‹ Œuvres choisies d'Alexis PironChapitre 114 sur 235 · ADÉLAÏDE , LÉONOR · texte numérisé non relu

ADÉLAÏDE , LÉONOR

LÉONOR

Ah! ma fille.

ADÉLAÏDE

Ah! ma mère.

LÉONOR

l\loi, sans fils, comme vous maintenant sans époux. ISotre unique ressource est à des noms si doux.

ADÉLAÏDE

IJe notre liberté voilà donc les prémices I

LÉONOR

Et l'équité des cieux que j'ai cru plus propices!

ADÉLAÏDE

l'i essentimeus trompeurs !

LÉONOR

Tous nos vœux sont trahis.

ADÉLAÏDE

() mon dernier espoir! ô Gustave !

LÉONOR

O mon fils !

ADÉLAÏDE

Heureuse qu'en ce jour d'amertume et d'alarmes 11 nous soit libre encor de confondre nos larmes

LÉOKOR,

(.Hi'il vive en votre cœur; ne l'oubliez jamais : Je vivrai du plaisir d'adoucir vos regrets.

ADÉLAÏDE

S il vivra dans mon cœur? oubliez-vous vous-même Combien, depuis quel temps, à quel titre je l'aime?

a 13 gustave-wasa.

Oubliez-vous, madame, en ce triste moment, Que je le pleure à titre et d'époux et d'amant? L'un à l'autre promis presque dès ma naissance, Le désir de lui plaire occupa mon enfance : Et quand ce prince aimable abandonna ces lieux, Un souvenir si cher attendrit nos adieux. Bien que mon second lustre alors finit à peine, L'éloignement n'a fait que resserrei- ma chaîne Ma Hamme; en attendant des nœuds plus solennels, Ci'oissait de jour en jour sous vos yeux maternels. A ma vire amitié je mesurais la sienne. Mon père fut le sien, sa mère étant la mienne. Vous cultiviez en moi des sentimens si doux? Ils faisaient notre joie. Ah! madame; est-ce à vous, Quand la mort nous l'enlève, est-ce à vous d'oser

croire Qu'un autre le pourrait bannir de ma mémoire ? Qui serait-ce? Jamais Frédéric à mes yeux , Tout soumis qu'il paraît, ne fut plus odieux I

lÉonor.

Encore est-ce un bonheur que , dans notre infor- 11 sache commander à sa flamme importune; [tune. Et que l'usurpateur , jusqu'ici son appui , Semble craindre à présent de vous unir à lui. Oh ! que vous voyant libre , et moins tyrannisée , Etrangement tantôt je m'étais abusée !

A de justes remords j'imputais sa douceur, [deur. Mais c'est qu'il ne voit plus d'obstacle à sa gran- Ne craignant plus mon fils, il n'a plus rien à craindre.

Plus rien qui maintenant le force à vous contrain- II ne s'était plié qu'à des raisons d'état [ dre.

Page 1