‹ Œuvres choisiesChapitre 73 sur 124 · I - i I II fallut noua résoudri · texte numérisé non relu

I - i I II fallut noua résoudri

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forme de bastion dans la mer, nous vîmes la falaise fléchir et se creuser un peu comme une brèche dans un mur d'enceinte; un coup de gouvernail nous fit virer droit à la côte, trbis dernières lames jetèrent notre barque harassée entre deuxécueils, où l'écume bouillonnait sûr un bas-fond.

La proue, en touchant la roche, rendit un son sec et éclatanl comme le craquement d'une pla-nche qui tombe à faux cl qui se brise. Nous sautâmes dans la mer, nous amarrâmes de notre mieux la barque avec un reste de cordage, et nous suivîmes le vieillard el l'enfant qui marchaient devant nous. "Nous gravîmes contre le liane de la falaise une espèce de rampe étroite OÙ le ciseau avait creusé dans le rocher des degrés inégaux, tout glissants de la poussière de la mer. Cel escalier de roc vif, qui manquait quelquefois sous les pieds, était remplacé par quelques marches artificielles qu'on avait formées en enfonçant par la pointe de longues perches dans les trous de la muraille, et en je£ariî Bur ce plancher tremblant des planches goudronnées (le vieilles barques, ou des fagots de branches de châtaigniers garnies de leurs feuilles sèches.

\|nès avoir monté ainsi lentement environ quatre ou cinq cents marches, nous nous trouvâmes dans une petite cour suspendue qu'entourait un parapet de pierres grises. Au fond de la eour s'ouvraient deux arches sombres qui semblaient devoir conduire à un cellier. Au-dessus de ces arches massives, deux arcades arrondies et surbaissées portaient un toit en terrasse, donl les bords étaient garnis de pots de romarin et de basilic. Sous les arcades, on apercevait une galerie rustique où brillaient, comme des lustres d'or, aux clartés de la lune, des régimes de maïs suspendus.

I ne porte en planches mal jointes ouvrait sur cette galerie. A droite, le terrain sur lequel la maisonnette était inégale ment assise s'élevait jusqu'à la hauteur du plain-pied de la galerie. I n gros lioniier et quelques ceps tortueux de vigne se peut liaient de là sur l'angle de la maison, en confondant leur- feuilles et leurs fruits sous les ouvertures de la galerie

LA TEMPÊTI CRAZ

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yeux en élevant ses coudes et en dilatant ses épaules avec ce premier geste d'un enfant qui se réveille et qui veut chasser le sommeil. Sa chemise, nouée autour du cou, ne laissait apercevoir qu'une taille élevée et mince où se modelaient à peine sous la toile les premières ondulations de la jeunesse. Ses veux, ovales et grands, étaient de celte couleur indécise entre le noir foncé et le bleu de mer qui adoucit le rayonnement par l'humidité du regard, et qui mêle à proportions égales dans des yeux de femme la tendresse de l'âme avec 1 énergie de la passion, teinte céleste que les yeux des femmes de I Asie et de l'Italie empruntent au feu brûlant de leur jour de flamme et à l'azur serein de leur ciel, de leur mer et de leur nuit. Les joues étaient pleines, arrondies, d'un contour ferme, mais d'un teint un peu bruni par le climat, non de cette pâleur maladive du Nord, mais de cette blancheur sainr du Midi qui ressemble à la couleur du marbre exposé depuis des siècles à l'air et aux Ilots. La bouche, dont les lèvres étaient plus ouvertes et plus épaisses que celles des femmes de nos climats, avait les plis de la candeur et de la bonté. Les dents courtes, mais éclatantes, brillaient aux lueurs flottantes de la torche comme des écailles de nacre aux bords de la mer sous la moire de l'eau frappée du soleil. Tandis qu'elle parlait à son pelil frère, ses paroles vives, un peu âpres et accentuées, dont la moitié était emportée par la luise, résonnaient comme une musique à nos oreilles. Sa physionomie, aussi mobile que les lueurs de la torche qui ('éclairait, passa en une minute de la surprise à l'effroi, de l'ellroi à la gaieté, delà tendresse au rire; puis elle nous aperçut derrière le tronc du gros figuier, elle se retira confuse de la fenêtre, sa main abandonna le volet qui battit librement la muraille; elle ne prit que le temps d'éveiller sa grand'mère et de s babiller à demi, elle vint nous ouvrir la porte sous 1rs arcades, et embrasser, tout émue, son grandpère et son frère.

La vieille mère parut bientôt tenant à la main une lampe de terre rouge, qui éclairait son visage maigre et pâle et ses

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d'un jeune Italien à sa passion pour une belle Vénitienne » ; Paul et Virginie, de Bernardin de Saint-Pierre ; et un volume de Tacite.

Graziella nous demandait souvent qu'est-ce que nous lisions donc tout le jour dans nos livres. Elle croyait que criaient des prières, car elle n'avait jamais vu de livres qu'à l'église dans la main des fidèles qui savaient lire et qui suivaient les paroles saintes du prêtre. Elle nous croyait très pieux, puisque nous passions des journées entièresà balbutier des paroles mystérieuses. Seulement elle s'étonnait que nous ne nous fissions pas prêtres OU ermites dans un séminaire de Naples on dans quelque monastère des fies. Pour la détromper, nous essayâmes de lire deux OU trois lois, en les traduisant en langue vulgaire du pays, des passages de Foscolo et quelques beaux fragments de notre Tacite.

Nous pensions que ces soupirs patriotiques de l'exilé italien cl ces grandes tragédies de Rome impériale feraient une forte impression sur notre naïf auditoire; car le peuple a delà patrie dans les instincts, de l'héroïsme dans le sentiment et du drame dans le coup d'œil. Ce qu'il relient, ce sont surtout 1rs grandes chutes el les bettes morts. Mais nous nous aperçûmes vite que ces déclamations el ces scènes si puissantes sur nous n'avaienl poinl d'effei but ces 'une- simples. Le sentiment de la liberté politique, cette aspiration (\>is hommes de loisir, ne descend |>as si bas dans le peuple.

Ces pauvres pêcheurs ne comprenaient pas pourquoi Ortis se désespérait el se tuait, puisqu'il pouvait jouir de toutes les vraies voluptés de la vie : se promener sans rien faire, voir le soleil, aimer sa maîtresse et prier Dieu sur les rives vertes et grasses de la Brenta. « Pourquoi se tourmenter ainsi, disaientils. pour des idées qui ne pénètrent pas jusqu'au cœur? Que lui impoile que ce soient les Autrichiens ou les Français qui régnent à Milan1 ? C'est un fou de se faire tant de chagrin pour de telles choses. » Et ils n'écoutaient plus.

i. Jacques Ortis, le héros de Foscolo, ;< dû b 'exiler de Venise, sa patrie, à n suite 'lu traité de Campo-Formip, qui l'a livrée hk Aulricliiens.

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Je n'avais encore lu que quelques pages, et déjà vieillards, jeune fille, enfant, tout avait changé d'attitude. Le pêcheur, le coude sur le genou et l'oreille penchée de mon côté, oubliait d'aspirer la fumée de sa pipe. La vieille grand'mèrc, assise en face de moi, tenait ses deux mains jointes sous son menton, avec le geste des pauvres femmes qui écoutent la parole de Dieu, accroupies sur le pavé des temples. Beppo était descendu du mur de la terrasse, où il était assis tout à l'heure. Il avait placé, sans bruit, sa guitare sur le plancher. Il posait sa main à plat sur le manche, de peur que le vent ne fit résonner ses cordes. Graziella, qui se tenait ordinairement un peu loin, se rapprochait insensiblement de moi, comme si elle eût été fascinée par une puissance d'attraction cachée dans le livre.

Adossée au mur delà terrasse, au pied duquel j'étais étendu moi-même, elle se rapprochait de plus en plus de mon côté, appuyée sur sa main gauche, qui portait à terre, dans l'altitude du gladiateur blessé. Elle regardait avec de grands yeux bien ouverts tantôt le livre, tantôt mes lèvres d'où coulait le récit; tantôt le vide entre mes lèvres et le livre, comme si elle eût cherché du regard l'invisible esprit qui me l'interprétait. J'entendais son souffle inégal s'interrompre ou se précipiter, suivant les palpitations du drame, comme l'haleine essoufflée de quelqu'un qui gravit une montagne et qui se repose pour us pircr de temps en temps. Avant que je fusse arrivé au milieu de l'histoire, la pauvre enfant avait oublié sa réserve un peu sauvage avec moi. Je sentais la chaleur de sa respiration sur mes mains. Ses cheveux frissonnaient sur mon front. Deux ou trois larmes brûlantes tombées de ses joues tachaient les pages tout près de mes doigts.

Excepté ma voix lente et monotone, qui traduisait littéralement à cette famille de pêcheurs ce poème du cœur, on n'entendait aucun bruit que les coups sourds et éloignés de la

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