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HISTOIRE DES CONSTITUANTS

<|iii lui vouaient nu culte personnel et qui l'accompagnaient à cheval parmi les officiers de l'escorte, pour la couvrir au besoin de leurs bras. Elle s'occupait de ses enfants, à qui la lenteur de la marche faisait éprouverla faim, la soif, le sommeil ; elle assoupissait >on iils sur ses genoux.

Le comte de Provence, frère du roi ', innocent des fautes qui avaient ameuté la nation, maître dès lors de sa physionomie el habile à représenter les rôles complexes, exprimait sur sa belle figure la fidélité qu'il devait à son frère et l'assurance que lui inspirait la conformité de ses opinions constitutionnelles avec la masse du pays.

Mme Elisabeth, sœur charmante du roi, étrangère aux causes dé ces événements, n'y participait que par sa tendresse pour les victimes. Elle partageait le malheur sans partager les fautes. Elle guettait du regard, dans tous les yeux, le respect cl l'attendrissement pour le roi, pour la reine et pour les enfants. Son visage angélique détendait toutes les colères et mouillait tous les yeux. Elle cherchait à distraire par un enjouement, triste les impressions déjà trop senties de Mme Royale, sa nièce, enfant précoce pour les sensations et les empreintes de l'adversité.

Quelques cris étouffés par les sanglots ou par le murmure de « Vive le roi ! vive la reine! » ne servaient qu'à faire mesurer à la famille royale la rareté du dévouement dans l'unanimité du silence.

Lafayette, à cheval, à côté de la voiture du roi, conservait, sous l'attitude du commandement, la tristesse de la contrainte et la décence de la douleur-. Jamais sa pâleur naturelle n'avait imprimé aux veux du peuple une teinte plus tragiqueà ses traits. On voyait que, tout en obéissant à la sédition, il cherchait à racheter par ses égards et par sa sollicitude pour le roi ce que son rôle avait d'impérieux et de cruel. Les images funèbres des outrages et des massacres de la nuit s'élevaient sans cesse dans sa pensée entre la révolution etlui,

i. Le futur Louis XVIII.

2. Lafayette était commandant do la garde nationale. Entraîné dans le mouvement par ses troupes, il lit Ions ses efforts pour protéger la famille royale, dont il se savait pourtant détesté.

LE HETOUtl DE VEUSAILLES 2:jï

comme des reproches et connue des présages. Déjà trois fois vaincu par le crime, auquel il ne voulail prêter ai son cœur, ni sonépée, ni sa mémoire, il était combattu entre l'horreur d'avancer et l'impossibilité de reculer. Sort terrible des hommes vertueux d'inclination, qui cèdent un pas de plu que leur conviction à la force des événements, et qui, trop faibles pour les retenir, sont néanmoins trop honnêtes pour les suivre jusqu'au forfait.

A la suite du cortège militaire se groupait confusément une arrière-garde composée de soldats déserteurs dc> régiments, portant des pains enfilés à la pointe de leurs baïonnettes, de femmes des halles décorées de branchages el élevant de jeunes peupliers garnis de leurs feuilles au-dessus de leurs lèles; enfin de cette foulé d'hommes, de femmes el d'enfants eu haillons, oui suivent, en les grossissant et en les souillant , comme le limon après la tempête, les courants des grandes émotions ci\ des.

Paris, inquiet la veille, agité le malin par les bruits sinistres du massacre de -es citoyens à Versailles, rassuré à midi par la proclamation de Bailly1 annonçant le triomphe de la capitale, la conquête du roi et le prochain retour de Lafayette amenant la famille royale à Paris, s'était porté tout entier aux Champs-Elysées, à la place Louis \\. à la barrière de Ghaillôt et sur toutes les stations que l'armée devait traverser pour se rendre à l'hôtel de ville.

L'arrivée des premières bandes avec des tètes coupées pour étendards avait imprimé le dégoût et la stupeur sur le visage des citoyens. On se demandait quelle était donc celte victoire civique qui, commençant par une violence de la populace contre l'armée, finissait par regorgement impuni des gardes du roi dans son palais, en présence des baïonnettes de trente mille hommes. On s'indignait de celte timidité et de celle complicité honteuse des chefs de cette force civique, n'osant pas arracher à ces brigands les sanglants trophées de leur

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