‹ Œuvres choisiesChapitre 25 sur 124 · Cf. l'épilogue de Gen · texte numérisé non relu

Cf. l'épilogue de Gen

U. Cours familier, ive Entretien, t. II, p. 27.

5. Cf. le mariage de Denise et île l'aveugle, dans le Tailleur de pierres.

En renonçant au rôle de romancier, Lamartine entendait bien toutefois rester un éducateur populaire. La Vie des Grands hommes répond à cette intention. Des « Vies » comme «•.{Iles do Jacquard ou de Bernard Palissy montrent ce qu'un vulgarisateur génial peut tirer de pareils sujets.; cependant trop de ces études, hâtivement faites, écrites en tout ou en partie par des secrétaires», n'offrent que peu d'iTitérèt.

Enfin, à partir de d856, parait, par livraisons mensuelles, le Cours familier de Littérature, dont la collection ne comprend pas moins de 168 Entretiens, formant vingt-huit volumes : œuvre qu'on ne saurait négliger si l'on veut suivre Lamartine jusqu'au bout de sa pensée et de sa vie, mais dont le désordre et l'immensité ne laissent pas de rebuter d'abord le lecteur, même attentif. Une idée, pourtant, — toujours la même — finit par donner une espèce d'unité à cetle étonnante revue où défilent cote à côte, dans un voisinage au moins inattendu. Béranger, Homère, Mozart, Pétrarque, David, Confucius, Léopold Robert1 : répandre loin des villes et jusque dans les canïpagnes les plus reculées, au moyen de ce « musée mobile » des chefs-d'œuvre, le bienfait intellectuel et surtout moral de la culture littéraire, tel est le but que se propose une fois de plus Lamartine. Ce point de vue une fois admis, on ne saurait lui reprocher la faiblesse de sa critique, ni la forme toujours subjective de ses leçons : il ne s'agit pas de préparer des érudits ni des discuteurs, mais d'éveiller comme on pourra dans les âmes le goût du grand et du beau. De même, les longues citations ne sont pas seulement, comme on l'a trop dit, du remplissage, mais une des nécessités essentielles du genre : c'est le seul moyen qu'aient les lecteurs de se former une idée directe des œuvres dont on les entretient. Le défaut de méthode, la bizarre fantaisie des rapprochements sont plus difficiles à accepter; et pourtant, à force de parcourir en tous sens cette forêt de commentaires, de confidences, de citations et de narrations, on voit peu à peu se dégager les lignes encore confuses d'une véritable esthétique, que Lamartine n'a formulée nettement nulle part, mais dont les idées essentielles ressemblent fort à celles que développera Tolstoï dans l'admirable et paradoxal Qu'est-ce que l'Art?

De toutes ces œuvres offertes pêle-mêle à l'appétit intelle'cluel des foules, Lamartine n'en juge pas une seule du point de vue de l'art pur. de la beauté plastique, de la perfection

i. Jf Les 'il. dans l'ordre, du \\ie au ssixvu" Entretien.

INTRODUCTION XLVll

technique : il n'y cherche el he veut y voir que ce qu'elles ont de \ miment humain et d'accessible à tous. Il le demande avant tnul par qui, et dans quelle mesure, elles peuvent être comprises; ce qui ne touche que les lettrés ne l'intéresse pas. a Pourquoi, dit il avec beaucoup de force à propos du Buccès inégal de Paul et Virginie, pourquoi cette indifférence des classes lettrées, et cet enchantement dans !<•-> classes ignorantes?... La réponse est simple : e'est que le^ classes lettrées cherchent lflrt et que les classes ignorantes ne cherchent el n'applaudissent que la nature.... Les riches son! injustes envers les misérables, paire qu'ils s'abaissent par leurs m sites vulgaires ; les pauvres ne comprennent pas davantage les riches parce qu'ils ne comprennent que les besoins de pain. Ce sont deux races qui ne parlent pas ta même langue Comment pourraient-ils être justes les uns envers les autres mêmes mois chez eux signifient des choses opposées ' . » Va Lamartine n'a jamais oublié 'le se mettre, dans la mesure du possible, à la place de ce pauvreet «le cet ignorant. Ainsi s'explique que, passant rapidement sur cotre littérature classique, trop artificielle à sou gré, il aille de la littérature primitive, indoue, bébi aîque, chinoise, grecque, - source éternelle à laquelle le monde enfant s'est 'abreuvé, où p uventboii les nommes d'aujourd'hui, — .mv œuvres contemporaines el actuelles, chansons, romans, voyages, histoires, qui, pour des raisons toutes différentes, conviennent aussi au public' populaire. Celle espèce de choix, il l'a fait, en dépit <le quelques singufarités, avec une sûreté de jugement vraiment surprenante2. Tant de disconvenances entre leurs génies ne l'empêchaient pas d'admirer el d'aimer Béranger; il enviait ami calement ses dons de chantre populaire. Il découvre Mistral i\l. Entrelien) avec une joie profonde. Il Bail choisir dans TourguénefI (CXXX10 Entretien el suiv.) quelques-unes des pages les plus parfaitement simples, celles précisément qui répondent le mieux à son idéal «le littérature pour les humbles. Il signale ayee enthousiasme tes œui res d'Erckmann-Chatrian (CXXXV8 Entretien et suiv.). Bref, il n'est pas un des sujets abordés dans le Cours familier qui ne se rattache à celle idée dominante de l'ail pour tous, à la vision d'une littérature élar-

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