FRÉDÉRIC, CASIMIR
CASIMIR. [nue:
Mon âme, dès long temps , seigneur , vous est con- Souffrez qu'en liberté je pleure , à votre vue, Les malheurs de Gustave, et ceux de mon pays.
FRÉDÉRIC
Les intérêts du mien ne sont pas moins trahis. Répandons, Casimir, l'un et l'autre des larmes; Toi , sur ton prince ; et moi , sur la honte des armes Dont nous venons d'abattre un ennemi si grand. Christierne triomplie en nous déshonorant! L'inhumain! et je suis son sujt^t! lui mon maître! Ah ! laissant là les droits du sangqui m'a fait naître, C'est un cri qui du ciel doit être autorisé, Tout sceptre que l'on souille est un sceptre brisé!
CASIMIR
L'infortune publique, et ce noble langage , Montrent bien que le trône était votre partage. Hélas I queplus d'ardeur en vous pour ce haut rang Wous eût bien épargné des regrets et du sang ! Faut-il que la vertu , modeste et magnanime Néglige ainsi ses droits pour en armer le crime I
FRÉDÉRIC
DonneàmoD indolence, ami, desnoms moinsbeaux. Je n'eus d'autres vertus que l'amour du repos.
i86 GUSTAVR-WASA.
Je ne méprisai point les droits de ma naissance : J'évitai le fardeau de la toute-puissance, Je cédai sans effort des honneurs dangereux , Elle pénible soin de rendre un peuple heureux. D'un noble dévouement je ne fus pas capable. Des forfaits du tyran ma mollesse est coupable; Et pour mieux me charger de tous ceux qu'il commet, Le cruel m'associe au comble qu'il y met Par un assassinat c|ui tient lieu de victoire ! C'est peu que de son peuple il ait terni la gloire; C'est peu de publier qu'à cette cruauté De mes feux malheureux l'intérêt l'a porté: Pour achever ma honte, et consommer son crime, II veut que ce soit moi qui frappe la victime, Que de moi la princesse apprenne son malheur I Qu'en lui tendant la main je lui perce le cœur ! Évitons-là. Fuyons. Prévenons ma faiblesse. Son amour inquiet m'interroge sans cesse. Et sans cesse , à regret, le mien se voit réduit A ne lui pas ôter l'espoir qui la séduit: Lui laisserais-je encor cet espoir inutile ? Et quand je le voudrais, serais-je assez tranquille? Un seul mot, un regard, un soupir... Je la voi. Reliens, cher Casimir, tes pleurs; ou laisse-moi.