‹ Œuvres choisiesChapitre 74 sur 124 · I . uns. Elle I ou> rit · texte numérisé non relu

I . uns. Elle I ou> rit

comme si elle • de volon

Elle lui pai la, ell pectueusement sui mes genoux, en joignant les m me i '■- m danl en suppliante.

Sa physioi li serein Ime,

mais un peu au ùl pris tout i coup dam

t-t dans l'attendrissement sympathiq chose de l'animation, du désordre et du pathétique du di On «-ùl 'Ht i|u une révolution subite avait cli marbre en chair et en larmes. La jeune Qlle sentait son ame jusque-là dormante se révéler a elle dans I Lmi

Elle semblait avoir mûri de dix ans dans cette demi-heure. Les teintes orageuses de la passion marbraient son front, le blanc azuré de ses yeux et de ses joues. GY'lait comme une eau calme et abritée où le soleil, le vent et l'ombre seraient venus à lutter tout à coup pour la première fois. Nous ne pouvions nous lasser de la regarder dans cette attitude. Elle, qui jusque-là ne nous avait inspiré que de l'enjouement, nous inspira presque du respect. Mais ce fut en vain qu'elle, nous conjura de continuer; nous ne voulûmes pas user notre puissance en une seule fois, et ses belles larmes nous plaisaient trop à faire couler pour en tarir la source en un jour. Elle se relira en boudant et éteignit la lampe avec colère.

Le lendemain, quand je la revis sous les treilles et que je voulus lui parler, elle se détourna comme quelqu'un qui cache ses larmes, et refusa de me répondre. On voyait à ses veux bordés d'un léger cercle noir, à la pâleur plus mate de ses joues et à une légère et gracieuse dépression des coins de sa bouche, qu'elle n'avait pas dormi, et que son cœur était encore gros des chagrins imaginaires de la veillée. Merveilleuse puissance d'un livre qui agit sur le cœur d'une enfant illettrée et d'une famille ignorante avec toute la lorce d'une réalité, et dont la lecture est un événement dans la vie du cœur !

C'est que de même que je traduisais le poème, le poème avait traduit la nature, et que ces événements si simples, le berceau de ces deux enfants aux pieds <le deux pauvres mères, leurs amours innocents, leur séparation cruelle, ce retour trompé par la mort, ce naufrage et ces deux tombeaux, n'enfermant qu'un seul cœur, sous les bananiers, sont des choses que tout le inonde sent et comprend, depuis le palais jusqu a la cabane du pêcheur. Les poètes cherchent le génie bien loin, tandis qu'il es! dans le cœur, et que quelques notes bien simples, touchées pieusement el par hasard sur cet instrument monté par Dieu même, suffisent pour faire pleurer tout un siècle, et pour devenir aussi populaires que l'amour et aussi sympathiques que le sentiment. Le sublime lasse, le

trompe, le p lli«'*l iqti

\ll

IH'> pi

insu

Mil

Il m. itu t'it impossible de pi m. < irazii lia rosi i iinm mi oll< étail ei

- durabli i, ne l'it intei rom tana l> ■> auti lampe pn nit insensiblem

qu'aucun de nous y portât la main pour la ranimer. La famille se leva et se retira furtivement. Nous restâmes seuls, mon ami et moi, confondus de la toute-puissance delà vérité, de la simplicité et du sentiment sur tous les hommes, sur tous les âges et sur tous les pays.

Peut-être une autre émotion remuait-elle déjà aussi le fond de notre cœur. La ravissante image de Graziella transfigurée par ses larmes, initiée à la douleur par l'amour, flottait dans nos rêves avec la céleste création de Virginie. Ces deux noms et ces deux enfants, confondus dans des apparitions errantes, enchantèrent ou attristèrent notre sommeil agité jusqu'au matin. Le soir de ce jour et les deux jours qui suivirent, il fallut relire deux fois à la jeune fdlc le même récit. Nous L'aurions relu cent fois de suite qu'elle ne se serait pas lassée de le demander encore. C'est le caractère des imaginations du Midi, rêveuses et profondes, de ne pas chercher la variété dans la poésie ou dans la musique ; la musique et la poésie ne sont, pour ainsi dire, que les thèmes sur lesquels chacun h rode ses propres sentiments; on s'y nourrit, sans satiété, comme le peuple, du même récit et du même air pendant des siècles. La nature elle-même, cette musique et cette poésie suprême, qu'a-t-elle autre chose que deux ou trois paroles et deux ou trois notes, toujours les mêmes, avec lesquelles elle attriste ou enchante les hommes, depuis le premier soupir jusqu'au dernier ?

R MMI \l I

PAGES i' i i \ \ f \ <. i i i m i \ \ \

*.i|iin* sur les

du l.i I lit, à

midi, des lueui

des mura uni*

pu lie de

les 1

i. Le lac du Boni \ .

ItVtllIM i o

navigations que je leur faisais faire dans les golfes ks plus écartés et dans les anses les plus sauvages des deux rives de France et de Savoie. La jeune étrangère s'embarquait aussi quelquefois, au milieu du jour, pour des courses moins prolongées. Les bateliers, fiers de la conduire et attentifs aux moindres symptômes de fraîcheur, de nuage ou de vent qui pouvaient apparaître dans le ciel, avaient bien soin de la prévenir : ils préféraient sa santé et sa vie au salaire de leurs journées perdues. Une seule fois ils se trompèrent. Ils lui avaient promis une traversée et un retour faciles pour aller visiter les ruines de l'abbaye de Haute-Combe l, située sur le bord opposé. Ils avaient à peine franchi les deux tiers de leur route, qu'une rafale de vent, sortant des gorges étroites de la vallée du Rhône, vint soulever et faire écumer les lames courtes, comme une brise que les marins appellent carabinée, qui frappe tout à coup et fait souvent chavirer les embarcations, au tournant d'un cap, sur la mer. Le petit bateau, sa voile emportée, et soutenu difficilement par le balancier des deux rames étendues du batelier, dansait comme une coquille de noix sur les vagues toujours grossissantes. Le retour était impossible, ctil fallait plus d'une demi-heure de fatigue etde danger avant d'être à l'abri sous l'ombre des hautes falaises de Haute-Combe. Le sort ou la destinée de mon âme qui dirigeait, ce jour-là, ma voile indécise sur le lac, à la mémo heure, m'avait fait embarquer moi-même surun bateau plus fort, armé de quatre vigoureux rameurs. J'allais visiter, dans une île au fond du lac, un parent de mou ami de Chambéry2, nommé M. de Chàtillon. 11 avait son château surun roc, au sommet de cette île. Nous n'étions plus qu'à quelques coups de rames du port de Chàtillon, quand mes yeux, qui suivaient machinalement à perle de vue le. bateau de la jeune malade, s'aperçurent de sa détresse et de la lutte péril-

i. L'abbaye de Haute-Combe, fondée on iis5 par Amédée III tic Savoie, fut occupée jusqu'à la Révolution française par des moines de 1,'ordre de Giteaux ; les princes delà maison de Savoie s'j faisaient ensevelir. Transformé en « bien national », le vieux monastère, mal entretenu, était rapidement tombé en ruines, lia été restauré depuis ei rendu aux religieux de Citeaux.

Page 1