que lui imposait le sultan de résider et d'exploiter lui-même. Il revint se livrer à la pauvreté.

En 1858, c'est la débâcle. Une souscription nationale, ouverte en sa faveur par quelques amis, officiellement permise, peut-être combattue officieusement, ne donna qu'un résultat dérisoire. 11 fallut vendre Saint-Point, et Milly bientôt après (janvier 1861). En 1860, la ville de Paris lui avait fait don d'un chalet avec jardin, à Passy ; c'est là qu'il établit son atelier, on a pu dire : son usine de littérature. En 1867 seulement, une pension annuelle et viagère de 25 000 francs lui fut allouée, à titre de récompense nationale. Sa femme, si énergiquement dévouée dans le malheur1, était morte en 1863. Valentine de Cessial. lille de sa sœur Cécile, remplaçait auprès de lui les tendresses disparues. Elle lui ferma les yeux, avec une piété plus que filiale, le 27 février 1869.

Au cours de ces vingt années, Lamartine jette dans la circulation un flot d'deuvrôs diverses, de valeur très jnégale : les unes ne sont que de la copie destinée à assurer le pain quotidien : quelques autres (dont plusieurs ont été écrites avant 1848) rappellent et réveillent dans sa prose le charme intime de ses premières poésies ; quelques-unes enfin attestent un renouvellement de la pensée ou un rajeunissement du style bien inattendus dans cette laborieuse vieillesse, encombrée de besognes mercenaires.

Ces œuvres, — qu'il est impossible et inutile d'étudier dans leur ordre chronologique, — peuvent se répartir, à peu près, en trois groupes :

1° Ouvrages historiques : Histoire de la Révolution de 1848, publiée en 1849 : Histoire de la Restauration, écrite de 1851 à 1853 ; Histoire des Constituants (1834); Histoire de la Turquie (1854-1855); Histoire delà Russie (i$oo) : Mémoires politiques (1863).

2° Autobiographie et romans : les Confidences, Graziella,

i . On consultera avec intérêt le livre de Charles Alexandre sur Madame de Lamartine. On y lira en particulier des lettres de Mme de Lamartine, de la plus haute inspiration et du bon sens le plus solide.

Raphaël, commencés dès 1843, achevés avant la Révolution, publiés en 4849 ; Geneviève, le Tailleur de pierres de Saint- Point, les Nouvelles Confidences (1854) ; le Nouveau Voyage en Oriisnt(i%$d).

3° Vulgarisation : Vie des Grands hommes (dans le Civilisateur, à partir d'avril 4854) ; Cours familier de Littérature (à partir de 4856).

Des « Histoires », seules celles qui ont trait aux événements contemporains, et qui sont des mémoires plus ou moins déguisés, offrent quelque intérêt. Non que VHistoire de la Turquie ou VHistoire de la Russie soient ennuyeuses à lire ; mais ce répertoire d'anecdotes effroyables, dont l'atrocité fait penser au Lamartine excessif de la Chute d'un Ange, a trop visiblement été fabriqué en hâte et à coups de ciseaux pour qu'on ait le droit de s'y arrêter. Dans VHistoire de la Révolution de 1848 se retrouve par endroits l'éclat prestigieux des Girondins: les grands mouvements populaires, dont cette fois Lamartine a été le témoin, y ont la vie et la couleur des foules. Certains portraits de VHistoire de la Restauration, des épisodes du même ouvrage (comme la fuite et l'arrestation de Murât), méritent d'être retenus. Mais que dire d'une histoire de la Restauration en six volumes, où la campagne de France occupe un volume, les Cent-Jours deux volumes, et où Louis X VIII ne règne pas encore définitivement à la page 425 du quatrième tome? Que dire encore de ces Mémoires politiques, dont deux volumes sur quatre reproduisent mot pour mot VHistoire de la Révolution de 18481 Négligences de forme, sans doute, mais qui suffisent à montrer avec quelle rapidité fiévreuse travaille Lamartine. De tant d'œuvres jetées aux journaux, aux revues, au grand public, au peuple même, pas une ne va jusqu'à la postérité.

Les Confidences, avec l'épisode de Graziella, avaient été écrites dans une paix relative. Elles devaient paraître dans la Presse, qui avait de même publié en feuilleton les Mémoires d'Outretombe de Chateaubriand. Quand éclata la Révolution, Lamartine obtint de M. de Girardin que cette publication fût différée. Elle le fut seulement jusqu'en 4849 : c'était bien tôt encore pour montrer, selon l'expression même de Lamartine, « une tète blonde au milieu des luttes politiques », et Sainte-Reuve ne fut pas seul à trouver le contraste choquant1. Nous sommes

i. Sainte-Beuve parle de « l'inconvenance» de cette publication avec une extrême sévérité. V. Causeries du Lundi, t. I, p. ao.

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