‹ Œuvres choisiesChapitre 3 sur 124 · INTRODUCTION IM · texte numérisé non relu

INTRODUCTION IM

rait parfois, aux noms propres près, en face d'un site de France1. Celte langue-là, nous ne la retrouverons plus qu'exceptionnellement chez Lamartine, par exemple dans certaines parties de Graziella. Entre le Voyage et la «Taie -érie des œuvres en prose, les discours auront prisse, l'habitude se sera prise de l'amplification oratoire, et le souci de la vulgarisation se fera sentir, L'autre langue, c'est la prose des longs développements philosophiques ou.historiques, dont la brochure sur la Politi: gué rationnelle (1834) marque l'origine : prose rythmée, flatteuse à l'oreille, mais souvent abstraite, vague, et qui flotte autour de la pensée. G'esl la langue du Résumé politique du Voyage en Orient et de différents morceaux philosophico-religieux qui ne font pas corps, à proprement parler, avec le récil du voyageur. Le livre est, en effet, à deux lins, et son caractère est double : l'auteur a nettement entendu que la partie pittoresque aidât à lire et mil en relief la partie philosophique, véritable profession de foi de christianisme rationnel et de libéralisme politique

Devant le tombeau du Christ, en présence des lieux saints, Lamartine ne s'est pas défendu d'une émotion profondément sincère, bien touchante dan- la simplicité de son expression : « Je priai Dieu en silence dans le secret de ma pensée ; je lui rendis grâce d'avoir permis que je vécusse assez pour venir porter mes yeux sur ce sanctuaire de la Terre sainte :... de ce jour... mon voyage devint souvent une prière : et les deux enthousiasmes les plus naturels à mon âme, l'enthousi de la nature et celui de -on auteur, se retrouvèrent presque tous les matins en moi aussi frais et aussi vifs que si tant d'années flétrissantes et desséchantes ne les avaient pas foulés et refoulés dans mon sein ! .le sentis que j'étais homme encore en paraissant devant l'ombre du Dieu de ma jeunesse ! >» Mais cet épanchement sentimental ne représente qu'une parlie de la religion de Lamartine. Presque aussitôt, l'effusion du croyant fait place aux réflexions du philosophe : « A visiter les lieux consacrés par un de ces mystérieux événements qui ont changé la face du monde, on éprouve quelque chose kle semblable à ce qu'éprouve un voyageur qui remonte laborieusement le cours d'un vaste fleuve comme le Nil ou le Gange, pour aller le découvrir et le contempler à sa source cachée et inconnue.... Si je considérais la chose comme philosophe, c'était le point de dépari du plus grand événement

i. V., par exemple, Voyage, t. I, p. 280.

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qui .lit jamais remué le monde moral el politique, événement dont le contre-coup imprime seul encore ira reste de mouvement el de rie au monde intellectuel !.... !>«' là avail coulé le christianisme,... qui aujourd'hui... a comblé tous les abîmes de la ■ i baigné 'l<' ses tl««ts intarissables le passé, !<■

présent el l'avenir... »*. Ailleurs encore Lamartine ne peut s'empêcher d'apporter dans la contemplation des Lieux sanctifiés par les plus pieuses traditions le regard critique «b' l'historien : " \n sortir de l'église du Saint-Sépulcre, nous >uivlmes la Voie douloureuse, donl M. de Chateaubi iand a donné un si poétique itinéraire. 1 ï ■ * - r i de frappant, rien de constaté, rien de vraisemblable; des masures de construction moderne, données partout par les moines pour des vestiges incont des diverses stations du Christ. L'oeil ne peut avoir même un doute, et toute confiance dans ces traditions locales est détruite d'avance par l'histoire des premières années «lu christianisme, ou Jérusalem ne conserva pas pierre sur pierre, <>ii \r> chrétiens furenl ensuite bannis de la ville pendant de nombreuses années... -. Sur plus d'un point, l'auteur du Voyage en Orient est plus proche il»' Renan que de Chateaubriand.

Enfin, tandis que Chateaubriand ne voyait en Orient que les solennels souvenirs du christianisme, Lamartine découvre, avec une sympathie profonde, le monde musulman. Le Turc ou l'Arabe n'est pas seulement pour lui une pale et brune ligure, drapée dans son burnous ou coiffée d'un turban, qui complète le paysan ; il entre dans ses pensées, paria.' rêves, admet sa religion. Devant le tombeau même du Christ, il se plaît à rendre 1 1 < > 1 1 1 1 r 1 .- 1 i r ■ - à la tolérance de l'Islam. Il aime la dignité musulmane, la réserve parfaite «le- manières jointe à l'impétuosité de l'imagination et «lu caractère. Il cherche a se trouver avec les Orientaux une parenté mystérieuse. I a propos bizarres de lady Stanhope a ce Bujet lui plaisent au point que, dan- ses Mémoires politiques, il les reprendra pour -un compte, «'il les encadrant d'une anecdote visiblement apocryphe3. Mais surtout, au-delà de la soumission chrétienne, au-delà «lu stoïcisme antique, la fmiuentation des Orientaux lui a révélé une sagesse à la fois plus humble et [«lus profonde : il en met l'expression dansla bouche inspirée de lady Stanhope : mais on peut dire que cette sagesse nouvelle est l'âme cachée

i. Voyage en Orienta t. I, p. 2DI et suivantes.

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