LIGNE LU
(1 1 2) 'E^eivai Je toîç a>.>oiç i^KOTaiç . Le mot i^iûTai est placé en opposition avec Uperç. Le rédacteur veut parler de ceux qui ne
3i8 INSCRIPTION GRECQUE DE ROSETTE.
sont pas prêtres. L'adjectif a>.>.ot; ne doit pas faire supposer que ceux qui précèdent étaient aussi des i^iôxai. Cet emploi de illo;, qui se trouve dans les meilleurs auteurs, a été expliqué plusieurs fois (voy. mon Appendice aux Lettres (fwi Antiquaire^ p. 84) ; en ce cas, il y a une syllepse, qui peut ainsi se résoudre : tÇeîvat toîç oXXoi; (âvÔpwTroi;) î^jiwTai; (oîi<ji). L'idée exprimée par irap' aÛToî; est rendue en hiéroglyphes par les mots « dans leur maison » (GhampoU. Gramm. égyp^ tienne, etc., p. 278).
Ce trait est curieux, en ce qu'il montre que, chez les Égyptiens, les simples particuliers (î^tûrai) ne pouvaient sans permission élever et conserver chez eux des chapelles portatives, ni faire les cérémonies qui s'exécutaient dans les grands temples.
£n Grèce, les gens superstitieux étaient enclins au culte particulier et intérieur. Il suffit de rappeler Théophraste qui nous représente le superstitieux élevant une chapelle (wpov i^pudxoôxi) dans sa maison {Charact. XVI). Les législateurs ont regardé cet usage comme un abus, et ont senti la nécessité de le réformer. Platon, dans les Lois (X, p. 909, 910), blâme les personnes qui, dans l'espoir d'apaiser les dieux, élèvent des autels et des chapelles (Pwjjloùç xal Upa) au sein de leurs maisons; il en démontre les inconvénients, et il propose cette loi : « Que personne n'ait de chapelle dans les maisons particulières ; mais qu'on aille sacrifier aux temples publics, » etc. (Upà (x.Y)^6 el; èv iSiatç oîxiai; cxTin^sSo)...). La loi des Douze Tables disait de même : Separatim nemo habessit deosj etc.
Il résulte évidemment de notre passage que la même interr diction existait en Egypte. Si la chose n'eût pas été défendue, il aurait été inutile de la permettre en cette occasion, et seulement à l'égard de l'édicule du roi ; car il est bien entendu qu'il ne s'agit que de l'édicule susdit, xai tov TrpoeipTifjivov vaov. L'égyptien se contente du démonstratif : « il est permis d'ériger « cette chapelle consacrée au dieu Épiphane » (Champ. , Gramm. %J»^-, p. 186, 199 et 818).
Les prêtres mettent, de plus, une conditiop à la permission qu'ils accordent. Cette condition est annoncée par les lettres cuvTe>.ou..., à savoir auvTeXoovra;, comme lit Porson, ou duvTeXoiïcri que je préfère, avec un régime que Porson supplée ainsi : xà TrpoenixovTa vojxijxa èv ry-îç éopTaT;, Ta]î; xar' èviauTov. C'est bien là le fond de Tidée, mais les mots étaient autres; il y avait, outre Tidée d'année, celle de mois, comme le prouve le passage correspondant du texte hiéroglyphique, passage grammaticalement analysé par Champollion : « célébrer ces fêtes, chaque mois, chaque année » {Gramm, égypt.^ p. 314). Dès lors, la lacune devait être remplie de cette manière : <ruv- Te>.ou[<ji ri vo(x.i[xa ev éopTaî; Tai; te xarà [xf^va xal Taji; xar' evixuTov,
Ainsi les particuliers, i^iàixai, auront la permission d'avoir chez eux l'édicule du roi; mais ils seront tenus d'accomplir tout ce qui est prescrit dans les fêtes, tant mensuelles qu'annuelles, indiquées plus haut ; car l'édicule ne doit point rester inutile; le possesseur doit le sanctifier par une conduite religieuse : et c'est ainsi que Platon défend d'avoir dans sa maison des chapelles, par la crainte que le possesseur ne se livre à quelque acte irréligieux ou déshonnête, ou ne s'en serve pour, couvrii' ses délits. En ce cas, Platon veut que la chapelle soit transportée dans le temple public, ei; xà ^Yjjjwdtx âTToçepeiv ri Upà Ta ï^ia [Legg, X, p. 910). Il considérait donc ces chapelles comme des 7ra<7ToC, ou édicules portatifs, tels qu'étaient les édicules égyptiens. Il est vraisemblable que, dans la pensée du rédacteur du décret, la permission eût été retirée, si les cérémonies religieuses n'eussent pas été dûment accomplies.
La' grande analogie de cette prescription du philosophe grec avec le passage de notre décret me fait conjecturer qu'il s'agit d'une antique loi que Platon a connue en Egypte, et dont il avait senti la justice et l'utilité.