‹ Œuvres choisiesChapitre 29 sur 124 · DES DESTINÉES DE LA POÉSIE · texte numérisé non relu

DES DESTINÉES DE LA POÉSIE

de machine ; car la première chose que fait maintenant l'esprit du lecteur, c'est de dépouiller le mannequin, c'est de démonter la machine et de chercher la poésie seule dans l'œuvre poétique, et de chercher aussi l'âme du poète sous sa poésie. Mais sera-t-elle morte, pour être plus vraie, plus sincère, plus réelle qu'elle ne le fut jamais? Non sans doute; elle aura plus de vie, plus d'intensité, plus d'action qu'elle n'en eut encore ! et j'en appelle à ce siècle naissant qui déborde de tout ce qui est la poésie même, amour, religion, liberté, et je me demande s'il y eut jamais dans les époques littéraires un moment aussi remarquable en talents éclos et en promesses qui éclôront à leur tour. Je le sais mieux que personne, car j'ai souvent été le confident inconnu de ces mille voix mystérieuses qui chantent dans le monde ou dans la solitude, et qui n'ont pas encore d'écho dans leur renommée. Non, il n'y eut jamais autant de poètes et plus de poésie qu'il y en a en France el en Europe au moment où j'écris ces lignes, au moment où quelques esprits superficiels ou préoccupés s'écrient que la poésie a accompli ses destinées, et prophétisent la décadence de l'humanité. Je ne vois aucun signe de décadence dans l'intelligence humaine, aucun symptôme de lassitude ni de vieillesse ; je vois des institutions vieillies qui s'écroulent, mais des générations rajeunies que le souffle de vie tourmente et pousse en tous sens, et qui reconstruiront sur des plans inconnus celte œuvre infinie que Dieu a donnée à faire et à refaire sans cesse à l'homme, sa propre destinée. Dans cette œuvre, la poésie a sa place, quoique Platon voulût l'en bannir'. C'est elle qui plane sur la société et qui la juge, el qui, montrant à l'homme la vulgarité de son œuvre, l'appelle sans cesse en avant, en lui montrant du doigt des utopies, des républiques imaginaires, des cités de Dieu, et lui souille au cœur le courage de les atteindre.

A côté de cette destinée philosophique, rationnelle2, politi-

i . On sait que Platon proscrivait de sa République, comme stérile et amollissante, toute poésie, à l'exception des hymnes aux dieux et des éloges des grands hommes.

2. Il peut être intéressant de noter l'abus que Lamartine fait de ce mot à celte époque de son existence : politique « rationnelle », poésie « rationnelle», christianisme « rationnel », et même adoration « rationnelle », toutes ces expressions, caractéristiques d'une des tendances dominantes de sa pensée, méritent d'être rapprochées.

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que, sociale, de la poésie à venu , elle i une destinée nouvelle

complir : elle doit suivre ls pente. des institutions et de le

presse; elle doil se faire peuple, et devenir populaire comme

la religion, la raison ei la philosophie. La press mmence

à pressentir cette œuvre, œuvre immense el puissante, «jui, en portanl sani ('>u* la pensée de tous, abaissa i i les

montagnes, élèvera les » illées, nivellera les inégalités <lr> intelligences, el ne laissera bientôt plus d'autre | turla tei re que celle de la raison universelle, qui aura multiplié n force pai la force detous*. Sublime et incalculable association de toutes les pensées, donl les résultats ne peuvenl être appréciés que par Celui « | < i > a permis s I nomme de la concevoir el de la réalise] '. La poésie de nos jours a déjà tenté cette forme, et des talents d'un ordre élevé se lont abaissés pour tendre la main au peuple . la poéaii - est faite 1 hanson . pour

Courir SUT I aile du refrain dans les > amps ou dans les i haumières; elle j a porté quelques nobles souvenirs, quelques généreuses inspirations, quelques sentiments de morale sociale ; mais cependant,, il faut le déplorer, elle n's guère popularisé que des passions, des h. une- ou des envi< popularise] dès vérités, de l'amour, de la raison, des sentiments exaltés de religion el il enthousiasme, «ju.- ces génies populaires doivent consacrer leur puissance à l!avenir. ( i ••! ; l'époque la demande, le peuple en .< -<>ii ;

il esl plus poète par l'âme que nous, car il est plus pri - de la nature: mais il .1 besoin d'un interprète entrecette nature el lui ; ces! à nous de lui en servir, el de lui expliquer, p sentiments rendus dans sa langue, ce que Dieu a mis de bonté, de noblesse, de générosité, de patriotisme ei de piété enthousiaste dans son cœur. Toutes les époques primitives de l'humanité onteu leur poésie-bu leur spiritualisme chanté : la civilisation avancée serait-elle la seule époque qui lit taire cette vois intime et consolante de I humanité Son sans doute; rien ne meurt dans l'ordre éternel des 1 hoses, tout se b forme: la poésie ost l'ange gardien de l'humanité à tou

1. Il avait paru phu de troii cents joornani eut jasqu .1 lepl cents icrai la monarchie <le Juillet.

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