‹ Œuvres choisiesChapitre 97 sur 124 · I . Maire de Paris · texte numérisé non relu

I . Maire de Paris

138 Ml- rOIRE DES CON9TIT1 \\ I-

crime, el laissanl marchci à 1 ombre <l«' ces tetes coupée I soldais citoyens, vengeurs nés de tous les attentats el responsables de L'honneur du peuple. <>n ne Bavail quels étaient les vainqueurs ou 1rs vaincus, de ces hordes qui affichaient ainsi leurs assassinats, cl de ces < itoyens qui accompagnaienl lâchement ces drapeaux du massacre. Le doute, la trîtesse,le pressentiment . étaienl dans tous Les cœurs. I a morne silence accueillit l'armée.

HISTOIRE DE LA TURQUIE (i854-i855)

p n i s r i> e <: o \s t à y r i \ o P le pa r mahoMet ïi

Le 29 mai i/|53, après un investissement de plus de sept semaines, Mahomet II commanda l'assaut général de Constantinople par lerre et par mer : l'armée des assiégeants se composait de quatre cent mille nommes, leur flotte de cent cinquante vaissoaux. Constantin XIII Dracozès, le dernier empereur grec d'Orient, combattit avec acharnement et mourut sur la brèche, au milieu de la lâcheté et de la résignation générale de son peuple. Les Turcs entrèrent dans la ville sur son cadavre.

...Los Turcs submergèrent on un moment toute la ligne des murailles, fondirent par toutes les brèches, entrèrent en colonnes par toutes les portes. La ville était si grande, et la làcbe indifférence des Grecs pour ceux qui combattaient tous les jours depuis cinquante jours pour leur salut était si vile, que les premières colonnes d'Ottomans parcouraient et pillaient déjà l'hippodrome et le palais des Blakernes ' pondant que les quartiers de l'Acropole, do Sainte-Sophie et de la mer de Marmara ignoraient encore l'invasion dos Turcs et la mort de Constantin. Le bruit des janissaires courant dans les rues,

:. Palais impérial byzantin. Il en reste quelques ruines, dans le quartier Aïvan Serai.

forçant louis portes, le 1er, le fcti, le meurtre, le viol «1o leurs foyers, leur apprirent seuls la catastrophe de leur empiré. Ceux (|ui furent avertis h temps de l'extrémité du péril pen dant la dernière mêlée sur les brèches sortirent en foule de leurs maisons avec leurs femmes, leurs vieillards, leurs vierges, leur- 1 résors, et se réfugièrent comme un vil troupeau dans l'immense enceinte tic l'église de Sainte-Sophie avec L multitude îles prêtres, des moines, des religieuses fuyant de leurs monastères pour s'abriter dans ce sanctuaire, que l'habitude leur avait enseigné à regarder comme inviolable. Plus décent mille personnes pressées dans l'enceinte, dans les portiques, dans les galeries supérieures et jusque sur les toits du dôme, s'engouffrèrent et se barricadèrent dans cet immense édifice. Les unes espéraient quelque capitulation de la pitié, et quelque temporisation salutaire à leurs familles de la férocité du vainqueur ; le plus grand nombre attendait avec une stupide crédulité l'apparition de l'ange annoncé parles prophètes populaires pour exterminer les Ottomans avant qu'ils eussent franchi la colonne de l'hippodrome.

Los coups de hache des Turcs qui brisaient les portes d'airain de Sainte-Sophie leur apprirent trop tard que les nations n'ont de murailles que leur patriotisme. L'aspect de cette multitude tremblante et désarmée désarma les soldats de Mahomet IL Sûrs par la proclamation du matin ' de posséder légitimement leurs captifs pour esclaves, et enrichis en espérance par les rançons que l'opulence des Grecs leur faisait espérer immenses, ils préférèrent la richesse et la beauté au sang. Aucun meurtre ne souilla le parvis de Sainte-Sophie. Les (îrecs tendirent d'eux-mêmes les mains aux menottes des soldats. Les Turcs lièrent les mains des hommes avec les cordes et les courroies de leurs chevaux; les femmes et les vierges avec leurs ceintures et leurs voiles. Ils accouplèrent deux à deux, comme un troupeau qu'on mène aux bazars, les vieillards avec les enfants, les pontifes avec les balayeurs du sanctuaire, les sénateurs avec les esclaves, les jeunes nobles

i. « A moi la ville, disait la proclamation de Mahomet à son arma ; mais je vous abandonne les captifs el le butin, 1rs métaux précieux et lebelles femmes: soyez riches cl heureux, >•

PRISE DE GONSTANTINOPLE PAR MAHOMET II 2ii

avec les chastes vierges des monastères qui n'avaient « jamais vu, dit l'historien IMiranzès ', la lumière du ciel 'qu'à travers la grille de leurs cloîtres, et à qui là sévérité des ordres monastiques ne permettait pas même de regarder leurs père>. Les cris des religieuses, rougissant de la nudité de leur visage, des enfants arrachés à leurs mères, des mères séparées de leurs enfants, rendaient les cœurs; les Ottomans eux-mêmes en étaient attendris. Soixante mille captifs ainsi liés sortirent de Sainte-Sophie, des monastères, des palais et des maisons de la capitale, et traversèrent pour la dernière fois 1rs rues de leur ville natale pour être conduits sur' les bâtiments de la flotte de Mahomet II, et de là emmenés en esclavage par Iqurs possesseurs dans toutes les villes etdans toutes les tentes de l'Asie. »

Le cardinal russe Isidoro, qui avait combattu en soldat, laissa son chapeau de pourpre de cardinal auprès du corps d'un mort pour faire croire aux Turcs qu'il avait péri dans la bataille. Les Turcs* coupèrent la tête du cadavre et la promenèrent coiffée du chapeau du cardinal, tandis que le cardinal, déguisé sous l'habit d un esclave, était vendu à bàsprix à un Turcoman et conduit, pour soigner les troupeaux, à Satalie2, d'où il s'évada pour rentrera Rome. Le pillage promis par Mahomet II à ses soldats dura liait heures sans épuiser ni l'avidité dc> soldats, ni les richesses de Gonstantinople accumulées par un si long empire et par le commerce de l'univers. < >n évalue à quatre millions de ducats d'or les seuls trésors monnayés trouvés dans les maisons des particuliers. L'or, l'argent, les diamants, les perles, les vases et les ornements des palais ou des temples représentaient une valeur

i Historien el homme politique byzantin. Il joua sous Constantin ur rôle important comme diplomate e! comme chef militaire, et tomba antre le mains des Turcs lors delà prise de Gonstantinople. C'est dans un mon. où il passa les dernières années de sa vie, qu'il composa sa très intéressant' Chronique, relatant les événements de 1269 à 1677.

1 \ill<- d'Anatolie, située sur la Méditerranée, au fond du golfe d1 même nom.

IAMABTINE. PROSE. {Q

-2;-î HISTOIRE DE I A l tH^UIE

incalculable. Ces dépouilles des palais cl des églises étaient tellement avilies par leur nombre, que les statues brisées, les tableaux, les manuscrits précieux, les tapis de pourpre, les brocarts, les meubles de bois odorant, d'ivoire ou du nacre, Bervaientde litière aux chameaux des Asiatiques. Cent vingt mille volumes recueillis depuis Constantin dans les bibliothèques publiques chauffèrent les bains des barbares. Les - rachetèrent cependant en petit nombre des soldats les livres qui contenaient les trésors de philosophie, \U- poésie, cl lii>loireantique ; ils les tirent passer en Italie, OÙ ces débris rallumèrent à Venise et à Florence la flamme éteinte «1rs lettres grecques. Les chrétiens ivaienl abattu de même les monuments et incendié les bibliothèques à Alexandrie et a Athènes. Les croisés. aussi barbares que lés Ottomans, ivaient exercé les mêmes déprédations et les mêmes violences contre l'esprit humain à Nicée.1 el i Constàntinople a, après l'assaut qu'ils avaient donné en ps - fis capitales chrétiennes

L'homme aime à détruire autant qu'à fonder, et ne croit jamais assez fonder s'il ne fonde sur des ruines.

Mahomet II, qui devait tenir sa promessp à ses soldats, ne voulait pas cependant autoriser par sa présence la dévastation de la capitale qu'il destinait à l'empire. A la fin du jour, il entra, pour rétablir l'ordre, dans la ville à la tète de ses vizirs, de ses prince-, de ses généraux, de ses janissaires.

Quoique accoutumé aux magnificences arabes de Brousse, la majesté des monument.-, des dômes, des palais, des jardins, des places plubliques, des amphithéâtres de Constàntinople l'éblouit. Ces traces de marbre, de bronze et d'or des deux plus grands empires et des deux plus pompeuses religions du vieux monde lui révélèrent des grandeurs humaines qu'il soupçonnait pas ; il ne se crut empereur d'Orient qu'en foulant enfin sous les pieds de son cheval ce sol où tout rappelait en effet l'empire romain. En passant sur la place de

i. En 1097.

j. En iao4.

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