LE NEZ ET LES PINCETTES, CONTE
Les saints et les diables ensemble Eurent toujours maille à partir-.
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Mais ce qui doit nous avertir Qu'il faut que chacun de nous tremble , C'est que le serviteur de Dieu N'a pas toujours avec le diable Tiré son épingle du jeu , Ou la légende est une fable.
Jadis un vieux saint existait, Lequel apothicaire était; Car en quelque état que l'on vive, Est saint qui veut, noble , vilain , Voire pis, témoin 'saint Crépin , Sainte Madelaine et sainte Yve.
Un jour que pour le bi^ :n public, Manipulant quelques recettes, Le distillateur en lunettes , Dans un fourneau , sous l'alambic , Fourgonnant avec des pincettes, "Voici venir le tentateur En intention de distraire Le vigilant opérateur ; Et d être ainsi l'instigateur D'un quiproquo d'apothicaire.
Devant le saint, monsieur Satan Culbute, caracole et fringue Le fanatique charlatan De mille façon se distingue :
Entre autres le corps du lutin Se tourne en cylindre d'étain , Représentant une seringue :
Il fait de son nez le canon , Soupirail exhalant la peste , De sa gueule un mortier bouffon ,
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Et de sa langue un gros pilon , Dont le mouvement circulaire Faisoit un petit carillon Tel qu'au Sabath on peut le faire.
Des ténèbres le roi falot Epuisa là tout son Calot :
Mais ce qu'il y gagna fut mince; Car le bon saint ne disant mot, Fait cependant rougir sa pince, Puis l'adressant au nez du prince, Vous le lui serre comme il faut.
Le diable fait un soubre-saut , Montre de longues dents qu'il gi-ince, Veut avancer, veut reculer, Tend les griOes , serre la queue , Rue et beugle à faire trembler Toute la terre et sa banlieue.
Cependant, en malin sournois, L'autre jouit de sa victoire , Et fait faire au diable vingt fois Le tour de son laboratoire ; Jusqu'à ce que , las de ce jeu , Il renvoya la bête au gîte ; Et pour l'y faire aller plus vite.
Il lui seringua, pour adieu , Quelques petits jet d'eau bénite.
C'est s'en tirer avec honneur.
Heureux le saint Pharmacopole , S'il eût , d'une telle faveur , Rapporté la gloire au seigneur.
Par malheur , en tournant l'épaule , Le diable avait trouvé moyen,
Pour se dépiquer de sou rôle, De jeter au cœur du chrétien Un grain de sa vanité folle , Dont, à son tour, le Tout-Puissant Très-mécontent avec justice , Châtia le saint , en laissant Triompher un temps la malice Du maudit lion rugissant.
Dont voici quel fut l'artifice.
Il s'enveloppa d'une peau De ces gens charges de cuisine , Masse de chair faite en tonneau ; Pesante espèce de pourceau (^>ui roule icibas sa machine, Et qui, pliant sous le fardeau. Sur deux pieds quelquefois chemine A la ville et dans le quartier Où le saint faisait son métier.
Le masque à figure massive, En moine de Cîteaux arrive ; Va descendre chez le Baigneur, Se met au lit, fait le malade , Et mande le premier docteur.
Qui vient lui débiter, par cœur, Cent mille et une coyonnade; Et termine le sot narré Par la formule régulière Du cljsterlum donare De la faculté de Molière.
Là paraît l'humble apothicaire Tout prêt à donner de sa main , Avec sa mine débonnaire ,
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Le remède chaud el bcnii).
Dieu des vers et de la peinture Aidez-moi dans cette aventure!
Voilà tout bien appareillé, Le mousquetaire agenouillé , Et le malin corps eu posture :
Mais, quoique longue outre mesure, La canule n'arrivait point A. mi-chemin de l'embouchure.
Pour que tout donc aille à son point, De deux valets IVUbrt s'v joint, Chacun d'eux du fessier ditforme Prend une part , le tire à soi , Et de l'ennemi de la foi , Présente le podex énorme.
Le collateur un peu butor , Qui , malgré cela craint cncor lie s'égarer dans la bruyère , Et qui , pour ses péchés, de plus Etait un peu court de visière , Met le nez si près du derrière :
Qu'il est à deux doigts de l'anus.
C est où mon drôle attend son homme On ne peut trop admirer comme Droit au devant la bague alla , Et d'elle-même s'enfila.
Alors sur chaque joue on laisse Retomber l'une et l'autre fesse.
L'impitoyable Lucifer A cris , ni pleurs, ne veut entendre , Et change en tenailles d'enfer L'endroit où le nez s'est fait prendre.
Ah ! vous avez beau trépigner , Vous voilà pris , Ihomnie aux pincettes : C'est à vous de vous résigner ; Car de la façon dont vous êtes , Kous ne pouvez pas vous signer.
Il dit, et plus fier de sa proie Que ne le fut le beau Paris Rapportant la sienne dans Troie, L'infâme ravisseur déploie Ses ailes de ciiauve-souris, Et s'élève en l'aîr avec joie.
Spectacle horrible et scandaleux !
Au cul du démon cauteleux , Et de qui triomphe la fraude , L'un d'entre les prédestinés, Un saint en l'air , et par le nez Pendu comme une gringuenaude !
Ainsi sur le saint homme Job , Le Dieu d'Isaac et Jacob Jadis de la même puissance Toléra l'aftreuse licence , Et bientôt sut y mettre fia :
Aussi mit-il ici la main.
Le saint reconnu son offense ; Dieu tonna ; le malin esprit Ouvrit la pincetle maudite ; Et de la foire qu'il lui prit , Aspergeant le nez du contrit, Adieu, lui dit-il, quitte à quitte.