ADÉLAÏDE, LÉONOR , RODOLPHE
RODOLPHE
jVon, madame; le roi veut Taire désormais \ la sévérité succéder les bienfaits.
la ce jour , où tout prend uue paisible face, l veut que le passé se répare et s'efface; Qu'avec la liberté vous repreniez vos droits ; 'A que votre bonheur couronne ses exploits. .a garde qui vous suit déjà n'est plus la sienne. le palais reconnaît en vous sa souveraine : ]ommandez-y , madame , et remplissez un rang )ù la vertu vous place encor plus que le sang.
ADÉLAÏDE. [dre,
i ton maître est touché des pleurs qu'il fait répani d'un tel bienfaiteur mon bonheur peut dépenitout, dans ce palais, se doit assujétir , [dre, i j'y commande enfin, qu'on me laisse sortir. Vop d'horreur est mêlée à l'air qui s'y respire. l est d'affreux climats qui bornent cet empire. i,a nature y languit loin de l'astre du jour ; (Ion repos , mon bonheur est là , c'est le séjour, [.'asile, et le palais qu'on demande à ton maître; lit non des lieux souillés d« sang qui m'a fait naître^ >u'il daigne en ces déserts me faire abandonner.
2i4 GUST.VVE-WASA,
Loin de lui , je consens à lui tout pardonner.
KODOLPHE.
Madame, il faut s'armer d'un plus noble courage. Que parlez-vous d'aller, dans un climat sauvage , D'un peuple qui vous aime ensevelir l'espoir? Faites céder pour lui la tristesse au devoir. Faites céder pour vous la faiblesse à la gloire. On dépose à vos pieds les fruits de la victoire. Yotre père n'eut eu qu'un sceptre à vous laisser : Dans un rang trop commun c'était vous abaisser. La fortune se sert de votre malheur même Pour vous ceindre le front d'un triple diadème; Mais c'est en exigeant le don de votre main , Madame ; et les autels sont parés pour demain.
LÉONOR
De nos persécuteurs le ministre barbare Leur a-t-il inspiré l'ordre qu'il nous déclare? Ou peut-il ignorer, s'il ne fait qu'obéir, Qu'obéir aux tyrans, souvent c'est les trahir? Parlons à cœur ouvert, et laissez l'insolence, qui, sous un beau semblant, masque la violence. L'usurpateur a mis le comble à ses forfaits; De leur fruit dangereux il veut jouir en paix ; Et l'hymen qu'il oppose à la haine publique De ses pareils toujours fonda la politique. Mais quel temps choisit-il pour en former les nœuds? [ reux.
Qu'il soit prudent du moins, s'il n'est pas géné- Qu'insultant lâchement aux pleurs delà princesse. Toute pudeur en lui , toute humanité cesse : Bravera-t-il un peuple encore mal asservi, Idolâtre d'un sang dont on s'est assouvi?