ACTE V, SCÈNE IV. a5i
ADÉLAÏDE, l'arrêtant.
Ah ! prince, ou courez-vous?
GUSTAVE
Où le devoir m'appelle
ADELAÏDE
Insensé ! le devoir te fail-il une loi De périr sans sauver ni ta mère ni moi ? Ptuses-tu qu'à son fils elle veuille survivre ; Ou'en tous lieux ton épouse hésite de te suivre; Ou'il me reste un refuge ailleurs quedans tes bras; Va qu'en m'abandonnant lu ne me livres pas? Que de viens- je s'il faut que ton sang se répande? Qui veux-tu , si lu meurs , cruel, qui me défende Contre les attentats d'un mortel ennemi Plein du projet fatal dont ton cœur a frémi? S'il s'endurcit déjà contre une telle image, Si,courantau trépas, tu crains peu qu'on m'outrage. Respecte ta patrie , et daigne au moins songer Aux maux où, par ta mort, tu vas la replonger. Ta valeur n'aura fait qu'accroîtie nos misères. La cruauté sans froin brisera ses barrières, Et, jointe à la vengeance, aura bientôt versé Le peu du sang qu'ici ses excès ont laissé. Amant peu teudre, appui téméraire et fragile, Pernicieux vainqueur, et victime inutile, Ya perdre, n'écoutant qu'un aveugle transport, Ta reine, ton pays , ta victoire , et ta mort.
GUSTAVE
Je serai , si l'on veut , un appui misérable , Une aveugle victime, un vainqueur condamnable, D'un regret volontaire un anuuit déchiré; Mais je ne serai point un fils dénaturé î
IVIa vie, appartenant à qui me l'a donnée , De reniords éternels serait empoisonnée , Si , faute de l'offrir, l'oubli de mon devoir Laissaittombcr un coup.. . que j'aurais dû prévoir, Que ma mère pour moi voit levé sur sa tête, Que même à partager votre amitié s'apprête, Qui, dans l'attente enfin d'un échange odieux, Des deux peuples sur moi fixe à présent les yeux.
.luslice, amour, honneur, tout veut queje me livre.
Madame, encouragez ma mère à me survivre;
Pour recevoir ses pleurs, ouvrez-lui votre sein;
Sovez-vous l'une à l'autre une ressource. Enfin, Pour Stockolm et pour vous cessez d'être alarmée.
Je vous laisse au milieu d'un peuple, d'une armée,
Dont ma victoire a fait d'invincibles remparts....
Mon cœur est pénétré de vos tristes regards !
L'amour me fait sentir tout le prix de la vie !
Mais j'aurai délivré ma mère et ma patrie.
Je vous aurai laissée au trône en vous quittant.
Mourant si glorieux, je dois mourir content.
Du plus lâche abandon déjà l'on me soupçonne.
Sous le fer menaçant la victime frissonne ;
Et chaque instant qu'ici j'accorde à mon amour,
C'est la mort que je donne à qui je dois le jour. (à Sophie.)
Adieu. Retenez-là.
ADELAÏDE, Se jetant au-devant de lui.
Vainement on l'espère!
GUSTAVE
Eh ! que prétendez-vous ? laisser périr ma mère?
ADÉLAÏDE
]Non : mais t'accompagnant , je veux.