Dès i83o, Lamartim avait considéré le n reniement
France se donnait comme une sorte de compromis entre la monarchie el la république et d'acheminemenl rime plus libéral encore.
1 lettre Xur la Politique rationnelle (ci-dessus, p. i).
tilUBTlilt. — if.os» (j
iil LA FRANCE PARLEMENTAIRE
Que doit faire ce gouvernement ? Se tenir debout contre l'excès' d'impulsion qu'une commotion révolutionnaire imprime loujours aux choses et aux esprits; empêcher que quelque choc imprévu de la France et de l'Europe ne brise tout et surtout nous-mêmes ; en un mot, donner de l'air aux événements, laisser retomber cette poussière d'une monarchie écroulée, derrière laquelle les puissances croyaient voir un abîme de révolution et de démagogie, pour leur donner le temps d'y voir, au contraire, un ordre nouveau, mais un ordre réel, quoique libéral et populaire, un foyer de liberté, mais non pas d'incendie pour l'Europe. (Bravos à gaiiche.")
Oui, voilà son œuvre, et il l'accomplit courageusement. Oui, jusqu'en i834 le gouvernement ne fut qu'une lulte courageuse contre le désordre matériel1 : une révolution ne rentre pas en un jour dans son lit régulier. Ce n'est qu'en l83/5 que le gouvernement put avoir une politique, et ce n'est qu'à ce moment aussi qu'entré dans la Chambre je commençai moi-même à combattre souvent avec l'opposition les tendances, les symptômes, les excès des actes du gouvernement de Juillet.
La première de ces tentatives, celle qui m'indiqua que le gouvernement pouvait peut-être ne pas saisir dans l'origine la vraie ligne qui devait le conduire à l'organisation d'une démocratie monarchique, ce fut la tentative d'hérédité de la pairie. Je la combattis ; je la combattis en écrivain obscur'. Qui, je sentis dès ce jour-là que le gouvernement n'avait pas lésons véritable de sa nature, de sa mission; je sentis qu'il cherchait la force de la démocratie dans une institution aristocratique, et dès lors j'eus quelques inquiétudes sur la suite des actes de ce gouvernement.
i. Le « désordre matériel », constitué par les soulèvement républicains, avait été arrêté par la répression sanglante de l'insurrection d'avril i*3'-t.
:.». D'après la Charte de 181A, le roi pouvait conférer la pairie soi) à litre viager, soit à titre héréditaire. Après la révolution de i83o, la question se posa de savoir si la pairie héréditaire, peu compatible avec les tendances nouvelles de l'opinion, devait être conservée. Au moment où le débat s'ouvrait sur celte question (septembre i83i), Lamartine, clans sa Politique rationnelle, se prononça catégoriquement pour la suppression de l'hérédité. Quoique le gouvernement, dirigé par Casimir Périer, en désirai manifestement le maintien, une loi du 29 décembre abolit finalement la pairie bérédi taire.
La seeonde, ce Purent lea lois de septembre"*.
Je ne veux pas revenir au 1 <> 1 1 ur sur ces lots ; nous les avons débattues assez ici. Je les ai combattues, derrière qui? derrière les hommes les plus attachés à la fois à la liberté, aux institutions et à la dynastie qu'ils avaient fondée; derrièrele vénérable R.oyer-Collard, qui était et qui reste dans mis souvenirs comme un symbole de l'esprit conservateur en Fran derrière M Barrot, derrière M Dufaurc, derrière M. Dupin. qui, certes, avaienl donné assez de gages de leur attacher] à la liberté el aux institutions de Juillet. Je les combattis, et l'avenir vous a dit si cette pensée <pie je manifestai alors, si cette crainte de voir la liberté de discussion si complète en apparence, et cependant si limitée en réalité et par l'énormitc des cautionnements, et par l'immensité des peines, et par le monopole légal (pie le gouvernement pouvait, & un jour donné, s'attribuer dans les départements, si cette crainte, dis -je, était fondée. Vous l'avez vu, et je ne veux pas vous rappeler l'époque où vous avez gémi vous-mêmes de ce que vous aviez fait. Souvenez-vous des Mimées où la presse fut monopolisée entre les mains d'un seul parti !
La troisième, je serai plus bref encore; car je sais à quelles délicatesses, à quelles susceptibilités de conscience je toucherais en renouvelant la discussion à cet égard. Je veux parler des fortifications ;. Je respecte tout ce qui est respec-
i. En i835, à l.i suite île l'attentat de Fieschi contra Louis-Philippe, le ruement profita de l'émotion publique pour faire voter trois loi trictives île la liberté, connues sous le nom de lois de septembre : l'une sur le jury, la Beconde sur le jugement des actes de rébellion, la troisième sur la presse. Cette dernière, la plus importante, élc\ait le taux du cautionnement exigé des journaux, aggravait la pénalité et créait de nouveaux délits. Elle eut pour résultat de taire disparaître ou de réduire à l'impuis ions les journaux républicains Au eours de la discussion qui se prolo à la Chambre du i3 au 29 août. Lamartine avait prononcé un grand dis contre le projet de loi sur la presse (La France parlementaire, t. I, p. 17?). Royer-Collard avait soixante-douze ans et depuis longtemps n'était plu* monté à la tribune, lorsqu'il intervint dans la discussion des lois de septembre'. 11 mourut en i845, avant cessé depuis plusieurs années de p< part à la vie politique.
3. En iiS'ii, le ministère Soult-Guizot fit voter une loi décidant l'érection des fortifications de Paris, ou plutôt ratifiant la décision déjà prise égard par le ministère Thiers. Ce projet fut extrêmement combattu, pour des raisons diverses, par des adversaires appartenant à tous les partis. \ la Chambre, la discussion dura du 1 1 janvier au 2 février ; le principal discours contre le projet fut prononcé dès la première séance par Lamartine La France parlementaire, t. III, p. 22).
ilti LA FRANCE PARLEMENTAIRE
table : je respecte la conscience de mes collègues, parce que je sais ce qui est tlù à ma propre conscience. Dans cette circonstance, un dissentiment politique s'établit entre les divers membres de l'opposition et moi. Une partie des homme- les plus dévoués à la liberté crut devoir se voiler les périls de la constitution livrée au pouvoir militaire, sous les préoccupations de son patriotisme ; et c'est là la déplorable habileté de la pensée qui conçut cette mesure funeste, d'avoir tellement mêlé le patriotisme et les fortifications, qu'il fut impossible aux meilleurs citovens de s'y refuser, et que d'excellents esprits, pour défendre la tète du pavs. consentirent à armer le gouvernement d'une force périlleuse contre les institutions '. (Murmures.)
Quant à moi, il me fut impossible de ne pas pressentir là un péril, tout attacbé que je suis au sol, et de ne pas sentir l'abaissement d'une constitution el d'une tribune qui consentent à se laisser dominer par des bastions. (Mouvements divers.)
J entends un sentiment dubitatif se traduire dans les murmures de la Chambre. Je lui rappellerai tout de suite que ce fut très peu de mois après le vote des fortifications que nous vîmes la première application d'une loi que je neveux pas et que je ne dois pas qualifier ici, car elle est la loi de mon ; oui, la première application d'une de ces lois de septembre, dans le jugement d'un grand corps judiciaire, qui appliquait à une criminalité de la presse la complicité, la solidarité et la pénalité d'un assassin ! 2 (A gauche: Très l'ien ! très bien I)
i. L'un des arguments des orateurs du parti avancé hostiles au projet (lait ijue les fortifications, destinées a protéger Paris contre l'ennemi du dehors, se retourneraient contre Paris en cas de sédition populaire, a La liberté et le canon, disait Lamartine, ne peuvent vivre impunément : face. »
2. Un attentat avait eu lieu, le i3 septembre iSii, contre le duc d'Aumaie, iils de Louis-Philippe. Le criminel était un ouvrier communiste, nommé Quénisset; il avait plusieurs complices. Craignant qu'un jury de cour d'assises n'acquittai les coupables, le gouvernement déféra l'affaire à lu cour des pairs. En outre, au grand scandale de la presse d'opposition, un journaliste appelé Dupoty, rédacteur au Journal du Peuple, fut impliqué dans les poursuites. Les pairs condamnèrent à mort Quénisset et deux compagnons (leur peine fut peu après commuée par le roi) ; ils infligèrent à Dupotv cinq anni ision.