ACTE V, SCE^E I. 24i
Mes ravisseurs fuyaient; et franchissant l'espace Oui semble séparer le rivage et les eaux , [seaux. M'enlevaient vers la rade où flottaient leurs vais- J'cu croyais Frédéric ; et je m'étais flattée De voir en sa faveur la flotte révoltée; iMais plus nous approchions, moins j'avais cet es- Tout ce que j'aperçois paraît dans ledevoir, [poir; Laissant donc pour jamais Gustave et ma patrie , Je demandais la mort, quand ce prince en furie, Du palais où ses yeux ne me rencontraient point. Entend mes cris, me voit, voleànous eî nous joint. On se mêle. Je veux regagner le rivage , Partout je me retrouve au centre du carnage. La fortune se joue en ce combat fatal. Sur la glace , long-temps, l'avantage es"; égal ; Elle nuit à la force, elle aide à la faiblesse; Et chaque pas trahit la valeur ou l'adresse. Parmi des cris de rage et de mourantes voix , un bruit plus effrayant , plus sinistre cent fois , Sous nous, autour denous, au loinsefait entendre. La glace , en mille endroits, menace de se fendre. Se fend , s'ouvre, se brise, et s'épanche en glaçons (^)ui nagent sur un gouffre où nous disparaissons. Rien encore, quelque effroi qui dût m'a voir émue, Rien n'avait échappé jusqu'alors à ma vue ; Mais du voile mortel mes yeux enveloppés. D'aucun objet, depuis, n'ont plus été frappés. Du reste, mieux que moi tu n'es pas informée : Ainsi de plus en plus tu me vois alarmée. D'un rude et long combat peut-être qu'affaibli Gustave est demeuré sous 1 onde enseveli; Peut-être que, sans chef, nos troupes fugitives
Auront à son rival abandonné ces rives;
Et quand je me ligure , en proie à ses transports ,
L'épouvantable abîme où je retombe alors...
SOPHIE
Non, non, d'un tel péril avoir été sauvée, Au bonheur le plus grand c'est être réservée; Madame, espérez tout. Cessant d'être ennemi , Le destin rarement favorise à demi.
ADÉLAÏDE
Et que peut-il pour moi ? (^)uc veux-tu que j'espère,
Le fils ni'étant rendu, s'il faut pleurer la mère?
Quelle joie offrira la victoire à mon cœur;
Si Cliristierne fuit, s'il échappe au vainqueur.'
Léooor , au tyran demeure abandonnée.
Elle à qui je dois plus qu à ceux dont je suis née !
Elle dont le malheur n'est venue que du mien!
Qui me tient lieu de toul I sans qui tout ne m'est
Sonsangpayeraitbienlacommuneallégresse [rien!
Léonor périra!
SOPHIE
Le bruit des armes cesse.
Elles ont décidé , madame. On vient à nous.