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aurais emmenés ensemble, et j'aurais élevé le bel enfant en le laissant auprès de la mère. Nous nous adressâmes à un courtier de la connaissance de M. Morlach, qui entra en pourparler avec le propriétaire de la belle esclave et de l'enfant. Le propriétaire fit d'abord semblant de vouloir effectivement la vendre, et la pauvre femme se mit à sangloter plus fort, et le petit garçon se mit à pleurer aussi en passant ses bras autour du cou de sa mère. Mais ce marché n'était qu'un jeu de la part du marchand, et. quand il vit que nous donnions toutde suite le prix élevé qu'il avait mis à ce couple, il prit le courtier à l'écart et lui avoua que l'esclave n'était pas à vendre, qu'elle était l'esclave d'un riche Turc dont cet enfant était le iils; qu'elle était d'une humeur trop lièrc et trop indomptable dans le harem, et que, pour la corriger et l'Humilier, son maître l'avait envoyée au bazar comme pour s'en défaire, mais avec l'ordre secret de ne pas la vendre. Cette correction a souvent lieu, et, quand un Turc est mécontent, sa menace la plus ordinaire est d'envoyer au bazar. [Nous passâmes donc.
Nous suivîmes un grand nombre de chambres contenant chacune quatre ou cinq femmes presque toutes noires et laides, mais avec les apparences delà santé. La plupart semblaient indifférentes à leur situation et même sollicitaient les acheteurs ; elles causaient, riaient entre elles, et faisaient elles-mêmes des observations critiques sur la figure de ceux qui les marchandaient. Une ou deux pleuraient et se cachaient dans le fond de la chambre, et ne revenaient qu'en résistant se placer en évidence sur l'estrade où elles étaient assises. Nous en vîmes emmener plusieurs qui s'en allaient gaiement avec le Turc qui venait de les acheter, prenant leur petit paquet plié dans un mouchoir et recouvrant leurs visages de leurs voiles blancs. Nous lûmes témoins de deux ou trois actes de miséricorde que la charité chrétienne envierait à celle des bons musulmans. Des Turcs vinrent acheter de vieilles esclaves rejetées de la maison de leurs maîtres pour leur vieillesse et leurs infirmités, et les emmenèrent. Nous demandâmes à quoi ces pauvres femmes pouvaient leur être utiles. « A plaire à Dieu, » nous répondit le courtier ; et M. Morlach m'apprit que plusieurs musulmans envoyaient
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des deux sexes, pour les nourri i par charité dans leurs maisons. L'esprit de Dieu m abandonne jamais loul a fait les bomi
I.' - dernières i li tmbres que nous visitâmes étaient a demi Fermées, et on nous en disputa quelque temps I entrée ; il u'n avait qu'une seule esclave dans chacune, joui la garde d'une femin ni de belles el jeunes Circassiennes nouvel-
lement arrivées de leur pays Elles étaient retues de blai avec une élégance el une coquetterie remarquables Leurs beaux traits ne témoignaient ni chagrin ni étonnement, maia une dédaigneuse indifTérence. Ces belles esclaves blanch ie ou de Cin nt devenues extrêmement i
depuis que les Grecques ne peuplent plu- les sérails, «•! quela
Russie .1 interdit le cornu des femmes. < ependanl les
familles géorgiennes élèvent toujours leurs filles pou honteux commerce, el des courtiers '!<• contrebande parviennenl à en emmenei de temps en temps d< - I
l»ii\ de ces belles esclaves va jusqu'à doute ou vingt mille piastres de troia a cinq mille francs . tandis que les esclaves noires d'une beauté ordinaire ne se vendent que cinq i -i\ cents Francs, el les plus belles mille à douze cents. En trahie et en Syrie, on en aurait pour cinq à six cents piasl cenl cinquante à deux cents fran I • nnes
était d une beauté accomplie: les traits délicats el sensibles^ l'œil doux et pensif, la peau <l une blancheur el d'un éclal admirables Mais la physionomie des feinn pays est
loin du charme et delà pureté de celles des arabes : on sent le Nord dans i es figures Elle fut vendue so ur le
li. h. 'in d'un jeune pacha de Conslanlinople. Nous sortîmes le cœur flétri .1 les veux humides de cette scène, qui se renouvelle tous les jours et à toutes les heures il uis lr> villes de l'Orient, el nous revînmes pensifs au bazai de Stamboul. \ oilà ce que c'est >\\\<- les législations immobiles '. Elles
ut les barbaries séculaires et donnent le droit d'antiquité et ilf légitimité à tous les crimes. Les fanatiques du sont aussi coupables el aussi funestes à l'humanité que les fanatiques de l'avenir. Les uns immolent l'homme à leurs
il iie, qui appartieneent toutes deux à la I;
■ont ûtaéei lune au sud, l'autre au nord du Cau
ignorances et à leurs souvenirs, les autres à leurs espérances et à leur précipitation. Si l'homme faisait, pensait, croyait ce que faisaient et croyaient ses pères, le genre humain tout entier en serait au fétichisme et à l'esclavage. La raison est le soleil de l'humanité: c'est l'infaillible et perpétuelle révélation des lois divines, applicable aux sociétés. Il faut marcher pour la suivre, sous peine de demeurer dans le mal et dans les ténèbres ; mais il ne faut pas la devancer, sous peine de tomber dans des précipices. Comprendre le passé sans le regretter; tolérer le présent en l'améliorant; espérer l'avenir en le préparant: voilà la loi des hommes sages et des institutions bienfaisantes. Le péché contre l'Espril-Saint , c'esl ce combat de certains hommes contre l'amélioration des choses; c'est cet effort égoïste et stupide pour rappeler toujours en arrière le monde moral cl social que Dieu et la nature poussent toujours en avant : le passé est le sépulcre de l'humanité écroulée ; il faut le respecter, mais il* ne faut pas s'y enfermer et \ouloir y vivre.