ACTE m, SCÈNE I
Je partage avec toi... mais je vois à tes pleurs Que tu viens d'éprouver le plus grand des mal-
sopiiiE. [ heurs.
Que la prison n'a-t-elle été ma sépulture I J'eusse ignoré des maux dont frémit la nature.
AUÉLAÏDF.
Ainsi dans noire sang l'ennemi s'est baigné? Et le fer destructeur n'aura rien épargné?
SOPHIE
lia laissé partout le deuil et le ravage, INous ne nous enfaisons qu'une imparfaite image. Cette ville n'est plus qu'un débris effrayant, Où l'œil épouvanté la cherche en la voyant. Stockolm a disparu ; sa splendeur est éteinte; Un désert est resté. Vaste et lugubre enceinte Où tout ce que la guerre épargna de héros A péri dès long-temps par la main des bourreaux ! Mon père fut du nombre, et je viens de l'appren- Mais en vaiu je demande où repo5e sa cendre; [dre; Et c'est m'apprendre assez que de son triste sort L'horreur s'est étendue au delà de sa mort.
ADÉLAÏDE
Ton père fut fidèle et cher à sa patrie ; Pour oublier sa mort, souviens toi de sa vie, Et te sers des conseils dont lu savais si bien Combattre ma douleur quand je pleurais le nïien. Hélas! quels sont tes maux près de ceux que j'on- Vois gémira la fois l'amour et la nature... [ dure? Car enfin, sois sincère , en crois-tu Léonor? Qu'en penses-tu? Son fils respire-t-il encor?
SOPHIE
Non , madame ; sa mort n'est que trop avérée.
SIO GUSTAVE-WASA.
ADÉLAÏDE
Cruelle! eh ! quel témoin t'en a donc assurée?
SOPHIE
Le meurtrier poursuit son salaire à la cour.
ADÉLAÏDE
Le même coup, deux fois, m'assassine en un jour I
SOPHIE
Ce qui doit rendre encor nos regrets plus sensibles, C'est l'espoir dont flattaient ses armes invincibles. Le ciel , depuis six mois, favorisait ses coups; De triomphe en triomphe il s'avançait vers nous. INos malheurs l'attendaient au bout de la carrière : C'est là qu'il est frappé d'une main meurtrière. Et qu'à ce défenseur long-temps victorieux On arrache la palme et la vie à nos yeux. Sa déplorable mère est enfin convaincue ; Et du coup trop certain sa grande âme abattue...
ADÉLAÏDE
Nous nous importunons dans notre accablement J'ai besoin , comme toi, d'être seule un moment.