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DESCRIPTION DE THÈBES

M. Wilkinson commence son exploration par la rive gauche, où se trouvait le quartier des tombeaux, à partir du palais de Koumah qui en est le point le plus septentrional.

Ce palais ou temple, dédié à Ammon, le Jupiter thébain, est celui que ChampoUion le jeune a appelé le Ménephtheion, parce qu'il fut construit par Ousirei ou Ménephthah I". Il a été terminé par son fils Rhamsès IL On sait qu'il diffère par son plan de tous les autres édifices de Thèbes : une rangée de dix colonnes, terminée par des antes, forme sa façade. Trois de leurs entre-colonnements sont inégaux. Le reste de l'édifice paraît avoir convenu plutôt à un palais d'habitation qu'à un temple. Les bas-reliefs qu'on voit encore sur les parois offrent exclusivement dos sujets religieux.

Quant au prince qui l'a fait élever, M. Wilkinson veut qu'on l'appelle Phtahmen et non Ménephthah ; cette différence tient à la place d'un des caractères du nom, qui est souvent transposé. Mais les variantes do ce nom sur les 'divers monuments ne permettent guère de lire autrement que ne le fait ChampoUion. Ces transpositions sont communes ; il en a parlé dans sa Grammaire; et la remarque appliquée à Ménephthah a déjà été faite, d'après ChampoUion, par M. Rosellini (1). Au reste, ce point est peu important.

A partir du temple, en suivant la lisière du terrain cultivé, on trouve les débris de plusieurs statues ; puis on arrive à une grande enceinte en briques crues, qui contenait jadis un temple en grès, qu'on croit dater du règne de Thouthmès III, dont

(1) Monumenti delV Egitto, etc., t. I; Mon, istor,, p. 249.

PAR SIH G. WILKINSON. 303

]e nom est imprimé sur les briques de Tenceinte. Cet édifice pardt avoir eu le même plan que le Ramesséum et le temple deMédynet Abou. — C'est à environ mille pieds plus loin que sont les ruines du grand édifice qu'on a appelé d'abord le Memnonium, puis le tombeau d'Osymandyas, et enfin Ramesséum parce qu'il a été élevé par Rhamsès le Grand. Cet édifice est tellement connu par les controverses auxq^ielles il a donné lieu, que nous devons nous contenter de remarquer ici que le plan dressé par M. Wilkinson, et qui diffère en plusieurs points de celui de la commission d'Egypte, est absolument semblable à celui de M. Huyot, depuis longtemps publié avec le Mémoire sur le tombeau d'Osymandyas. Si la rencontre est fortuite, elle prouve en faveur de la grande exactitude de Tun et de l'autre. L'auteur donne des détails sur les scènes do bataille représentées sur les murs ; on les trouve déjà dans la grande description de Thèbes, et dans les Lettres de Champollion. Les villes prises par les conquérants ont leur nom écrit en hiéroglyphes, et M. Wilkinson remarque que, d'après les inscriptions, ces villes ont été prises l'an IV de Rhamsès. « Ce « fait, dit-il, confirme ce que j'ai établi dans un autre ouvrage, « que les conquêtes des plus illustres monarques de TÉgypte « ont eu lieu au commencement de leur règne. » Il ajoute : « Je ne prétends pas décider contre quel peuple ces guerres « ont été faites dans le voisinage de l'Assyrie et de TEuphrate ; « et il est probable que, si nous étions mieux informés à « l'égard de la géographie ancienne de la contrée située entre « l'Euphrate et TEgyple, nous trouverions que les noms ex- « primés dans les hiéroglyphes coïncident avec ceux des pays « ou des peuples de cette région. Si l'on trouvait peu vraiw semblable que TLgypte ait alors étendu ses armées jusqu'à « l'Euphrate, il suffirait de se rappeler que plus tard Néchao, « sous le règne de Josias, vint attaquer Carchemish, près de

« l'Euphrate (Il Chron., XXXV, 20) Les sculptures égyp-

« tiennes confirment ce fait, puisque les vêtements et les traits « des prisonniers de Tharaka, qui sont les Assyriens de Sen- « uachérib, ressemblent à quelques-uns de ceux des Pharaons

« plus anciens, » — M. Wilkinson parle en ces termes du sujet astronomique qui existe dans le Ramesséum : « Dans la « partie supérieure sont les douze mois égyptiens, et à la fin « de mésori il y a une allusion aux cinq jours épagomënes « et au lever de l'étoile du Chien, sous la figure d'Isis Sothis. » Les dépendances de cet édifice consistent dans des constructions en briques, disposées d'une manière très-remarquable. Nous les avons décrites ailleurs d'après M. Huyot, qui les a retracées avec un grand soin ; ce qui était d'autant plus utile qu'elles avaient été omises dans les plans dressés par les membres de la commission d'Egypte. Plusieurs de ces briqufîs portent le nom de Thouthmosis III, de la dix-huitième dynastie.

Le grand édifice, maintenant détruit, dont les deux grands colosses de la plaine formaient l'entrée, avait été bâti par Aménophis III, ce roi dont les Grecs ont fait Memnon, et dont ces deux colosses représentaient la personne. A en juger par les ruines de cet édifice, il doit avoir été un des plus remarquables de Thèbes. Tout ce qui en subsiste maintenant se borne aux bases des colonnes qui ont dû faire partie d'une salle hypostyle, à quelques statues brisées et à des sphinx en granit avec têtes de lion. Il parait avoir été bâti en pierre calcaire, ce qui a dû causer sa destruction, parce que les pierres en auront été prises pour faire de la ohaux.

En continuant de marcher à l'Ouest, on trouve le monticule élevé sur lequel sont bâtis les édifices de Médynet Abou, si bien décrits et représentés dans le grand ouvrage sur l'Egypte.

M. Wilkinson ajoute peu de chose à cette description, si ce n'est la date des diverses parties qui les composent, déjà fixée dans les Lettres de Champollion. Ces dates, tirées des hiéroglyphes, coïncident d'une manière remarquable avec la disposition des diverses parties. Ceux qui jetteront les yeux sur le plan verront que ces édifices se composent de deux système» indépendants l'un de l'autre. Le premier est formé du grand temple, et de ce qu'on appelle le pavillon, placé en avant de ce temple, et dans le prolongement de son axe. Tous deux

PAR SIR G. WILKhNSON. 367

appailiennent au règne de Rhamsès Meïamoun, le premier roi de la dix-neuvième dynastie. Leurs parois sont couvertes de scènes militaires qui sont au nombre des plus curieuses et des plus belles qui sont en Égjrpte. Champollion les a décrites dans un grand détail, ainsi que M. Wilkinson.

Le second système se compose de, plusieurs portions d'édifices qui, à en juger à la simple vue, ont dû avoir été successivement ajoutées les unes aux autres. Les hiéroglyphes démontrent qu'il en a été ainsi; l'édifice, du fond a été élevé par Thouthmosis III ; il est par conséquent plus ancien que le grand temple ou palais ; le pylône qui vient ensuite est du règne de Tharaka, au commencement du vu" siècle avant notre ère. Un petit édifice élégant qui le précède, appartient au règne de Nectanébo, un des rois de race égyptienne qui a usurpé le trône pendant une des révoltes des Égyptiens contre les Perses ; vient ensuite un grand pylône, construit par Évergète II, avec d'anciens matériaux, portant les cartouches de Rhamsès le Grand ; enfin le tout est précédé d'une grande cour, élevée au temps d'Adrien et d'Antonin le Pieux. On a donc là des constructions de toutes les époques, depuis les premiers rois de la dix-huitième dynastie jusqu'au u** siècle de notre ère.

Selon M. Wilkinson, les ruines de Médynet Abou sont indubitablement un des quatre temples mentionnés par Diodore de Sicile, les trois autres étant le Ramesséum, Louqsor et Karnak. Si le passage de l'histoire s'applique aux deux rives de Thèbes, le nombre de quatre évidemment ne peut suffire. Car non-seulemeut l'Aménophium n'y est pas compris (et cependant il a dû être, sinon plus, au moins aussi considérable que les deux autres édifices de la même rive), mais encore on trouve à Karnak, outre le grand temple, deux temples, d'une étendue et d'une importance telles qu'il était impossible de les omettre. Il y aurait donc eu sept temples, et non quatre. Nous pensons, quant à nous, que le passage de Diodore ne s'applique qu'à la ville proprement dite de Thèbes, qui a toujours été située sur la rive droite; l'autre rive était destinée

spécialement à tout ce qui servait aux cérémonies funéraires, sous le nom générique de Memnonia. Ces quatre temples seraient donc Fédifice de Louqsor et les trois principaux de Karnak. Cette opinion peut être appuyée de considérations de plusieurs genres, que nous avons fait valoir ailleurs (1), mais dont l'exposé nous entraînerait ici beaucoup trop loin.

M. Wilkinson remarque, après les auteurs de la description de Thfebes, que cette ville n'a jamais eu d'enceinte ; en conséquence il ne perd pas de temps à chercher où devaient être les cent portes de la Thèbes Ilécatompylos, épithète qui n'est qu'une expression poétique de l'étendue de cette antique cité. On a cru pouvoir retrouver les cent portes dans plusieurs ouvertures qu'on remarque à la grande enceinte qui existe au Sud de Thèbes de ce même côté, et dont on a voulu faire un hippodrome. Cette conjecture n'est pas très-heureuse. M. Wilkinson, remarquant que le fond de cette enceinte est beaucoup au-dessous du niveau.de la plaine, pense qu'elle formait un lac artificiel, destiné aux cérémonies mortuaires. Nous apprenons de Diodore (!2) qu'un lac de ce genre existait dans chaque nome, et peut-être dans chaque localité importante. Cette hypothèse a beaucoup de vraisemblance.

Pour revenir àMédynet Abou, M. Wilkinson fait observer que les premiers chrétiens avaient converti en église une des grandes cours du temple; pour cela ils avaient élevé un autel à l'extrémité orientale, et couvert d'un enduit de limon les sculptures païennes. Cette pieuse précaution, qu'heureusement ils ont prise ailleurs (3), a beaucoup contribué à conserver les anciens bas-reliefs dans tous les temples où elle fut en usage. Ce n'était pas là précisément l'intention de ceux qui l'employèrent.

A environ six cent cinquante pieds au S.-O. du pavillon de Médynet Abou, est un petit temple de l'époque ptolémaïque, dont ce temple renferme quelques sculptures qui jettent du

(1) Dans une leçon faite au Collège de France, le 27 février 1836.

(2) Diod., I, 9g'

(3) Voir nos Matériaux pour servir à Vhistoire du christianisme ^ [ti I, p» 81]«

jour sur les noms hiéroglyphiques des Ptolémées, prédécesseurs d'Évergète II. Ce monarque est représenté faisant des offrandes à quatre do ses prédécesseurs, Soter, Philadelphe, Philopator et Epiphane.

Un autre petit temple, plus moderne encore, est situé au S.-O. de l'hippodrome ou du lac Achérusien ; il porte les noms d'Adrien et d'Antonin le Pieux, qui en a bâti le pylône.

A huit mille pieds au N.-O. de Médynet Abou, dans un vallon écarté, est le lieu dit « Gabbanet el-Qeroud » (le cimetière des singes), ainsi appelé des momies de singes qu'on trouve dans les ravins du voisinage. « Parmi d'autres figures « étranges, enterrées soigneusement en ce lieu, dit l'auteur, « il y a de petites idoles en forme de momies, avec l'emblème « du dieu de là génération. Leur longueur totale n'excède pas « deux pieds. L'enveloppe extérieure d*une composition « grossière qui forme le corps, est surmontée par une tète « humaine et un bonnet mitre en cire; l'intérieur ne contient « que de l'orge. Dans une de ces momies que je possède, « l'orge est tout germé. » H y a là sans doute quelque intention symbolique qu'il est difficile de découvrir maintenant.

C'est à environ trois mille pieds derrière Médynet Abou que sont placés les « tombeaux des reines », dont la découverte appartient, dit-on, à lord Prudhoe et au major Félix. Parmi les plus distingués des noms qu'on y trouve, on peut citer ceux de Amun-meit ou tmei, fille d'Aménophis I"; de Taïa, femme d'Aménophis III; de la fille favorite de Rhamsès II et de l'épouse de Rhamsès V. Toutes ces tombes, au nombre de vingt-deux, ont beaucoup souffert des effets du feu, et l'on ne peut presque rien citer de leurs sculptures, excepté dans celle de Taïa. On a conjecturé que c'étaient là les tombeaux des « pellices Jovis », dont parle Diodore de Sicile. Cela se peut, quoique la présence des reines ne s'accorde guère avec cette qualité de «pellices » qui, d'après le passage de'Strabon, ne peut avoir été autre chose que des filles prostituées au nom du dieu, des hiérodules. Un fait qui contredit encore cette opinion, adoptée par Champollion le jeune, c'est que les rois, T. II. 24

dans les tombes de Biban el-Molouk, ont été enterrés à part, sans que les femmes y aient été placées ; il fallait qu'on mît ailleurs leurs femmes et leurs filles. Il est donc tout naturel de penser qu'elles avaient eu leur sépulture en ce lieu.

Un autre emplacement funéraire que M. Wilkinson décrit, est celui de Dayr el-Médynét, au nord du précédent. Il y existe plusieurs tombes du temps d'Aménophis P', qui méritent Tattention du chronologiste, plutôt que celle de Tami des arts. Parmi ces tombes, il y en a deux contenant les noms des membres de la famille d'Aménophis P', et de quelques-uns de ses prédécesseurs. Cette liste a le grand avantage de confirmer la table chronologique d'Abydos. Dans une autre, une voûte en brique crue et une niche, portant le nom du même Pharaon, prouvent que les Égyptiens connaissaient Tusage de la voûte dès cette époque reculée. Les briques y sont posées de champ faisant voussoir, et la forme en est hémisphérique. M. Hoskins en a donné la figure dans son Voyage en Ethiopie (p. 353, 353), ainsi que d'une autre voûte surbaissée ou elliptique, bâtie de la même manière. Ceux qui ont fait ces constructions les auraient pu faire également en pierre. D'après ces découvertes récentes, les Égyptiens ont le droit de revendiquer l'invention des voûtes qu'on leur avait refusée jusqu'à présent.

Le petit temple à l'E. appelé Dayr el-Médynet fut élevé par Ptolémée Philopator ; ayant été laissé imparfait, il fut terminé par Ptolémée Évergètè II ; le pylône est de Ptolémée Aulète ; César, ou plutôt Auguste y fit aussi quelques additions. A ce sujet, M. Wilkinson entame une discussion sur la manière de lire les noms des Ptolémées en hiéroglyphes. Nous ne l'y suivrons pas, nous contentant de l'indiquer. Nous préférons reproduire cette observation : « A la partie extérieure du ves- « tibule, les murs, rompus par suite d'un enfoncement du sol, a révèlent un secret de l'architecture égyptienne, qui consiste « dans l'emploi des crampons de bois en queue d'arondepour <x lier les blocs de maçonnerie. Le bois, dans un pays où il « pleut extrêmement peu, et lorsque les pierres sont bien as- •

« semblées, peut durer de cette manière pendant des sië- « clés (1). Les Égyptiens calculaient avec soin la durée rela- « tivedes divers matériaux, et les employaient en conséquence. « Ainsi ils préféraient, pour les temples, le grès aux blocs « calcaires, parce que, dans un climat sec comme TÉgypte, « le grès résiste à l'action de l'atmosphère mieux que le calce caire et même que le granit. Les substructions calcaires « placées au-dessous du sol étaient connues pour supporter « mieux que le granit le contact des sels qui décomposent le (( granit, plus ^ur, mais moins durable. »

Tout l'intervalle entre Dayr el-Médynet et la montagne libyque au nord est rempli de tombes et de débris de monuments, dont le plan de M. Wilkinson représente les détails avec le soin le plus scrupuleux. Toute cette partie du plan, à laquelle les savants français n'avaient pu donner une attention suffisante , est entièrement neuve. — On distinguera surtout les édifices de TAssassif, placés sur le penchant de la chaîne libyque, à l'endroit où elle tourne à l'est pour entourer la plaine en se rapprochant du Nil. Là un dromos de 2,600 pieds de long, bordé de chaque côté d'une rangée de 60 sphinx, conduit à un grand édifice dont la partie postérieure s'enfonce sous la montagne , et qui parait avoir eu le double caractère de temple et de tombeau : sur les parois^ sont de belles sculptures qui représentent, entre autres sujets, une marche militaire. Cet édifice fut élevé par la reine Amensé et son époux Aménenthé ; plus tard, Thouthmosis III fit effacer les noms de ce prince pour y substituer les siens. Les bas-reliefs en étaient d'une parfaite exécution, malheureusement ils sont dans un déplorable état. Le sanctuaire a été restauré par Évergète II ; aussi les sculptures en sont très-mauvaises;

C'est au-dessous de TAssassif, depuis le voisinage du Ramesséum jusqu'à Kournah au nord, que se trouve une immense quantité de tombes de prêtres et de particuliers : cette

(1) On sait qu'un tenon de bois» en forme de quetie d^aronde, a été employé * par les Egyptiens pour arrêter une fissure à la base de Tobélisque de Louqsor.

partie du plan a dû coûter au savant voyayeur un travail prodigieux ; les plus petits détails y sont indiqués. Ces tombes, trop négligées jusqu'ici des voyageurs, sont au nombre des objets les plus curieux de Thèbes. Elles sont ou un édifice hypèthre qui précède un hypogée, ou bien un hypogée plus ou moins étendu; ou enfin des puits creusés dans la plaine, avec un caveau au-dessous du sol.

L'époque des principales de ces tombes appartient à toute la durée de la dix-huitième dynastie. C'est dans les endroiU où la nature compacte du sol permettait de faire de grandes excavations, que les tombes des prêtres se trouvent, tandis que celles de la classe inférieure sont placées soit dans la plaine même, soit dans la partie de la montagne voisine où le kol est moins solide.

Les plus belles sont du temps de la dix-huitième dynastie. Celles qvii sont postérieures à cette époque appartiennent généralement à la vingt et unième dynastie, dans le vu* siècle avant notre ère. Leur plan, très-différent de celui des tombes plus anciennes, est presque toujours le même ; il consiste en une cour extérieure décorée d'un péristyle, auquel succède l'entrée de la tombe souterraine. Elles sont remarquables par leur étendue, et par la profusion des sculptures, malheureusement assez mal exécutées. Les plus grandes sont situées dans l'Assassif ; l'une d'elles surpasse en grandeur toutes les tombes des rois. La cour extérieure a 103 pieds sur 76; on arrive ensuite à des corridors souterrains, coupés de chambres, dont les parois sont couvertes de sculptures ; à chaque angle est placée une figure de déesse : « Celle d'Athor, dit « M. Wilkinson, aies bras étendus; un voyageur plus recom- « mandable par son savoir que par son jugement, l'a prise « pour le crucifix des chrétiens. » On aura une idée de cette étonnante excavation quand on saura que les parois forment une surface de S4,000 pieds carrés. Celui pour lequel elle a été creusée est un personnage distingué dans l'ordre sacerdotal; il se nommait Pétémenoph, et avait fait bâtir la porte de granit à Médynet Abou.

Parmi les plus intéressantes des autres catacombes, Fauteur nomme d'abord celles de Kournah-Murre, dont il n*a échappé qu'un très-petit nombre aux ravages du temps. Le savant voyageur en a fait ouvrir plusieurs qui n'avaient jamais été visitées. Sa curiosité n'a été satisfaite que dans une de ces tombes, où il a trouvé le nom du frère d'Aménoph III, et une procession triomphale qui doit avoir eu lieu à la suite d'une guerre en Ethiopie, puisque les captifs apportent des anneaux d'or, des corbeilles de pierres précieuses, des peaux de léopards; et conduisent une girafe, et un bœuf à longues cornes, qui existe encore en Abyssinie. Ce même animal se retrouve avec la girafe, l'autruche, les singes, etc., dans les sépultures de Beit-Ouali, près de Khalapché en Nubie, qui représentent aussi une procession, à la suite d'une guerre terminée heureusement par Sésostris ; les cornes du bœuf y sont également terminées en forme de mains; ce qui résultait d'une opération qu'on fait encore subir dans le pays aux cornes de cet animal, en façonnant de même leurs extrémités. Dans une des sculptures de celte tombe, on voit la reine du même peuple, amenée sur un char traîné par des bœufs, et défendue du soleil par une ombrelle. M. Wilkinson rapproche ce fait de la mention qui est faite si souvent des reines d'Ethiopie, à commencer par Candace dont le nom parait les avoir désignées, comme celui de Pharaon les rois d'Egypte. Il relève plusieurs autres circonstances qui mettent les sculptures peintes de cette tombe au rang des plus intéressantes qui soient en Egypte. Il en termine la description en ces termes : « Les esclaves éthiopiens et les nègres étaient communs en c( Egypte, dès une époque très-reculée, longtemps avant l'ère c< d'Aménophis III: et il est fort probable qu'un tribut en es- « claves, aussi bien qu'en or, ivoire, ébène, peaux et autres c< productions du midi , était continuellement exigé du pays « deKusch. »

Dans une autre catacombe, malheureusement fort ruinée, on voit une chasse animée, où les divers animaux du désert sont rendus avec une justesse admirable. M. Wilkinson re-

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marque : « qu'en observant la fidélité avec laquelle les formes « générales et le caractère des animaux sont rendus, on ne « peut s'empêcher d'être étonné de ce que les Ëg^'ptîens re- « présentaient si mal les arbres et les fleurs de leur pays, les- « quels, à l'exception du lotus, du palmier et du doum , peu- « vent à peine être reconnus, à moins que le fruit, comme « dans le grenadier et le sycomore, ne vienne nous aider à les « distinguer. »

Les plus nombreuses et les plus intéressantes de ces grottes se trouvent sur la colline de Scheikh-Abd et Kournah. L'une d'elles (n** 1 du plan) porte le nom d'Ousirei ou Ménephthah I", sous le règne duquel vivait le prêtre qui y fut enterré. Dans une autre (n"" 2) sont des femmes dansant au son de la harpe, de la double flûte, de la lyre, accompagnées de chœurs. On y voit aussi un personnage qui tire la liqueur d'un vase, au moyen d'un siphon. Cet instrument se retrouve aussi dans le tombeau de Rhamsès III , à Biban el-Molouk ; ainsi l'on ne peut douter q\jLe son invention ne date au moins de la dixhuitième dynastie. On sait que la première mention ne s'en trouve que dans Héron d'Alexandrie qui vivait sous Évergète II. Une troisième tombe (n° 5) porte le nom de Rhamsès VU. Mais le stuc sur lequel les sculptures de cette époque sont exécutées a été placé par-dessus des sculptures d'une époque plus ancienne ; la tombe fut vendue à une autre personne par les prêtres ; ce qui était souvent le cas, lorsqu'une famille s'éteignait, ou qu'il ne restait personne pour payer les frais de la liturgie.

Les divers arts et métiers représentés dans ces sculptures doivent être, dans l'opinion de l'auteur, une expression de la vie humaine ; idée tout à fait en harmonie avec la fréquence de pareils sujets dans les tombeaux, au moins des plus anciens temps. Le n"" 14, très-ruiné, est remarquable par le seul exemple qui existe d'un troupeau de porcs. Le n® 16 est intéressant, sous le double rapport de la chronologie et de l'art. Là se trouve la suite des quatre rois, depuis Thouthmos III jusqu'à Aménoph III inclusivement, qui confirme de la ma-

nibre la plus satisfaisante Tordre de succession de la table d'Abydos. Les sculptures, dont le sujet est principalement funéraire, sont fort curieuses. On y voit aussi une scène dépêche et de chasse à Toiseau. Dans les ruines chrétiennes qui existent près du n*" 23, on lit une inscription grecque, contenant une lettre de saint Athanase, archevêque d'Alexandrie, contenant copie d*une lettre à ses frères orthodoxes à Thëbes. On doit espérer que M. Wilkinson n'aura pas négligé de copier ce qu'il était possible d'en lire. Dans une tombe voisine, on voit représentées des figures d'un excellent dessin, entre autres des personnages dansants, dont le style semble plutôt grec qu'égyptien ; « et si nous n'étions assuré, dit M. Wilkin- « son, par le nom d'Aménoph II, de l'époque reculée de leur u exécution, nous les croirions une production du pinceau « grec. » Dans cette même tombe, sont représentés de ces vases d'une forme grecque, communs dans les plus anciens tombeaux. C'est le n"" 35 qui est de beaucoup la plus curieuse tombe qui soit à Thëbes, par les particularités que présente la longue procession triomphale d'Éthiopiens qui apportent des offrandes à Thouthmos JII. Cette curieuse peinture, ayant été publiée dans l'ouvrage de M. Hoskins sur l'Ethiopie, nous réservons pour l'analyse que nous donnerons de ce voyage ce que nous aurions à en dire. Les indications sommaires que nous avons données sur les tombes de Kournah suffisent pour qu'on juge de leur importance, et de ce que cette partie de Touvrage de M. Wilkinson présente de neuf et de curieux.

Avant de terminer ce premier article, nous croyons utile de reproduire ce que notre voyageur, qui fait grand usage des hiéroglyphes phonétiques, pense de cette découverte de notre illustre compatriote. « Beaucoup de gens sont encore prévenus (( contre le système alphabétique ou phonétique, et se refusent a obstinément à admettre son utilité ou à examiner son fonde- « ment. Je crois donc juste de dire qu'avecl'assistancedu copte, « des premières découvertes du docteur Young (1), et des

(1) n est maintenant reconnu que les premières découvertes du docteur

376 TOPOGRAPHIE DK THÈBES

« considérables perfectionnements que M. ChampoUion y a « faits, je suis parvenu aux mêmes résultats que ce savant, « sauf un petit nombre d'exceptions peu essentielles ; et cela « sans avoir jamais eu la moindre communication avec lui, « soit en Europe, soit pendant son séjour en Egypte; et je « suis arrivé aux mêmes conclusions, tantôt avant, tantôt « après lui. Ainsi les observations de deux personnes sur le « même sujet ont conduit au même but : et, quoique je sois « fort loin de prétendre comparer ce que j'ai pu faire aux « succès sans parallèle de M. ChampoUion, je ne puis que « mentionner un fait qui tend si fort à démontrer la vérité « d'un système que quelques-uns sont toujours déterminés à « révoquer en doute. »

Il termine en disant : « Par rapport à la traduction des hié- « roglyphes, M. ChampoUion doit avouer que personne n'est « assez avancé dans la langue égyptienne pour être capable c< de traduire littéralement une inscription de quelque lon- « gueur, ou modérément compliquée, quoiqu'on puisse en ob- <r tenir assez souvent le sens général . » Nous pensons que ChampoUion n'aurait trouvé aucune difficulté à faire cet aveu, non plus qu'à partager les espérances ou à suivre les sages conseils contenus dans le passage suivant: « Le temps « sans doute permettra de faire davantage, et nous pouvons « espérer de voir ce langage interprété avec la même faciUté <' que plusieurs de ceux dont nous avons depuis longtemps « acquis la connaissance.. Mais les pas doivent être tents et « réservés; et le seul moyen de convaincre ceux qui adhèrent « encore à l'opinion contraire, est de donner peu à la conjec- « jecture, ou du moins de donner pour incertain ce qui l'est; « d'admettre et de corriger les erreurs, lorsqu'on les dé- « couvre.»

Young n'auraient pu le conduire à rien. Elles n*ont donc pu être d'aucune utilité À M. Wilkinson, pour la lecture des hiéroglyphes phonétiques.

La description du côté libyque de Thèbes est complétée par celle des tombeaux des rois, à Biban el-Molouk, dans la vallée, derrière les premières rampes de la montagne. Ce nom traditionnel est appliqué par les uns aux tombes elles-mêmes, par d'autres à la gorge étroite placée à l'entrée de la vallée. Notre voyageur ne donne point une description détaillée de ces tombeaux ni une explication de leurs sculptures. Il confesse que Tétat de nos connaissances sur la religion égyptienne ne pennet guère que de faire de simples conjectures sur la signification des sujets qui les décorent. Il n'insiste que sur les plus remarquables de ces tombeaux, et relève ce qu'il y a de plus important à en dire. Voici un extrait de la description qu'il donne de quelques-uns.

Le tombeau qui l'emporte sur tous les autres, par la beauté des sculptures et son état de conservation, est celui que Belzoni a découvert. Le plan et les détails en sont connus par l'ouvrage de ce voyageur. Nous nous contenterons de rappeler que ce tombeau est celui de Ménephthah I" ou Ousirci, le douzième roi de la dix-huitième dynastie. Sa longueur totale est de trois cent vingt pieds et sa pi'ofondeur de quatrevingt-dix.

Le tombeau dit de Bruce, ou du Joueur de harpe, est celui de Rhamsès Méïamoun; c'est un des plus remarquables pour la connaissance des armes, ustensiles et ameublements dos Egyptiens. « La couleur bleue de plusieurs de ces armes, dit « M. Wilkinson, indique qu'elles étaient en fer; et c'est un « des arguments qui établissent que les anciens Égyptiens a connaissaient l'usage de ce métal. » Dans une des chambres de cette tombe sont représentées ces chaises de la plus élégante forme, ces sophas, ces lits de repos, ces vases de terre et d'une substance qui approche de la porcelaine; enfin, ces ustensiles de cuivre qui attestent que les Égyptiens, à cette

époque reculée, étaient très-avancés dans les arts de la civilisation. Une autre salle offre des scfenes relatives à l'agriculture.

La tombe n** 9, la troisième à droite en entrant, est celle que les Romains appelaient la Syringe de Memnon,-^ d'après les inscriptions qui s'y trouvent. Dans notre ouvrage sur Memnon (i), ignorant quelle était celle où Ton avait copié les inscriptions grecques relatives à la syringe de Memnon, nous avons conjecturé qu'elle devait avoir été ainsi nommée parce qu'elle était la plus belle; le beau Memnon doit avoir eu la plus belle sépulture. M. Wilkinson confirme cette conjecture en disant, presque dans les mêmes termes : « Elle fut ainsi « appelée, probablement parce qu'elle est la plus belle de « celles qu'on eût alors ouvertes. » C'est dans cette tombe qu'est la curieuse inscription du dadouque d'Lleusis, que nous avons expliquée (2). M. Wilkinson en indique une autre, qui nous est restée inconnue ; elle a été écrite par un homme de mauvaise humeur, appelé Epiphane; il déclare qu'il n'y a trouvé rien à admirer, excepté la « pierre », voulant probablement parler du sarcophage près duquel il a écrit sa laconique remarque.

Nous ne suivrons pas notre voyageur dans ce qu'il dit des autres syringes. Il paraît que celles qui portent des inscriptions grecques ou latines, tracées par d'anciens voyageurs, ne sont qu'au nombre de quatorze, sur vingt-deux; d'où il est assez raisonnable de conclure qu'il n'y en avait pas davantage d'ouvertes à l'époque de la domination des Grecs et des Romains; car, pourquoi n'aurait-on rien écrit dans les autres^ si elles avaient eu aussi leurs visiteurs?

Une observation importante, c'est que la plus ancienne tombe de Biban el-Molouk est celle de Rhamsès I", le neuvième roi de la dix-huitième dynastie : toutes les autres sont de ses successeurs, de la dix -neuvième et de la vingtième dynasties.

(1) La statue vocale de Memnon [plus haut, p. 223].

(2) Numéros 1 et 40 fp. 221].

Cela étant, on demande où peuvent être les tombeaux de ses prédécesseurs et de ceux des dynasties précédentes? Probablement dans la vallée, plus reculée à TOuest, où existe encore celui d*Aménophis III, et celui d'un roi beaucoup plus ancien, antérieur à la dix-huitième dynastie. Ce sont les deux seules tombes qu'on ait ouvertes dans cette vallée reculée; mais il est bien vraisemblable qu'elles ne sont pas les seules qui s'y trouvent, et que des recherches ultérieures y feront retrouver celles des prédécesseurs d'Aménophis. On peut espérer que des découvertes importantes seront la récompense d'efforts constants dirigés de ce côté.

En passant sur la rive droite du Nil, le voyageur se trouve sur l'emplacement de la ville proprement dite de Thèbes. Les édifices de Louqsor, qui en occupent la partie méridionale, attirent d'abord son attention : on sait qu'ils forment doux parties distinctes, avec des alignements différents. Ils sont en effet de deux époques.

Une grande cour carrée est précédée d'un pylône, en avant duquel s'élevaient les deux grands obélisques, dont l'un a été transporté à Paris (1). Cette partie a été construite par Rhamsès III, ou Sésostris le Grand, en partie avec des matériaux beaucoup plus anciens, portant des sculptures sur le côté intérieur. Ces matériaux faisaient partie des édifices détruits lors de l'invasion des Pasteurs, vers 2300 avant J.-C.

Après cette cour est une double rangée d'énormes colonnes qui paraissent avoir été destinées à former, comme à Karnak, une salle hypostyle, laquelle pourtant n'a jamais été faite. Ces colonnes, décorées à diverses époques, ont été élevées par Aménophis III, qui a construit entièrement l'édifice du fond. Le sanctuaire est formé par une salle de granit, qui fut restaurée par Alexandre, fils d'Alexandre le Grand.

Une allée de sphinx, de plus de deux mille pieds de long,

(1) M. Wilkinson, qui fut témoin de la descente et de renlëvement de Tobélisque de Louqsor, a représenté, dans une jolie vignette, l'opération difficile exécutée par M. Lebas.

dont les vestiges subsistent, liait les édifices de Louqsor à ceux de Karnak, plus au nord.

La description fort détaillée des nombreux édifices de Karnak est surtout intéressante par les indices chronologiques recueillis sur les parties diverses, et qui indiquent Tépoque de leur construction successive. En nous bornant ici au grand temple, nous dirons qu'on y observe, comme à Médynet-Abou, que Tancienneté relative de ses diverses parties augmente régulièrement à partir de l'entrée .

Ainsi, le grand pylône de l'entrée de la première cour est de l'époque des Bubastites, vingt-deuxième dynastie. Cette cour n'a été bâlie qu'après le petit édifice, à gauche en entrant, qui est de Ménephthah III, et après le temple, placé transversalement à droite, venant couper Tenceinte de la cour; celui-ci est de Rhamsès Méïamoun. Cette date explique la position tout irrégulière de l'édiffce; quand on l'a construit, la cour n'existait pas. Les douze hautes colonnes qui s'élèvent au milieu, et qui paraissent avoir été destinées à porter des étendards, ont été élevées par l'Éthiopien Tharakah et Psammétichus.

C'est entre le temple de Rhamsès Méïamoun et le deuxième pylône que se trouve la porte élevée par Sésonchis ou Shischorich, premier roi des Bubastites, et le mur offrant les basreliefs relatifs aux conquêtes de ce prince, le Sesak ou Schischak de la Bible, celui qui prit Jérusalem, sous le règne de Roboam. On sait que, par une coïncidence remarquable entre l'Histoire sainte et les monuments égyptiens, le peuple juif se trouve représenté parmi les nations soumises par le roi, et • que son nom exprimé en hiéroglyphes phonétiques, porte Juda mahlek (roi de Juda). L'événement, d'après la chronologie hébraïque, eut lieu en 978; et Schishonch, d'après les textes de Manéthon, a régné entre 979 et 958.

La magnifique cour hypostyle qui vient ensuite fut élevée, avec ses deux pylônes, par Ménephthah I" et Rhamsès le Grand. Sur le mur septentrional sont représentées les conquêtes du premier; et sur le mur du midi, celles du second.

La surface intérieure du troisième pylône est d*Aménophis III (huitième roi) ; puis, dans la cour oblongue, sont deux obélisques du temps de Thouthmos P', de même que le quatrième pylône. Les deux obélisques qui viennent ensuite, les plus grands qui existent, ont été élevés en son honneur par sa fille et son successeur.

Parmi les pièces nombreuses qui remplissent la vaste enceinte derrière ce pylône, se trouve le sanctuaire do granit, qui parait avoir été élevé primitivement par Osortasen I", de la seizième dynastie, puis réparé par Thoutbmosis III, et enfin par Philippe Aridée, après les mutilations que les Perses y avaient faites.

Il est à remarquer qu'Osortascn I" est le plus ancien roi dont le nom se trouve à Thèbcs, parmi ceux qui y ont élevé quelque monument. S'il est de plus anciens noms, ils ne se lisent que sur des pierres provenant d'édifices qui étaient déjà détruits à Tavènement de la dix-huitième dynastie, vers 1800 avant J.-C, et dont les matériaux servirent pour les nouveaux édifices. Les hiéroglyphes sculptés sur ces anciens matériaux sont tout à fait semblables à ceux des monuments postérieurs. Ainsi, dès cette époque reculée, Técriture hiéroglyphique était déjà presque entièrement fixée.

Tous les monuments de Thèbes, je veux dire les principaux, datent de la dix-huitième dynastie, qui restaura ou rebâtit cette antique cité. Les souverains des dynasties postérieures n'ont fait que les agrandir et les compléter.

Mœurs et usnges des Égyptiens.

Nous passerons maintenant au chapitre V, qui traite des mœurs et des usages des anciens Ëgj^tiens. M. Wilkinson a consigné dans un exposé court, mais substantiel, le résultat des observations de tout genre qu'une longue pratique des monuments égyptiens l'a mis en état de faire. Ce n'est pas un des morceaux les moins importants et les moins curieux

de sott ouvrage. Nous en donnerons une analyse aussi brève que possible, en renvoyant à l'ouvrage même pour les preuves que Fauteur apporte à Tappui de ses diverses assertions.

Maisons particulières. Les maisons des Égyptiens étaient de brique crue ; elles étaient recouvertes de stuc en dedans et en dehors, et renfermaient une suite de pièces, non pas uniformément disposées, mais divisées selon le goût ou les besoins du propriétaire. Elles étaient fort simples; on réservait la magnificence pour les temples des dieux, les palais des rois, les demeures des prêtres. Les briques portaient l'estampille du prince ou d'un pontife, et elles étaient la propriété du gouvernement, qui s'en faisait un revenu. Les maisons se composaient fréquemment d'un rez-de-chaussée et d'un étage avec une terrasse. Beaucoup étaient entourées d'un jardin, avec un réservoir pour l'irrigation. Les maisons plus riches et plus étendues étaient précédées de propylons et d'obélisques peints à l'imitation du granit.

Jardins. Ils étaient divisés en vergers, vignes, bosquets de dattiers et de doura (cucifera thebaïca), outre un parterre de fleurs, coupé d'allées ombragées de divers arbres.

Vignes, On soignait particulièrement la culture de la vigne, parles mêmes procédés simples qui sont employés de nos jours. Elle était soutenue par des échalas peu élevés, formant une suite d'avenues qui offraient une grande facilité pour cueillir le raisin. Dans la saison, des enfants étaient constamment occupés à écarter les oiseaux, de la voix et du geste.

Il y avait deux espèces de presses à vin : dans l'une, consistant en une vaste auge, le raisin était foulé aux pieds; l'autre se composait de leviers^ à l'aide desquels on pressait un sac contenant le fruit; on recevait le vin dans un grand vase placé dessous. On mettait ensuite le vin dans des amphores, que l'on rangeait le long des murs du cellier, comme on le faisait en Italie et dans l'ancienne Grèce fHom., Odyss., II, 340).

Plantes nourricières. Trois espèces de lotus, dans les terres basses du Delta, fournissaient, durant l'inondation, une nour-

riture abondante et facile aux paysans. Les graines de deux d'entre elles, le nymphœa lotus et le cœrulea, étaient pilées, mises en gâteaux qui, étant cuits au four, servaient de pain; leurs racines, d'une saveur agréable et douce, dit Hérodote, étaient mangées crues, rôties ou bouillies. Un autre lotus, le nymphma nelumbo, ou faba œgypHaca, était aussi une plante nourricière. On en doit dire autant du papyrus, dont la tige, qu'on laissait jusqu'à un pied de hauteur, ainsi que la racine, était mâchée ou mangée dans les cantons où une culture soignée avait accru ses proportions.

Arbres. Des arbres de l'ancienne Egypte, les plus connus sont le sycomore, le figuier, le grenadier, le pécher, l'olivier, le persea, le palma-christi ou cici^ Tacanthus ou mimosa nilotictty le kharoub [ceratonia siliqua) : M. Wilkinson donne des détails sur ces diverses espèces d'arbres. Relativement au persea il dit : « Il n'est pas nécessaire de réfuter la notion « imaginaire que le persea et le pêcher ont été introduits « par les Perses, ni d'indiquer les différents arbres aux- « quels on a donné lé nom de persea; il suffit de dire que « les opinions les plus accréditées s'accordent à le considérer « comme étant le heglidi ou balanites segypliaca^ qui ne croît « plus dans la vallée du Nil. On le ti*ouve en abondance dans « le désert des Ababdeh, vers la latitude des mines d'éme- « raude, et sur.Ia route de Bérénice. Le fruit, de la grandeur « d'une petite datte, est appelé lalobe; la pulpe a une saveur tt un peu acide, et l'on mange Tamande du noyau. »

Hérodote et Dipdore font mention du kiki, la description du premier peut s'appliquer au simsim ou sisamum orientale.

En parlant des graines et autres plantes cultivées, telles que le blé, l'orge, le doura, les pois, les fèves, les lentilles, l'hommos [cicer aretinum) , le gilban [lathyrus sativus), les lupins, etc. , M. Wilkinson relève les passages où Hérodote parle du blé, des fèves, des poissons, passages dans lesquels cet historien aurait abusé de la crédulité de ses lecteurs. A l'égard de l'assertion d'Hérodote, que les Égyptiens regardaient comme un grand déshonneur de manger du blé ou de l'orge, le voyageur

dît : « Il n'est pas de mon objet de rechercher si Hérodote « veut parler ici du triticum zea^ qui ne croît plus en É'gypte, « ou du sorghurïiy doiira de nos jours; mais il est certain que « les Egyptiens, loin d'avoir un tel éloignement pour les deux « grains en question, les cultivaient avec soin dans toute la « vallée du Nil, et en tiraient une grande partie de leur sub- « sistance. » Il donne, d'après les monuments, sur la culture de ces deux céréales, et sur toutes les autres productions de rÉgypte, des détails souvent neufs et toujours instnictifs, où il montre une étude approfondie du pays et de ses monuments.

Jl traite ensuite de la. chasse, de la pêche, de l'aviceptie, qui faisaient partie de l'amusement des riches, et dont les scènes sont reproduites si souvent sur les sculptures des tombeaux.

Viennent ensuite des détails sur les différentes castes, d*après les monuments et les textes des auteurs anciens. A propos de la caste des soldats, il dit : « Une année perma- « ncnte était chargée de la garde du pays et de former les « garnisons des villes de Péluse et de Syène, et pour les exce cursions constantes que les rois égyptiens faisaient au « nord-est. Outre les troupes indigènes, on entretenait des « troupes mercenaires qui, aussi bien que les autres, étaient « divisées en régiments, et disciplinées selon les règles d'une « tactique particulière. Chaque bataillon avait un étendard « distinctif, et les armes différaient selon les corps. Sur ces « étendards étaient représentés tantôt un animal sacré, tantôt « une barque, un édifice, le nom du roi, etc. ; ils servaient de a point de ralliement dans les batailles. »

Leurs armes offensives consistaient en arcs, flèches, épées, haches de bataille, poignards, lances, massues, frondes et une sorte de bâton recourbé, dont se servent encore les Ababdeh et les Éthiopiens.

Leurs machines de siège consistaient en bélier, ou poutre armée à son extrémité d'une tête de métal, en échelle, totudo, etc.

PAR SIR G. WILKINSON. i 385

Les soldats étaient endurcis aux fatigues de la guerre par les occupations de la chasse, et surtout par les jeux et les exercices gymnastiques, lesquels consistaient dans les diverses espèces de lutte, le jeu du bâton, de balle, la course à pied et à cheval, les combats simulés, les assauts de force, etc. a Je ne conçois pas, dit M. Wilkinson, ce qui a pu faire dire « à Diodore que ce n'était point Tusage chez les Egyptiens, « do se livrer aux exercices de la palestre, et à la musique « (I, 81), quoiqu'il affirme ailleurs que Hermès était Tinven- « teur de la palestre (1, 16). » Les grottes de Béni Hassan et d'autres monuments donnent un démenti à son assertion.

L^auteur termine son article sur la musique par l'observation suivante : « Il est évident que les Égyptiens connais- « saient la symphonie à trois parties. »

M. Wilkinson entre dans des détails fort curieux sur leur manière de vivre. En voici un court extrait :

La danse et la musique étaient admises dans tous leurs di* vertissemonts, et quelquefois on payait des bouffons pour ajouter à la gaieté de la compagnie, au moyen do leurs farces.

Les grands étaient portés en palanquins, ou sur un char, ordinairement à deux chevaux, précédé de coureurs, et suivi de gens portant un siège et ce dont le maître pouvait avoir besoin en roule.

Les convives, en entrant dans la salle du festin, trouvaient un esclave qui prenait leurs sandales, tandis que d'autres leur apportaient de l'eau et des parfums.

Les hommes étaient assis sur des tabourets ou des chaises basses, à part des femmes, qui étaient accompagnées d'esclaves. Après la cérémonie de l'onction on leur présentait une fleur de lotus ou un collier do lotus, et quelquefois on les couronnait d'une guirlande de fleurs.

Le triclinium était inconnu, de même que l'usage du divan. Leur mobilier avait quelque analogie avec celui d'un appartement européen : les tabourets, chaises, fauteuils, ottomanes et simples lits de repos (les trois derniers meubles tout à fait T. n. 23

semblables aux nôtres), étaient les seuls sièges qu'on rencontrait dans les demeures des Égyptiens les plus opulents.

Les convives assis et placés, on leur apportait du vin et des rafraîchissements, puis du bœuf^ des oies, du poisson, du gibier, avec des légumes et des fruits en abondance; le tout sur de petites tables, à chacune desquelles deux hôtes étaient assis. On ne connaissait ni les couteaux, ni les fourchettes ; et la manière de séparer et de manger la viande avec les doigts, était semblable à celle dont on use encore en tgypte et dans tout TOrient. L'eau ou le vin étaient apportés dans des bardaques de terre, dans des vases d'or, d'argent, ou des coupes de porcelaine. Car, quoique Hérodote affirme que les vases étaient tous de bronze, Tautorité de l'Écriture sainte et les sculptures de Thèbes prouvent qu'il y en avait aussi en matière plus précieuse.

Dans rintérieur des maisons on jouait à une espèce de jeu d'échecs, ou plutôt de dames, qu'on trouve représenté dans des sculptures d'Osortasen I" (2100 ans avant J.-C), de Ramessès III et de Psammitichus II. L'ennui des heures de loisir était souvent dissipé au moyen d'un bouffon ou de nains, et autres personnes difformes que les gens riches avaient à leur suite, comme en Europe au moyen âge.

L'auteur termine cet intéressant tableau par le paragraphe suivant : «Les combats de taureaux faisaient partie des amu-

(( sements de la basse classe Les paysans poursuivaient

« l'hyène jusqu'à ce qu'elle fût en leur pouvoir; on la prenait « au piège, ou on la tuait à coups de flèches. Les enfants a s'amusaient à divers jeux, inconnus aux enfants européens; <( ils jouaient aussi à la balle, k pair ou non, à la mourre et a à des assauts d'agilité ou de force. »

M. Wilkinson énumère ensuite les divers animaux qui exis« talent en Egypte. Il rappelle que le chameau n'est jamais représenté sur les monuments égyptiens ; ce qui est d'autant plus extraordinaire qu'il en est déjà question dans la Genèse, où nous voyons des chameaux au nombre des présents faits à Abraham par le roi d'Egypte. Je remarquerai en passant que

PAR SIR G. WILKINSOiX. 387

M. Heeren^ a cru pouvoir nier le fait, parce que, selon les planches du grand ouvrage sur TÉgypte, et selon le dessin du général Munitoli, on voit le cou d'un chameau sur le grand obélisque de Louqsor {Ideerij etc., V, 365); mais ce qu'on a pris pour, une tête et un cou de chameau, n'est qu'une tête et un cou de lion.

Les bœufs étaient nombreux, avec des cornes de diverses longueurs, indépendamment du bœuf éthiopien; les moutons, les chèvres, les porcs et même les gazelles formaient de nombreux troupeaux. Les animaux du désert, l'oie vulpanser du Nil, et une variété d'oiseaux sauvages, étaient fréquemment entretenus par ceux qui avaient des moyens de les nourrir. Il y avait une grande abondance de pigeons et d'autres volailles ; quelques perdrix et outardes fréquentaient la lisière du désert. Les cailles n'étaient pas rares dans la vallée du Nil.

Des détails sur d'autres points intéressants suivent ceux dont nous avons donné l'extrait. L'auteur les termine par cette remarque : « Les vases égyptiens sont fréquemment de « la forme la plus élégante, semblables à ceux que nous de- « vons à l'art des Grecs ; ils montrent, aussi bi«n que les des- « sins de leurs coupes de porcelaine, que ce peuple n'était M point dépourvu d'un excellent goût, qui ne put malheureu- « sèment se développer, enchaîné qu'il était par les pratiqiies « religieuses. Les Égyptiens, non-seulement connaissaient « le verre, mais ils excellaient dans l'art de le teindre de di- « verses couleurs, et leur industrie avait été jusqu'à faire pé- « nétrer à travers cette substance des Hlets colorés. Quant à « l'époque reculée à laquelle le verre a été connu en Egypte, « je dois faire observer qu'indépendamment de ce que nous « trouvons des procédés de sa fabrication, représentés dans « les grottes de Béni Hassan, et à Thèbes, j'ai vu une boule « de verre qui porte le nom d'Amunneitgori, qui vivait au « commencement de la dix-huitième dynastie. Elle est dans la « possession du capitaine Henvey ; sa pesanteur spécifique est « la même que celle du crown-glass (verre commun) anglais. « Elle a une teinte légèrement verte. »

Cette seconde partie de l'ouvrage de M. Wilkinson est terminée par des considérations sur les productions de TÉgypto moderne, sur les mesures dont on se sert, sur les impositions, avec un tableau des prix des denrées au Caire, en 1827.

Il nous reste à rendre compte de la troisième partie de l'ouvrage de M, Wilkinson, laquelle contient une description de rÉgypte et de ses monuments antiques dans leur état actuel. Cette description commence à Alexandrie, suit Tordre géographique en remontant le Nil, et se termine à la seconde cataracte. Cette partie, rédigée avec beaucoup de concision, renferme une foule de détails neufs et importants ; c'est un vade-mecum dont un voyageur curieux ne peut guère se passer. Nous en donnerons l'analyse, en faisant passer sous les yeux de nos lecteurs Ics'détails qui nous ont paru devoir le plus les intéresser.

A peine arrivé sur le sol d'Alexandrie, le voyageur se met à la recherche des restes de l'antique splendeur de cette ville ; ils sont en petit nombre ; on ne trouve plus que quelques débris épars, quelques colonnes isolées ; çà et là des vestiges de bâtiments, et quelques traces douteuses de la direction des principales rues. Ce qu'on appelle Taiguille de Cléopâtre, est un obélisque élevé' par Tbouthmosis III ; il avait été transporté d'Héliopolis pour être placé devant un des temples bâtis par les Ptolémées. L'obélisque couché porte les noms de Thouthmosis et de Sésostris. La colonne de Pompée est posée sur des fragments d'un monument égyptien, où Ton voit quelques hiéroglyphes qui sont du temps de Psammitichus II. Le fût, selon M. Wilkinson, est élégant et d'un bon style; le chapiteau et le piédestal sont d'un style fort inférieur. M. Wilkinson pense que le fût est d'une époque grecque, et que le chapiteau et le piédestal y furent ajoutés au temps de Dioclétien. Nous renverrons le savant voyageur à ce qui a été dit à ce sujet dans les Re-

cherches pour servir à r histoire de VÉgypte (p. 365 el suîv.), où ToD a conjecturé que cette colonne de quatre-vingts pieds de haut, n'ayant jamais pu être qu'un monument isolé, doit appartenir à Tépoque romaine, et provenir des carrières de Syène, exploitées au temps de Septime-Sévèrè ; tirée de ces carrières à cette époque, elle ne fut érigée que sous Dioclétien, par le gouverneur de TÉgypte, Publius (1). Cette opinion me parait encore la plus vraisemblable de toutes. Je ne puis surtout adopter celle qu'a proposée M. Osann [Memorie delf Instituto di Cornsp. arch,^ Fascic. III, p. 343) ; il veut que ce monument ait été érigé d'après l'ordre d'Alexandre le Grand, parle fameux architecte Dinocrate; qu'il ait été ruiné ensuite, puis rétabli sous le règne de Dioclétien. Il se fonde uniquement sur une assertion de Cyriaque d'Ancône, laquelle provient d'une fausse manière de lire l'inscription de la base (S), et sur une inscription forgée d'après cette leçon même, et dont la fausseté est évidente à la première lecture (3). Un critique aussi exercé que M. Osann devait hésiter davantage à fonder, une opinion sur une base aussi ruineuse.

Mais rien n'atteste l'ancienne grandeur de la ville d'Alexandrie comme les catacombes creusées sur la côte, à l'ouest. Leur grandeur, qui est remarquable, frappe moins encore que , l'élégante symétrie et la proportion de l'architecture dans les

(1) Les copies de Pococke, de Clarke, de Villoison, conduisent à des leçons différentes, qu^il est fort inutile de rappeler ici. Celle de M. le colonel Leake, confirmée par le fac-similé qu*en a fait prendre M. Wilkinson, est la seule exacte ; la voici :

TONTIMICOTATONAYTOKPATOPA

TONnOAlOYXONAAEZANAPEIAC

AlOKAHTIANONTONANIkHTON

nOYBAIOCEnAPXOCAirVnTOY

en A r A0(jJ? Ce dernier mot n*est pas sûr.

(2} Maximam illam columnam incertum \ulgus hodie Pompeianam appellat, et nos verius Alexandrinam, quam Dinocratem nobilem architectum eximiam per basim novimus antiquo epigrammate erexisse

(3) AY)|ioxpàTT); (sic} irepixXviTo; Âfx^'^^'^^^C (^i^) V'^ ûpOuaev, 2ià ^XeÇdvSpou Maxedôvo; ^aaiXéco;. Gruter, 186, 2.

premières chambres, qui sont du meilleur style grec, et qu'on ne trouve dans aucune autre partie de TEgypte.

D'Alexandrie au Caire, il n'y a presque rien de remarquable, excepté les ruines de Sais à Sa el-Hagar. Elles sont peu considérables, ne consistant qu'en une enceinte de briques crueSy dont ChampoUion a donné le plan dans ses Lettres, La position du temple de Neith peut être facilement déterminée, et des fouilles conduiraient sans doute à des découvertes importantes.

Nous passerons sur la description du Caire, qui ne présente qu'un résumé de ce que tous les voyageurs ont observé dans cette capitale. Les restes de Babylone méritent quelque attention; c'est tout près de là qu'Amrou avait fait construire la ville de Fostat. Les restes de l'enceinte de la station romaine sont encore faciles à discerner, et donnent une idée avantageuse de la force qui permit aux troupes d'Héraclius de résister pendant sept mois aux Arabes. Au fronton de la porte principale, il a dû se trouver une inscription qui n'existe plus depuis longtemps ; dans une chambre supérieure, au-dessus d'un des bastions de cette entrée, maintenant fermée, il y a une inscription chrétienne, gravée sur bois, du temps de Dioclétien. M. Wilkinson n'a pu obtenir du patriarche copte la permission de l'emporter pour en orner le Musée britannique. On doit espérer qu'il en aura pris copie.

On se rend du Caire à la Matarieh en deux heures. Là était située Iléliopolis. Il ne subsiste plus, du grand temple mi et décrit par Strabon, que Tobélisque, élevé par Osortasen I*"", roi de la dix-septième dynastie. La tradition parle d'un autre obélisque qui faisait jadis face à celui-là; et l'on peut facilement le croire, l'usage des Égyptiens étant de les ériger par paire, en avant des grands temples. Le sommet de l'obélisque paraît, d'après safonne, avoir supporté un pyramidion de métal.

M. Wilkinson pense de même à l'égard des deux obélisques de Louqsor et du petit obélisque de Karnak. Des passages d'auteurs arabes, cités par Masoudy, et dont M. Wilkinson pouvait appuyer son opinion, prouvent qu'en effet les

deux obélisques d'Héliopolis étaient terminés par un chapeau d'airain. Ces textes, cités et traduits par M. de Sacy {Mag, EiicycL, 8* année, t. VI, p. 419), viennent d'être reproduits par M. HittorfT, dans un Précis sur les pyramidions des obélisques.

Le voyage du Caire à la mer Rouge offre peu d'objets intéressants. M. Wilkinson donne quelques détails sur l'ancien canal de jonction entre la mer Rouge et le Nil. Il cite le travail publié par M. Maclarin, sur le niveau comparé du Nil, de la mer Rouge et de la Méditerranée ; d'où il résulte que celui de la mer Rouge est de quinze pieds plus haut que les basses eaux du Nil au Caire, d'environ cinq pieds plus bas que les hautes eaux, et d'environ trente pieds au-deçsus de la Méditerranée. Ces résultats sont à peu près les mêmes que ceux du nivellement exécuté par les ingénieurs français, vingt-cinq ans auparavant; j'aurais désiré que M. Wilkinson eût honoré d'une courte mention ces importants travaux, dont ceux de M. Maclarin n'ont fait que confirmer la justesse.

Notre voyageur donne quelques détails connus sur les pyramides, et d'autres qui le sont moins. Dans un des angles de son plan de Thèbes, il a mis un plan général des pyramides, où Ton voit beaucoup de particularités intéressantes, qui ne sont pas sur les plans antérieurs, parce qu'elles n'ont "été observées et relevées que depuis peu. M. Wilkinson indique un fait important, déjà signalé par M. ChampoUion et, d'après lui, par M. Rosellini; d'où il suit que ces monuments sont beaucoup plus anciens que ne le croyait Hérodote, et qu'à cet égard, comme tant d'autres, l'opinion de Manéthon se trouve confirmée. Dans les tombeaux situés à l'est des pyramides, ei qui portent tous les caractères de la plus haute antiquité, on lit un cartouche royal de Siouph ou Soupho, qui est bien le Suphis auquel Manéthon attribue la fondation de la grande pyramide. L'absence du prénom et le signe « prêtre » au lieu du signe « roi », ce qui se rencontre aussi dans quelques-unes des plus anciennes tombes de la haute Egypte, attestent la grande antiquité de ce roi, et celle des pyramides, dont Ma-

néthon place la construction sous les rois Memphites de la quatrième dynastie.

Le grand sphinx, taillé dans le roc même, l'a été sous le règne de ïhouthmosis IV; sa tête était surmontée de la coiffure dite pchent, qui a depuis longtemps disparu; mais une cavité qui se trouve au sommet de la tête, atteste que cette coiffure existait, et qu'elle y avait été rapportée. L'état mutilé de la face et l'absence du nez avaient fait croire que les traits étaient ceux d'un nègre; il n'en est rien; la figure était celle d'iin roi égyptien, très-probablement Thouthmosis IV, dont le nom est gravé sur une tablette hiéroglyphique.

Dans le voisinage de la grande pyramide sont des tombeaux décorés de sculptures représentant des scènes de la vie civile. M. Wilkinson, ainsi que ChampoUion, regarde les sculptures de ces tombeaux comme Les plus anciennes qui soient en Egypte, sans excepter celles de& grottes de Béni Hassan.

Les deux chaussées qui ont servi à monter les pierres pour la construction des pyramides, sont encore visibles. Elles ont été réparées par les califes et souverains mamelouks, qui s'en sont servis pour ramener les pierres des pyramides dans la plaine. M. Wilkinson cite, parmi les édifices élevés avec ces pierres, la mosquée du sultan Hassan, celle d'El-Gouri, le Moristan, la citadelle, etc.

A Abou Roasch, environ cinq milles au nord-ouest, il y a une autre pyramide ruinée qui paraît plus ancienne que les autres.

Les pyramides de Sakkara méritent toute l'attention des voyageurs.

Dans le flanc des rochers, à l'est, il y a une tombe voûtée du temps de Psammitichus II. C'est le plus ancien arc en pierre qui soit jusqu'à présent connu. Les pyramides de Dashour, au sud, ont leur entrée tournée au nord, comme celles de Djizeh.

C'est à Mit-Rahény qu'était l'emplacement de Memphis. Au temps d'Abulféda, en 1342, les restes de cette ville étaient fort étendus; il n'en subsiste plus qu'un grand colosse de Sésostris, quelques fragments de granit et des substructions.

Avant de pénétrer plus avant, M. Wilkînson revient sur ses pas pour donner quelques détails sur le Delta. Des nombreur ses villes qui peuplaient cette terre d'alluvions, il ne reste que les monticules qu'elles occupaient et un petit nombre de vestiges. Leur emplacement est occupé- par des villes ou villages modernes. A San (Tanis, la Tsoan de TÉcriture) sont quelques vestiges de l'ancienne ville, où subsistent encore quelques obélisques pour attester son ancienne splendeur (1). Le reste est caché sous les dépôts d'alluvion. Selon le plan de M. Burton, le temple était entouré d'une enceinte à trois entrées, marquées par des portes en pierre.

A Tel et-Tmai il y a un grand monolithe de granit, portant le nom d'Amasis, et placé, comme de coutume, sur des subslructions calcaires ; car les Egyptiens avaient appris par expérience que rhumidité et les sels delà terre décomposent les rocs dont le feldspath est partie intégrante. A Bebeit el-Hagar sont les ruines d'un temple qui, d après les matériaux, doit avoir été un magnifique monument : c'est une question si le lieu est l'ancienne Atharbechis, la ville d'Alhor. « Beaucoup « d'autres monceaux de ruines annoncent, dans le Delta, a remplacement d'anciennes villes, et il est fort h regretter, « dit M. Wilkinson, que cette partie de l'Egypte ait été si peu « examinée, et qu'on n'ait pu faire des fouilles qui ne pource raient manquer de jeter beaucoup de jour sur l'histoire do « cette contrée. Un autre objet, digne de l'attention des voya- « geurs futurs, est l'ancienne bibliothèque d'un couvent copte « aux lacsNatron,où.entreautre8manuscritscurieux, se trouve « un dictionnaire copte et arabe, qui ne peut être acheté, mais « qu'on peut copier, en s'adressant au patriarche du Caire (î) ; « et comme l'étude des hiéroglyphes et les progrès futurs dans

(1) Hs portent le nom de Sésostris le Grand, qui les a fait élever. Ce trait montre, pour le dire on passant, que les villes du Delta remontaient à une haute antiquité; qu'ainsi le Delta lui-même n*est pas d*une formation aussi récente que Dolomieu et Cuvier l'avaient cru.

(2} M. Wilkinson convient pourtant que tous ses efforts pour obtenir ce dictionnaire ont été sans résultat; ce qui ne laisse pas beaucoup d^espoir à ses successeurs.

3yt TOPOGRAPHIE DE THÈBES

« la connaissance d'un langage depuis longtemps perdu dé- « pendent entièrement de la possession d'un p^ireil ouvrage, (( il serait en ce moment une inestimable acquisition. »

Le Saïd ou la haute Egypte commence, selon Aboul-Feda, à partir de Fostat. A environ neuf milles au midi du Caire, derrière El-Masarah, sont plusieurs carrières fort étendues, d'où furent tirées une partie des pierres qui ont servi à bâtir les pyramides. Quelques tablettes hiéroglyphiques s'y trouvent, où se lisent des noms de Pharaons; sur Tune d'elles, sculptée sous Amosis, premier roi delà dix-huitième dynastie, on voit représenté un traîneau, portant un bloc de pierre, traîné par six bœufs; et sur un autre, un homme qui taille la pierre avec un ciseau et un maillet. A dix milles au-dessus d*El-Masarah, sur la rive droite, on aperçoit les deux pyramides de Lisht, bâties de petits blocs de pierre, probablement couverts jadis d'un revêtement en pierres plus grandes.

Un peu au-dessous do Bénisouef est l'entrée du Fayoum : quoique la fertilité de ce canton ait été fort exagérée, elle surpasse néanmoins celle de toute autre partie de l'Egypte. Il y reste peu d'antiquités. Les plus intéressantes sont l'obélisque couché, élevé par Osortasen I", comme celui d'Héliopolîs ; les ruines d'un bâtiment pyramidal, près Biahmou ; la pyramide en briques crues de Haouara et d'IUahoun, et tout près de la première les vestiges du labyrinthe ; près du Birket- Keroun, ou lac Mœris, entre autres ruines, celles de Kom- Wesim, à peu de distance de l'extrémité orientale du lac, très-près de la position assignée à Bacchis. Elles sont d'une étendue considérable; outre la direction des principales rues, le plan de la plupart des maisons peut se reconnaître. Mais les ruines de Nerba ou Dimay, au nord du lac, sont encore plus remarquables. L'aspect singulier d'un espace pavé ou dromos, d'environ mille trois cents pieds de longueur, autrefois orné à ses extrémités de figures de lion, donne lieu de croire que la ville antique était plus importante que celle de Kom-Wesim. Le principal bâtiment à l'extrémité du dromos a l'aspect d'un temple.

PAR SIR G, WILKINSOX. 395

Kasr-Keroun est sur l'emplacement de Dionysias, près de Tangle occidental du lac. La principale ruine est un temple qui contient quatorze pièces. Il paraît être d'époque romaine, et dans l'étage supérieur est un escalier voûté. A cent trente pas au sud-est esl un temple romain. Ce n'est pas seulement la situation reculée de cette ville qui atteste que de la terre cultivée s'étendait jadis. fort loin vers l'ouest; cela est prouvé encore par des restes de jardins et de vergers qu'on rencontre dans tous les environs de Kasr-Keroun. On peut conjecturer que, dans l'antiquité, le nombre de villages, qui excède à peine soixante-dix, était au moins du double.

M. Wilkinson consigne un fait très-important, qui mériterait confirmation ; du moins, on désirerait savoir s'il se fonde sur des observations précises. « Le détail donné par Hérodote « sur l'écoulement du lac Mœris dans le Nil, lors de l'abais- « sèment des eaux, est tout à fait inapplicable au Birket-Ke- « roun, puisque le niveau de sa surface est d'environ cent ou « cent vingt pieds au-dessus des bords du Nil à Bénisouef ; « même en déduisant la quantité de l'exhaussement, il serait « impossible que le rivage eût été alors de niveau avec le lac; « et conséquemment aucun retour des eaux n'a pu avoir lieu, « Remarquons que le niveau du lac est à présent ce qu'il était (c jadis, cela est prouvé par les ruines des bains qu'on voit (( sur ses bords. »

Notre voyageur jette ensuite un coup d'œil sur les oasis. L'oasis Parva est connue sous les noms de Ouah el-Bahnasa, de Wah el-Mendischeh et de Ouah el-Gharbi. Les seules ruines qu'on y trouve sont : un petit bâtiment de pierre, près de Zubbo, et un édifice romain dans la ville de Kasr. Cette oasis a plusieurs sources d'eau chaude. Elle est d'ailleurs bien arrosée par des sources abondantes qui y entretiennent une grande fertilité. « Quelque théorie qu'on se forme, dit « M. Wilkinson, de Torigine de ces sources, il est constant « que l'oasis est d'environ cent pieds plus haute que le Nil « par la latitude de Bénisouef. Au reste, le niveau de toutes « les oasis est fort irrégulier; Khargeh et Dakhel sont presque

« à la même hauteur que la vallée du Nil, et beaucoup plus " basses que Toasis Parva et Farafra; mais, dans toutes, « les sources paraissent s'élever d'un lit rocailleux, placé sous « des couches calcaires dans les deux premières oasis, sous « des couches de grès dans les deux autres. » — Une autre oasis, appelée Ouadi-Zerzoura, à peu près aussi grande que Toasis Parva, a été découverte, il y a environ neuf ans, par un Arabe courant à la recherche d'un chameau égaré. L'oasis de Dakhel fut inconnue aux Européens jusqu'à la visite de sir Arthur Edmonstone, en 1819. Un temple de l'époque romaine et plusieurs restes en briques crues attestent qu'elle était autrefois un district très-peuplé. Le temple porte le nom de Néron et do ïitusj et sur le plafond de Tadytum est une portion d'un sujet astronomique. La population de cette oasis est supérieure à celle des autres. La fertilité en est trèsgrande. Une abondante source thermale alimente plusieurs bains.

La grande oasis, appelée El-Khargeh, contient un grand temple dédié à Ammon; le nom qu'on y trouve partout est celui de Darius; on y rencontre une fois celui d'Amyrtée. Cet édifice paraît donc avoir été bâti par les Égyptiens, sous la domination des Perses. Il se peut que la colonisation de cette oasis ne fût pas antérieure ; on sait qu'au temps d'Hérodote des Grecs de Samos y étaient établis (Hérod., III, 26), peutêtre à la suite de la colonie égyptienne. C'est sur le pylône de cet édifice que sont gravées les inscriptions publiées pour la première fois dans leJoum. d. Sav. (an. 1822, p. 669 et 684). La ville où ce temple était situé s'appelait Ibis ou Hibé, en égyptien « la charrue ». C'était la capitale de la grande oasis. Près du temple est un cimetière, consistant en cent cinquante tombes en briques crues, de forme assez élégante, orné de pilastres et de niches, et sur le stuc sont représentés divers sujets relatifs au christianisme. Les inscriptions des murs sont coptes, et le thau égyptien y est souvent substitué à la croix. Ce fait confirme une observation, consignée dans les Matériaux^ etc. (p. 92; [plus haut, 1. 1, p. 83]). M. Wilkinson

prévient les voyageurs que le temps favorable pour visiter les oasis est L'hiver, à cause des fièvres intermittentes qui régnent en été et dans l'automne. Au reste, il leur conseille de visiter seulement El-KhargeU et El-Dakhel.

Dans le désert à l'est du Nil, à la hauteur de Bénisouef, est la route qui conduit aux couvents de Saint-Antoine et de Saint- Paul, situés sur le côté sud de la vallée dite Ouadi el-Araba, vallée des Chariots, ainsi nommée des chariots qui y passaient pour porter des provisions au couvent, ce qui n'empêche pas qu'on n*en reporte l'origine aux chariots du Pharaon qui poursuivit les Israélites. Ce qu'il y a de plus intéressant dans ce désert, ce sont les carrières de porphyre à Djebel ed-Dokhan, ouvertes sous le règne de Claude, comme le montrent les inscriptions grecques et latines qu'on y a trouvées.

Revenu sur les bords du Nil, M. Wilkinson continue à remonter ce fleuve, signalant tous les lieux antiques qui conservent quelques ruines, et semant son récit d'observations toujours intéressantes et souvent neuves. Par exemple, il a suivi les traces d'une très-longue muraille en briques crues qui courait le long des montagnes des deux côtés du Nil, fermant tous les ravins qui descendent au fleuve ; il regarde cette muraille comme ayant servi à arrêter les Arabes du désert, et à les empêcher de venir ravager la plaine. Il dit à ce sujet: « M. de Voltaire s'est beaucoup moqué de la muraille de quinze « cents stades, élevée par Sésostrispour défendre rÉgyple, « d'Héliopolis à Péluse, contre le^ incursions des Arabes. » « S'il construisit ce mur pour n'être pas volé, dit Voltaire, « c'est une grande présomption qu'il n'alla pas lui-même \o-

« 1er les autres nations.» Cela est plus plaisant que juste

« Les Arabes peuvent piller le paysan sans qu'il soit au pouce voir de personne de prévenir leur approche : quiconque a (( pu connaître les habitudes de ces peuplades errantes sait n qu'il est parfaitement inutile de chercher à les poursuivre « dans ces déserts arides avec une force armée. Cette longue « muraille était un obstacle, elle les obligeait à recourir aux « villes pour y acheter du blé. La construction d'un tel mur

« avait donc le double avantage d'empêcher les paysans d'être « pillés, et de rendre les Arabes dépendants de TÉgyple pour « leurs denrées de première nécessité. » J'ajoute à ces observations qu'une muraille du même genre avait été élevée entre Syène et Philes, sous le règne de Dioclétien, pour maintenir les communications entre ces deux villes frontières (voy. Matériaux^ etc., p. 81 et 82; [plus haut, 1. 1, p. 72]).

Au-delà de ce point est Tehneh, dont l'ancien nom Acoris est établi par une inscription grecque du temps de Ptolémée- Epiphane. Au-dessus de cette ville il y a des carrières et des grottes, quelques tablettes hiéroglyphiques et deux figures romaines en haut-relief sculptées sur un roc isolé.

On passe plusieurs lieux insignifiants pour arriver aux grottes de Béni-Hassan, que l'on suppose être le site du Speos-Artemidos, dont il est fait mention dans Vltinéraire d'Antonin. Il y a là d'élégantes catacombes, dans lesquelles sont peintes des scènes de la vie commune du plus haut intérêt, et qui jettent le plus grand jour sur les mœurs et les usages égyptiens. M. Wilkinson en détaille les sujets, qui sont pour la plupart représentés dans les Momimenti delF EgiUo e délia Ntibia. Leur haute antiquité est attestée par les cartouches d'Osortasen I". L'entrée d'une de ces grottes est supportée par des colonnes polygones à cannelures légères, sans base, avec un abaque carré, que Champollion a appelées protodoriques (voy. la Description de T Egypte, Antiquités, tome IV), et qui semblent bien en effet avoir servi de modèles à l'ordre dorique grec. Entre les scènes remarquables qu'on y a représentées, se trouve une procession de quelques personnages que Champollion a pris pour des Grecs ; ce qui est historiquement impossible, les sculptures remontant à plus de deux mille ans avant J.-C. M. Wilkinson regarde ces personnages, et avec beaucoup de raison, comme des Asiatiques : on peut, je crois, prouver que ce sont tout simplement des Arabes du désert, entre l'Egypte et la mer Rouge.

Scheikh-Abadeh est l'ancienne Antinoupolis, dont les ruines, toutes grecques, ont été complètement décrites dans l'ouvrage

PAR SIR G. WlLKlNSOiN. 399

de la Commission d'Egypte. A peu de distance au nord, sont des ruines qui paraissent avoir appartenu à Besa, l'ancienne ville égyptienne, à laquelle Antiuoé paraît avoir succédé. C'est dans une grotte voisine qu'on voit une sculpture représentant un colosse placé sur un traîneau tiré par une multitude d'hommes. Cet intéressant sujet, plusieurs fois publié, fut découvert par les capitaines Mangles et Irby, les mêmes qui coopérèrent avec MM. Beechy et Belzoni à l'ouverture du temple d'Ipsamboul.

A Djebel-Touna, un peu plus loin à l'ouest, sont plusieurs puits de momies et une tablette hiéroglyphique, sur laquelle on voit des figures en haut-relief d'un style tout particulier: un roi adore le soleil qui darde des rayons terminés par des mains. De semblables figures se voient de l'autre côté du Nil, dans les grottes d'El-Tell , que M. Wilkinson suppose être l'Alabastron des anciens, mais qui est plutôt Psinaula, comme on l'a dit dans l'ouvrage de la Commission d'Egypte, où les restes très-remarquables de la ville sont décrits avec soin et représentés sur un plan exact ; mais on n'y dit rien des grottes mêmes, dont les sculptures sont au nombre des objets les plus curieux de l'Egypte. Ces sculptures, comme celles de Djebel-Touna, portent le caractère d'une très-haute antiquité; le nom du Pharaon qui occupe les cartouches ne peut se lire distinctement ; mais il est extrêmement remarquable que c'est le même qui est gravé sur une des pierres, plus anciennement sculptées, qui ont été employées comme vieux matériaux dans la construction du grand temple de Karnak^ vers 1800 ans avant J.-C. Ce fait prouve la grande antiquité de ce roi inconnu et des sculptures des grottes do Djebel-Touna et d'El- Tell.

Nous avons laissé le voyageur aux grottes si curieuses de Djebel-Touna et d'El-Tell, dont personne n'a jusqu'ici copié

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