A MADAME DE BOULLONGNE
Qui se plaignait de l'insomnie , et ne pouvait s'eudormir qu'un livre à la main; en lui envoyant une lanterne de nuit et de chevet.
Vous vous plaignez, belle Uranie, Et ne vous plaignez pas pour rien :
C'est un grand mal que l'insomnie ; Car le sommeil est un grand biea.
Par le secours de la lecture Vous espérez vous en tirer :
Mais vous ne pouvez ignorer Que lire, pendant qu'elle dure ,
ÉPITIIES. 61
Ne sert qu'à la faire dnrer.
Avouez que votre esprit l'aime ; Et sans vous en apercevoir , Que vous l'eulretenez vous-même Par la démangeaison extrême Que vous avez de tout savoir.
De tout savoir ! et pourquoi faire ?
Qu'auriez-vous plus qu'auparavant ?
Quoi que saclie le plus savant , Vous savez mieux ; vous savez plaire.
Plus d'une qui, sur ce grand point, JN'aura jamais , n'eut et n'a point L'honneur d'être votre pareille , Fière de ses simples attraits , Yit satisfaite à moins de frais , K'a d'autre souci qui l'éveille , Que celui d'avoir le teint frais , L'œil brillant, la bouche vermeille, Et pour cela , ne lit jamais , Dîne, soupe, se couche en paix, Et dort sur l'une et l'autre oreille.
Mais puisqu'enfin c'est votre goût , Qu'aux champs, à la ville, partout, Sans lire vous ne sauriez vivre :
Et que sur le chevet surtout A la main il vous faut un livre.
Pour mettre à profit les instans, Que le sommeil tarde à se rendre, Où, tandis qu'il est chez vos gens, Yous vous ennuyez à l'attendre; Je ne m'oserais plus répandre , En un trop long raisonnement ; PIRON. T. a. 4
Et je soumets mon sentiment A la raison qui vous gouverne.
Lisez. Que j'ose seulement, Moi, petit esprit subalterne , En présentant cette lanterne , Hasarder un petit conseil , Qui, si vous cherchez le sommeil , West rien moins qu'une baliverne.
Attendant l'effet du pavot, Gardez-vous au moins d'un Voltaire, Dun ^lontesquicu , d'un Tannevot, De tel autre qui peut trop vous plaire ; C'est moins remi'de que vei.in ; Morphée étant, quand on l'appelle Avec tels appeaux à la main , Un vrai chien de Jean de-lNivelle.
De INivelle plutôt lisez Les vers anatliématisés :
Lisez quelque pièce nouvelle.
Qu'à fait réussir la Clairon ; Quelque semblable bagatelle, Que vend Ducbesne au quarteron ; Quelque essai d'une .Aluse obscure.
Débutante dans le Mercure ; Ou bien quelque autre rogaton :
Vous dormirez, je vous l'assure.