‹ Œuvres choisiesChapitre 98 sur 124 · PRISE DE CONSTANÎINQPLE PAR MAHOMET II · texte numérisé non relu

PRISE DE CONSTANÎINQPLE PAR MAHOMET II

l'Hippodrome, semblable à la salle pavée de marbre d'un palais - de nation, dont la voûte était le ciel, il admira les chefs-d'œuvre de sculpture dont cette place était jonchée. Il n'insulta pas aux statues des empereurs sur leurs piédestaux ou sur leurs colonnes; mais à l'aspect du groupe des trois serpents enroulés parle statuaire autour du tronc d'une colonne et dardant leurs langues symboliques (\*>* trois côtés de la place1, il crut voir dans cette représentation énigmatique une idole adorée par les Grecs, et, d'un coup de sa hache d'armes au manche d'or, il abattit la mâchoire d'un des reptiles.

Pour satisfaire au fanatisme des derviches, et pour installer le Dieu de Mahomet dans sa nouvelle Conquête avant de s installer lui-même dans le palais de Constantin, il dirigea son chc\al vers l'église de Sainte-Sophie, cette Kaaba 2 de la religion vaincue aux yeux des Ottomans. Ses soldats achevaient de piller l'édifice. L'un de ces barbares, continuant, malgré la présence du sultan, à mutiler un marbre précieux du sanctuaire, Mahomet II le frappa de sa masse d'armes et I abattit • du coup à ses pieds: « Ne sais-tu pas que je vous ai livré les esclaves et les trésors, lui dit-il avec calme, mais que les monuments appartiennent à moi seul ? » On emporta le soldat mourant hors de l'enceinte.

Mahomet, après avoir admiré la grandeur de b édifice, l'élévation du dôme, second temple porté dans le ciel par les cent sept colonnes de porphvre, de marbre rose ou serpentin enlevées aux temples d'Egypte, de Baalbek et d'Ephèse, monta sur l'autel et y fit la prière musulmane comme pour le purifier à jamais de l'idolâtrie que les Turcs reprochaient au culte des Grecs. Il ordonna que ce monument, composé de débris de tant d'autres cultes, mais le plus majestueux, dans sa barbarie, que le christianisme eût construit encore dans le monde, devint la première mosquée des conquérants à Gonslantinople. Les muezzin ou les crieurs qui invitent, du haut des

i. On voit encore sur l'emplacement de l'ancien Hippodrome, aujourd'hui place de l'Atmeidan, cette « colonne des Serpents ». C'est celle qui supportait primitivement le fameux trépied d'or que les Grecs tirent faire avec te butin trouvé dans le camp perse après la bataille de Platées (479 av. J.-C.) et qu'ils consacrèrent à Apollon de Delphes.

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