SUR LA POLITIQUE RATIONNELLE
cre de son existence, et de nous y conduire par la persuasion de son éloquence et la domination de son génie; faute de cet homme, l'anarchie peut être là, vile, hideuse, rétrograde, démagogique, sanglante, mais impuissante et courte ; car l'anarchie même suppose de la force. Le crime a aussi son parti en France1, l'échafaud a aussi ses apôtres; mais le crime ne peut jamais être un élément politique ; le crime est la plus antisociale des choses humaines, puisque la société n'est et ne peut être que de la morale et de la vertu. Ce parti est hors la loi du pays et de la civilisation ; il est à la politique ce que les brigands sont à la société : ils tuent', mais ils ne comptent pas. La société n'a ni besoin ni appétit de sang; elle n'a pas même à combattre, elle n'a rien à renverser devant elle ; tout est nivelé sous ses pas. Cette admiration imitatrice pour les hommes et les œuvres de la Terreur n'est que du sophisme qui accompagne quelquefois le bourreau, comme il le précède toujours : c'est un arrière-goût du sang versé et bu dans notre époque de honte, que quelques insensés prennent encore pour de la soif, et qui n'est que le rêve du tigre.
Faute de vertu politique dans le pays, au premier tremblement du pouvoir, à la première bourrasque sur la mer tempétueuse de la liberté, une clameur générale s'élèvera : « Retournons en arrière, perdons plutôt tout l'espace déjà parcouru, plions les voiles, regagnons le passé ! » Le port le plus précaire sera bon. Le premier qui prendra le chapeau étriqué et la redingote grise se croira un Bonaparte, sabrera la civilisation et la liberté des branches à la racine, et dira : « Mon peuple », jusqu'à ce qu'on en cherche un autre pour mieux parer la servitude. Ce peuple libre n'aime pas assez la liberté; il croit toujours voir le temple de la gloire avec un héros sur le seuil, ouvert pour le recueillir et le venger d'une nouvelle anarchie. Il se trompe, le héros n'est plus ; et la liberté est son seul asile.
Cherchons donc la vertu politique, cherchons-la pour nous et pour les autres, le temps se chargera de l'exercer ; cher-
i. Depuis l'avènement de Louis-Philippe, les émeutes révolutionnaires avaient été incessantes. Les éléments les plus turbulents, groupés en sociétés telles que celle des Amis du peuple, s'efforçaient de ressusciter tous les souvenirs de la Terreur.
AVERTISSEMENT AU PATS 5
chons-la où elle est, dans une conviction forte, dans une foi sincère à la destinée progressive de l'humanité, dans un reli-icii\ respect pour notre dignité d'homme, dans une contemplation sévère du Imt divin que Dieu a placé devant h société comme devant la vie individuelle; ce bat, c'est luimême, c'est le perfectionnement de l'individu et le perfectionnement de l'être générique, l'humanité, qui «luit rapprocher de Dieu L'homme vertueux et la société elle-mên
DES DESTINÉES DE LA POÉSIE (i834)
Écrit pour servir de préface aux Méditations, l'opuscule Des Dcstie contient l'exposé desidé.esde Lamartine sur la poé- Bie après son retour d'I 'rient. L 'auteur Taoon te d'abord, non sansémotion, comment il a vu la poésie ressusciter en France avec la liberté après la chute de l'Empire. Puis, mêlant sa démonstration de récits ou de descriptions symboliques empruntée aux souvenirs de son récent .-oyage, il rappelle par quelles phases la poésie a passé depuis ses origines et expliqu m 11' doit être, à *"ii avis, la poésie du lendemain : elle doit devenir à la fois, pour êtr en harmonie avec l'époque, plus « rationnelle » et plus « populaire ».
Jïous donnons la partie la plus caractéristique de ce mauifcjlc lit raire.
LA POÉSIE DE t'A VENtR
Le monde est jeune, car la pensé,' mesure encore une distance incommensurable entre l'état actuel de L'humanité et le but qu'elle peut atteindre ; la poésie aura d'ici là de nouvelles, de hautes destinées à remplir.
Elle ne sera plus lyrique dans le sens où nous prenons ce mot : elle n'a plus assez de jeunesse, de fraîcheur, de spontanéité d'impression, pour chanter comme au premier réveil de la pensée humaine. Elle ne sera plus épique; l'homme a trop vécu, trop réfléchi pour se laisser amuser, intéresser, par les longs récits de l'épopée, et l'expérience a détruit sa foi aux merveilles dont le poème épique enchantait sa crédulité. Elle ne sera plus dramatique, parce que la scène de la vie réelle
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eielle, elle n s presque plus de forme qu'elle-même. K m que tout s'est ipirituaiisé dans le monde, elle ipiri-
tualise. Ella ne rent plus de mannequin, elle n'invente plus