ET MERVEILLEUSE
Quand le pauvre Binbin ' mourut (Car puisqu'il faut bien qu'il meure, Autant vaut dire, cela fut, Que cela sera tout à l'heure) ; Quand donc j'eus vu le sombre bord , Tout en descendant de la barque , Mon premier soin , ce fut d'abord D'aller remercier la Parque, De m'avoir coupé le fdet D'une vie obscure et chagrine , Pour faire , en un cabriolet.
Nommé bierre en son origine ,
' Nom d'aniitic qu'on donnait à Piion , et qui, •■ k«nvguigoon , signifie Ijcnin , bénigne.
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D'une célérité divine , llouler mon vieil esprit follet Sur les remparts de Proserpine.
En curieux et franc Binbin , .l'avais bien aussi qu<dr|ue hâte De voir en face, un jour enfin , Ces trois servantes du Destin, Bien pires que celle à Pilate , Dont j'avais , à tort , à travers , En véritable enfant qu'on gâte, Médit tant de fois dans mes vers.
Mais parlons une fois sans rire.
Disons la pure vérité :
.l'avais au i'rio redouté Quelque petite chose à dire, .
Au sujet d'un mortel chéri , Dont la douce et riante image Me suit par de-ià le rivage Du triste fleuve de l'oubli.
Dieu sait , dès qu'elles m'aperçurent, Dans quelle surprise elles furent, De voir, pour la première fois, Une ombre qui riait sous cape, En lieux où pleurent le bourgeois, Le noble, le prince et le pape.
Vive la Mort! vive Esculape!
S'écria la vieille des trois Au ciseau de qui rien n'échappe; Voici celui qui ne fut rien Pas même académicien.
Pour avoir fait l'Ode à Priape.
Nous lui devons un compliment.
ET CONTES. i*J>
i'our une strophe de cette ode ,
Où le gaillard, cftVonlément ,
Nous en faisait un ;'; sa mode.
Faisons danser le médisant.
11 s'y vantait en téméraire ,
Aussi bien qu'en mauvais plaisant ,
Et s'y j)romettait de nous faire
Ce qu'assurément il n'est guère
En état défaire à présent .
Or ça, l'ami, sortons d'affaire,
Me dit-elle en s'iiumanisant ,
Et prenant le ton débonnaire :
Nous vous tenons : voyons un peu Avec un septuagénaire , Si la parole vaut le jeu I
Je perdis un peu contenance ; Et, rougissant de souvenance :
Eh! mon dieu! leur dis-je, laissons Les reproches, et les leçons -.
J'en eus là-haut ma suffisance.
Et quoi donc , comme un Iroquois , Traité partout de Turc à Maure , Serai-je toujours, suis-je encore Devant monsieur de Mirepoix?
Non , non , je suis devant vous trois ; Et plus sage un peu qu'autrefois , En mourant, on s'améliore.
Une petite potion De votre excellent opium , En vaut bien une d'élléborc.
Laissons donc là le temps jadis :
Pour Dieu, rayons de mon histoire
i3o POÈMES
Un pcclié f|u'a vingt ans je fis,
El que trente ans, comme on peut croire
Auraient eiïacé des esprits ,
Et fait ouhlipr, sans les cris
D'un prélat d'heureuse mémoire,
Qui crut qu'il était de sa i^loire
D en rafraîchir le souvenir,
Et de rendre le fait notoire
A tous les si("'cles à venir.
Le saint homme, en grand capitaine,
M'excluant de la Quarantaine,
IMe tuait de honte et de faim :
Je n'avais plus fauteuil, ni table;
C'était fait du pauvre Binbin ,
Sans un soigneur plus équitable.
Qui daigna me tendre une main ,
Aux malheureux toujours propice.
De mon mal il fit ma sauté,
Et mon repos de mon supplice.
Ainsi la douce humanité
Me retira du précipice
Qu'avait creusé la piété.
Dames, par curiosité,
Que dans vos magasins je foaille !
Et de l'humain dont la bonté
Fit toute ma félicité.
Que je voie un peu la quenouille.
I-es aveugles sont curieux, Dit Lachésis la dégourdie , Par qui toute trame est ourdie; Tiens, elle te crève les yeux I Lorgne, et disparais : expédie:
ET CONTES. i5*
l n Quinze-vingt , dans le grand tas,
La distinguerait de cent pas,
Tant elle est grosse et rebondie.
Ma lorgnette en l'air ; en effet,
Je la vis, selon mon souhait ;
C'est-à-dire, dodue, et telle
Que peut-être jamais si belle,
Pour Nestor, pour Mathusaiem,
Pour un décuple Fontenelle ,
Jusqu'aujourd'hui , par le destin ,
Ne fut mise encore à la main
De Clotho la sempiternelle.
Cette quenouille est un morceau
Incrusté de nacre et d'ivoire ;
Une perle de srès-belle eau .
Longuette et finissant en poire, Tourne , vire , et sert de fuseau.
Omphale; beauté Lydienne , En fit présent au fils d'Alcmène, Quand chez elle il fut séjourner; Et sur la rive stygienne.
Allant de là promener Ce héros à la bohémienne Eut la sottise de donner Ce joyau qui ferait tourner La tête à monsieur de Julienne
La quenouillée est d'un beau lin.
Plus blanc que la neige, et si fin, Qu'à l'œil il est imperceptible.
Et qu'il lui serait impossible D'en distinguer le brin du brin.
Son volume aussi comme on pense,.
i52 POÈMES
Eparpillé, serait immense, N'était qu'un ruban bleu turquin L'entoure, en serpentant, le serre Et l'emmaillottant tout des mieux , Fait qu'il ne paraît presque aux yeux, Que de la i^rosseur ordinaire.
Patience, voici le beau C'est que certain petit bourreau.
Marmot n'aimant que le désordre, Garnement qu'on appelle Amour, La nuit, s'amusant à détordre Le fd qu'on a tordu le jour, Aux fdeuses du noir séjour En doune sans cesse à retordre; Et la trame ainsi devenant Une toile de Pénéloppe, Du mortel chéri maintenant Qu'on tire l'iieureuse horoscope.
"Vivez donc en paix et contens , Beaux amis et belles amies, Qui pour lui donneriez vos vies :
^ ous le posséderez long-temps :
Tandis que moi , dont la fusée A fait le tour du dévidoir , Je vais , tout ce temps sans le voir , Bien m'enuuyer dans l'Elysée .
Tant beau puisse.ètre le manoir.
ET CONTKS. i35
rosint: ,