AVERTISSEMENT AU PA ÏS
La France, pense Lamartine, est mûre pour la liberté à laquelle la portent ses aspirations. Mais il y a encore deux, choses à appréhender :
â SUR LA POLITIQUE RATIONNELLE
l'apathie de la nation et l'aveuglement du pouvoir. Il signale ce double écueil et exhorte ses concitoyens à l'éviter.
Une idée vraie, une idée sociale descendue du ciel sur l'humanité, n'y retourne jamais à vide ; une fois qu'elle a germé dans quelques cœurs droits, dans quelques esprits logiques et sains, elle porte en soi quelque chose de vital, de divin, d'immortel, qui ne périt plus tout entier ; les passions, les vils intérêts, l'ignorance, l'habitude, les préjugés, la haine, peuvent l'écraser sous leurs pieds, peuvent la mutiler sous le sabre ou sous la hache ; ses fruits sont retardés d'un jour, d'un siècle ou deux peut-être (la Providence a la main pleine de siècles, et ne les compte pas dans son œuvre); mais au siècle marqué, mais au jour fatal, et peut-être y sommes nous! l'idée vivace, dont la semence a été répandue et multipliée par les orages mêmes, éclôt dans tous les esprits à la fois ; tous les partis la revendiquent comme leur ; toutes les opinions l'avouent comme le fond de leur pensée commune : prévu ou imprévu, un événement arrive, un accident peutêtre, et le monde est renouvelé. L'idée de liberté a tous ces caractères ; ^i la France voulait, si le pouvoir savait, ce grand fait de rénovation sociale s'opérerait sous nos yeux: rien ne s'y oppose, rien rie résiste dans les choses comme dans les esprits ; l'heure a sonné.
Mais la France veut-elle? mais le pouvoir sait-il? Oui, la France voudrait, mais elle veut faiblement ; ses longues convulsions, son repos de quinze ans, sa position fausse sur un droit méconnu et sur un droit contesté-1, sapeur des nouveautés, sa lassitude des expériences, sa défiance de l'erreur, de la vérité même, son industrialisme, culte amollissant de l'or, son engouement prompt, son dégoût rapide, seséblouissements de gloire militaire, sa secrète faveur pour un despotisme qui la flatte avec des conquêtes, qui l'étourdit avec des tambours, l'esprit de faction, de haine, dcdénigrcmenl mutuel qui use ses forces contre soi-même, et surtout, disons-le, son peu de foi dans la haute morale, l'affaiblissement dusen-
i . Le droit dynastique des Bourbons, méconnu par la nation après la crise de i83o, et le droit nouveau de Louis- Philippe, contesté àla fois par les légitimistes et par les républicaine.
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