INTRODUCTION \I.V
le pousse vers les humbles. A cette œuvre d'éducation et de moralisation de la multitude il apporte toul son cœur.
El cependant, Lamartine s'en esl tenu à ces deux osais', et il semble bien avoir manqué de quelques-uns des dons qui fonl l'écrivain populaire. Incapable de ne pas se mettre personnellement en scène, son récit est toujours plus ou moins lin fragment d'autobiographie; il ne peut se détendre de prêter à ses héros, quels qu'ils soient, ses propres sentiments et ses propres pensées. Si riche de sensibilité imaginatfae, il a l'invention pauvre et souvent ma lad mi te : au milieu d'histoires dans lesquelles il n'y a « quasi point d'événements et d'aventures» se produisent soudain d'énormes catastrophes3 ou de miraculeuses rencontres3, trop invraisemblables pour être touchantes. Enfin, el surtout, Lamartine n"cst pas. n'a jamais su être gai : « Le rire esl une des mauvaises facultés de noire espèce, s'écriera i-il un jour dan- une sorte de malédiction indignée ; c'esl l'expression du dénigrement, de la moquerie, de la vanité cachée, el d'une maligne satisfaction de nous-mêmes en surprenant notre semblable en Ûagranl délit de ridicule... L'envie rit, la malignité rit, l'ironie rit, le mépris rit, la foule rit dans ses mauvais jours ; jamais la bonté, jamais la pitié, jamais l'amour, jamais la piété, jamais la charité, jamais la vertu, jamais le génie, jamais le dévouement, jamais la sagesse *. » Lamartine, écrivanl pour le peuple, ne donne aucun aliment à ce besoin dé gaieté qui suit la tâche accomplie, et qui est une i\*'s formes saines el nécessaires, sinon très raffinées, du repos. Lamartine touche, émeut, édifié : il n'amuse pas. Tendres, pieux, résignés, poussant jusqu'à l'absurde — on devrait oser dire : jusqu'à l'immoralité s — l'esprit de sacrifice, de Jocelyn à Claude le tailleur de pierres, tels sont ses héros. Qhse prend parfois à regretter, au milieu de toute celte vertu, le traître et le loustic du mélodrame : il est eei tain que Hugo, avec son sens énorme du comique et ses antithèses sans finesse, a beaucoup mieux su parler à l'imagination des masses.
i. Il faudrait y joindre l'épisode. si fraîchement poétique du petit Didier [Cours familier, xvvn" Entretien) et le médiocre Fior cTAliza («</., cxxiv*-cxxxa
Entretiens).
2. Par exemple, dans le Tailleur de pierres de Sainl-Point, l'explosion sous les pas de Denise.