INTRODUCTION M
mieux placés aujourd'hui pour goûter le charme de ces souvenu- d'enfance et de jeunesse, 1 raies < ionfessionsd'un optimiste, autour de qui toul a été beauté, pureté, sourires. Quand on a suivi Lamartine dans les luttes arides de la tribune et delà presse el traversé avec lui L'orage révolutionnaire, on éprouve à lire les Confidnicrs i|url<|ii<- rlm-c d*- <■•• •< lirlicieux rafraîchissemenl » qu'il Bentail lui-même en les écrivant. La descrip-
ii lu xill.iL'r ri .le i.i maison de Milly, les scènes de son
enfance paysannesque font partie de ce trésor de l'imagination où peuvenl aller se rafraîchir en pensée les écoliers de nos villes, prisonniers des murailles el des maîtres. IVude pages dans notre littérature respirent un sentiment aussi pro jbnd de la famille, el nous ne dirons peul être pas «l»- la m> lure, parce que la nature dépasse l'homme el souvenl I <■< •
mais toul simple ni de la campagne, façonnée par le travail
humain, <'t -i accueillante aux âmes d'enfants I . esl le [ me
de l'enfance heureuse, une sorte d Étn ■ chrétien à qui \u gile ne sérail pas étrang i
ESI pourtant, de même qu'on roudrait, à la phrase Quideel molle, un accenl plus nerveux, de même • » i j cherche, au milieu de toute cette douceur, quelque chose qui parle d'effort, de rie morale énergique el disciplinée, roui n*] ••>! <|u»' non chalance, abandon à des influences favorables. C'esl an beau fleuve qui coule, un bel arbre qui pousse ce n'esl pas un homme qui 8e forme L'enfance d'un Michèle! offre d'autres enseignements. L'enfance même de Hugo, livrée à plus de hasards par une mère moins attentive, mais si gaie, si débordante de jeux el d'aventures, a je ne sais quoi de plus réel et, s'il faut dire le mot, de plus \iiil que celle de Lamartine. i Capable de toutes les) énergies, maître si souvent de lui même el >lf- foules, peut-être faut-il chercher dans ces récits d'enfance le secrel de quelques-unes de ses invincibles pari de la difficulté qu'il eul toujours à se plier aui défaillances imprévues de son Bens pratique.
Un peu trop de complaisance à l'égard de sa propre bisti quelques portraits idéalisés à l'excès »le lui-même el des siens gâtent enfin, çà et là, la simplicité du récit. En écrivant les Confidences, Lamartine écrit un feuilleton : el c'est du feuilleton, en effet, que relèvent les épisodes romanesques de l'emprisonnement de son père -nus la Terreur1, de son amour d'en-
i. Los Tinta du prisonnier à Mme de Lamartine (Confidences, II. v-w) ont absolument imaginaires. Cf. P. do Lacretelle, Les Ori-jines et la jeui.esse le Lamartine, p. 137.
XLn LAMARTINE : OEUVRES CHOISIES
fant pour Lucy L**'; etc. Incapable de tenir les foules en haleine par les mirifiques imaginations d'un Eugène Sue, il pique le plus possible la curiosité populaire en transformant les faits et en embellissant la réalité.
Ce défaut est plus sensible encore dans Graziella, presque insupportable dans Raphaël. Mais au moins, dans Graziella, la beauté du décor fait-elle passer sur la médiocrité de l'intrigue et le peu de solidité des caractères. A défaut du poème des Pêcheurs, jadis commencé et perdu, c'est le roman des pêcheurs, de la mer tour à tour terrible et douce, des pauvres gens qui reçofvent d'elle la mort ou la vie. Il y a dans Graziella, sous des ornements d'un goût douteux, un fond de simplicité et de vérité humaine qui en explique le durable succès. Nous avons plus de peine à comprendre l'enthousiasme qu'excita Raphaël à son apparition. Ce genre de la biographie romancée, aussi faux d[i\e le roman historique, offre des facilités trompeuses auxquelles s'est laissé aller sans retenue la nonchalance de Lamartine. Les développements factices, l'emphase du style, l'exagération des sentiments font éprouver une vraie souffrance à qui se redit intérieurement les vers sobres et pathétiques du Lac. On a, en plus d'un endroit, l'impression pénible d'une parodie.
Les Nouvelles Confidences C'l8o4)sont,à bien des égards, plus originales et plus libres. Le parti pris d'optimisme y est moins sensible : Lamartine a su se rappeler le long ennui et les rancunes de sa jeunesse prisonnière. La vie, non plus de la campagne, mais de la province, y est peinte avec beaucoup de verve et de malice. On sent, dans les portraits de cette société d'autrefois, le jugement d'un homme riche en expériences de toutes sorte-. Malheureusement, il faut fournir au public l'indispensable histoire d'amour; et la seconde partie des Nouvelles Confidences, le long roman de Régina et de Saluce, où Lamartine semble encore une fois se mettre en scène sous un nom d'emprunt, ramène le mauvais goût et les fadeurs des moins bonnes pages de Raphaël.
Il faut attendre les Mémoires inédits — publiés seulement en 4871 par M. de Ronchaud — pour rencontrer enfin une « autobiographie» parfaite de ton, de mesure, de justesse, un récit exempt de descriptions oiseuses et de fades intrigues, où Lamartine, débarrassé du souci de plaire au public, et seul en face de lui-même, se livre sans apprêt. Ces Mémoires inédits,
l. Confidences, VI, yii-xvi. Cf. Lacretelle, ouvr. cité, p. 18G, note.
INTR0D1 l non XLI1I
trop peu connus 'lu grand publie, son! certainement,
les meilleures parties «lu \ t, le chef-d'œuvre
de la prose lamartinienne. I: rien ne (ail mieux sentir l'in-
tble vitalité* d'un tel génie que ce livre de jeuni renouvellement, Tenu après tant d'années de besognes litté- - hâtives el néj in peul dire que h - M
-■ni. pour la pi ilogue du réveil poétique,
admirable el inattendu, qu'offrait en 1857 la
>ixante-dix ans : il retrouve il - s émotions
de jeunesse, et, pour lea exprimer, la proi lue
le ton rapide el nerveux de sesmeilli i rieni
original au seuil du tombeau.
\| < posthumes mis à part, il semble que
Lamartine, dans toutes les œuvres de celte eepèce -•• ^< lit borné A reproduire el a développei en prose les scènes ••! les sentiments qui avaienl autrefois noui
nt en quelque sorte le commentaire, ou mieux la paraphrase, de Milly ou I
de .' icelyn. De mèmi ml pour Ihèi
quelques élégies des u Utat .-. telles « 1 1 1 • - le / el le / ''-' Ondirail que Lamartine a voulu traduire el mettre a la portée de tous peuple, enfants, ignoi la forme poétfque, ne pouvait être goûté que de quelques-uns; ,i l'intention de ce nouveau public, il transpose lea œuvres auxquelles il a dû sa première gloire, les amplifie, les dramatise, cl. fini! mot, les vulgarise On peul n -i<>n>
populaire : il ne faul pas les juger trop séi menl lit s'interdire toute sympathie pour le resb
travaux de Lamartine, où se marquent ourdavai
le souci de s'adressi île, ••! cette sorte '!<• charité litt.'-
i .un- qui donne désoi n • œui 1 1 - les plus
leur sens el leur accent.
I n-' devaient être que les premiers d'une série dé récits populai idée d'une littérature pour tous notait pas nouvelle Lamartine. Dès 1834, on s'en souvient, dans une ]>■■ sur l - iluait
vu prophète l'avènemenl d'une poésie populaire, qui sa répandre des vérités, <!>■ l'amour, de la lu-mu, des sentiments exaltés de rel - d'enthousiasme' Devenu i, en appa<
' Mil et d-àwMQS, p. g.
rence au moins, plus pratique, c'est en prose qu'il veut à ' présent parler au peuple. Déjà, en 1843, il avait donné Bon adhésion enthousiaste à un projel d'« encyclopédie populaire »
destinée à et niveler les intelligences » et à « faire descendre l'instruction, en la vulgarisant, jusqu'à la portée des masses1 •>. Il rêvait d'un grand quotidien, vulgarisateur et moralisateur, qui porterait au fond des campagnes, non l'écho des querelles politiques ou les vides péripéties d'un feuilleton, mais des connaissances, à la fois larges et précises, de science, d'histoire, de philosophie2. Dans la préface de Geneviève, un entretien supposé avec Reine Garde, l'ouvrière-poète de Marseille, lui permet enfin de développer longuement sa thèse : notre littérature est une littérature de riches, de gens oisifs et cultivés; au peuple hier ignorant, aujourd'hui affamé de pâture intellectuelle, elle ne peut donner qu'une nourriture artificielle et dérisoire: « De tout ce qui compose une bibliothèque complète pour un homme du monde ou pour une académie, à peine pourrait-on, dit-il avec force et justesse, extraire cinq ou six volumes à l'usage et à l'intelligence des familles illettrées, à la ville ou à la campagne. » Et ce peuple pourtant « veut s'instruire, se distraire, s'intéresser par l'imagination, s'attendrir par le sentiment, s'élever par la pensée ». Qui donc va s'occuper de lui, lui donner ce qui lui manque? Lamartine a voulu l'essayer.
11 y a dans Geneviève et dans le Tailleur de pierres d'admirables pages, simples et touchantes, vraiment humaines, comme il s'en rencontre peu dans notre littérature aristocratique et bourgeoise. Un large flot de sympathie circule à travers ces récits familiers. Lamartine connaissait bien le peuple — surtout le peuple des campagnes — et l'a aimé sans effort. Il a eu le sentiment si rare, à la fois chrétien et philosophique, de l'égalité profonde entre les hommes, différents de condition et d'intelligence, mais soumis aux mêmes épreuves de travail, de douleur et de deuil. On aurait tort de ne voir dans le mouvement qui l'entraine vers un public populaire que la recherche d'une renommée plus étendue ou d'un profil matériel qui lui était en effet nécessaire: un sincère élan de charité
I. Lettre à M. Cb.ipuvs-Montlaville, dans la France parlementaire, t. III, p. 386.
a. Lamartine n'abandonnera jamais ce rêve, où se mêlent si singulièrement le spéculateur et le poète. Sous une forme un peu différente, c'est bien ce qu'il tentera par exemple dans le Civilisateur, le Ce urs familier de Littérature, etc.