SCÈNE IX
DORANTE; LUCILE , DAMIS, à l'écart et sans être vu.
DORANTE
A cet aveu si tendre, à de tels sentimens Que je viens d'appuyer du plus saint des sermons; A tout ce que crains, madame; à toutce quej'ose; A vos charmes enfin plus qu'à tout autre chose , Reconnaissez que j'aime ; et réparez l'erreur D'un père qui m'exclut du don de votre cœur. Je ne veux pour tout droit que sa voloaté même.
io4 LA MKTUOMANIE.
Père équitable et tendre , il veut que l'on vous aime.
Dès que c'est à ce prix que l'on met votre foi ,
LUCII-E.
Mais enfin là-dessus qu'importe qu'on l'éclairé , S'il ne vous en est pas pour cela moins contraire ; Et si , dès qu'il saura de qui vous êtes fils, ÎS'ul espoir près de moi ne vous est plus permis?
DORANTE
J'obtiendrai son aveu , rien ne m'est plus facile. 3Iais, parmi tant d'amans, adorable Lucile , Wauriez-vous pas déjà nommé votre vainqueur.
LOciLE , tirant des vers de sa poche.
L'auteur seul de ces vers a su toucher mou cœur. Je l'avoue, et pour lui me voila déclarée.
DORANTE, appercevanl Damis.
On nous écoute.
LUCILE
Eh I c'est monsieur de l'Empirée 1 Lisons-les-lui ces vers ; il en sera charmé.
DORANTE, à part.
Est-ce lui, juste ciel ! ou moi qu'elle a nommé?
LUCILE , à Damis.
Venez, monsieur , venez pour qu'en votre présence, Nous discutions un fait de votre compétence. Il s'agit d'une idylle où j'ai quelque intérêt: Et vous nous en direz votre avis, s'il vous plaît.
DORANTE
Bladauie on fait grand tort à messieurs les poètes , Quand on les interrompt dans leurs doctes retraites. Laissons donc celui-ci rêver en liberté ; Et détournons nos pas de cet autre côté.