‹ Œuvres choisies de A.-J. LetronneChapitre 110 sur 152 · OXFORD · texte numérisé non relu

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les sculptures, à Texceplion d'un seul fragment. A peu de distance au sud est Siout, l'ancienne Lycopolis, dont il ne reste que les monticules sur lesquels la ville était bâtie, quelques substructions en pierre, et les grottes à l'ouest qui sont presque toutes d'une haute antiquité. Le plafond de la grande catacombe était décoré d'élégants ornements qu'on peut à peine discerner maintenant; et, dans les petites grottes il y a des renfoncements taillés dans le roc, où l'on trouve fréquemment des momies de loup. A ce sujet, M. Wilkinson remarque « que M. Sonnini s'est trompé en supposant que le loup tt n'est point un animal d'Egypte; car, après le chacal, c'est « le plus commun de tous les animaux carnassiers, tant de la « haute que de la basse Egypte. » Quant à ce qu'il ajoute, que les médailles de Lycopolis portent un loup au revers, bien loin de pouvoir distinguer si l'animal que porte sur la main droite le sérapis qui est au revers de ces médailles, est un chacal, un loup, ou, comme d'aulres^l'ont cru, un cerf, on ne peut même être sûr, selon la remarque de Tôchon, que ce soit un quadrupède (Tôchon, Recherches sur les Nomes, p. 102).

Au-delà de Siout, on trouve les ruines en brique crue dllypsélé, en copte Schop, puis celles de Gou el-Kébir, l'ancienoo AntdBopolis. Le temple est maintenant tout à fait détruit (v. les Becheixhes pour servir à l'histoire de F Egypte^ p. 44 et suiv.); il n'en reste plus^que quelques blocs près du Nil, où l'on distingue encore les noms de Ptolémée et d'Arsinoé. Si M. Wilkinson ne s'est pas trompé, ces noms faisaient partie d'une autre inscription que celle qui décorait l'architrave de la façade et la frise du temple.

Tahta est une ville à quelque distance de la rive gauche ; on y voit des monceaux de décombres qui marquent peut-être l'emplacement d'Hésopis. « Le nom de Ttihla, dit M. Wil- « kinson, est peu connu dans la basse Egypte; mais une « mystification, faite il y a quelques années, lui a donné une « certaine réputation. Un catholique copte, ayant fait parve- « nîr au pape une prétendue pétition du clergé d'Egypte, ac- « compagnée d'une prétendue lettre de Méhémet Aly, Sa

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a Sainteté le nomma au siège vacant de rarchevéché de « Memphis^ avec le titre de prince de Tahta. »

A Scheïkh Heridi, sont des grottes et des ruines en brique crue; à la base de la montagne/ on voit une statue mutilée, revêtue de la toge romaine. C'est près de là qu'était située Passalon.

L'ancienne Âphroditopolis était située sur l'emplacement du lieu appelé Itfou : à peu de distance sont le « monastère rouge » et le « monastère blanc », le dernier mieux connu sous le nom de Amba Schnoudi; c'est un grand bâtiment, construit d'anciens matériaux, sa corniche est semblable à celle d'un temple égyptien, et quelques-uns en ont attribué la construction à sainte Hélène.

Tout près de là sont les ruines de Grocodilopolis, où se trouvent encore des vestiges considéi*ables, parmi lesquels on remarque ceux d'un grand temple dédié à la déesse à tête de lion, Triphis. « Une inscription grecque, sur une architrave w tombée, porte la date de l'an IX de Tibère et la mention de « sa femme Julia Augusta, qui était la veuve d'Agrippa et « la fille d^Auguste ; elle montre que la mort de cette prin^ « cesse est arrivée plus tard qu'on ne Ta cru généralement. » Cette dernière circonstance est bien difficile à admettre : Julia Augusta mourut en 767 de Rome, l'année même de l'avènement de Tibère. Je soupçonne que le nom de Julia Augusta, dans cette inscription, comme dans celle de Dendéra et de l'Oasis, est à la fin et désigne seulement le jour éponyme de Livie, dans lequel se fit la consécration {Recherches, etc., p. 167). Pour se faire une opinion définitive à cet égard, il faudrait voir au moins les restes de cette inscription curieuse, et s'assurer de la place qu'y occupe le nom de Julia Augusta. Sur d'autres blocs on lit le cartouche de Tibère, Claude, César, Germanicus, et celui de Ptolémée Aulète. Ce temple parait donc n'avoir été terminé que sous l'empire de Tibère. On voit, à un demi-mille de distance, les carrières d'où ont été tirées les pierres qui ont servi à bâtir le grand temple ; au-dessous sont des grottes sépulcrales. Sur le listel de l'une d'elles, une T. it. 26

inscription grecque annonce qu'elle est le tombeau d'flennias, fils d'Archibins ; elle contient encore des débris d'ossements brûlés.

On sait qu'Ekmim ou Akmim a succédé à Tancienne Panopolis. M. Wilkinson cite l'inscription de Tan XII de Trajan, relative au temple de la divinité de Mendès, dont les Grecs ont traduit le nom par celui de Pan [Recherches , etc., p. 197).

Il n'y a pas d'autres ruines intéressantes jusqu'à Arabat el-Matfoun, en copte Ebôt, l'ancienne Abydos, dont les ruines considérables justifient l'assertion de Strabon, qu'Abydos tenait jadis le premier rang après Thèbes. Outre de nombreux monuments sépulcraux, il y a les ruines de deux grands édifices; l'un d'eux, appelé le palais de Memnon, fut commencé par Ousirei et complété par Ramessès II, et, d'après la forme particulière de son plan, ainsi que la structure de son toit, il mérite l'attention du voyageur. Ce toit est formé de grands blocs de pierre, placés d'une architrave à l'autre, non pas, comme à l'ordinaire, sur leur face, mais sur leur tranche; de cette manière, une épaisseur considérable ayant été donnée au toit, on l'a ensuite creusé en forme de voûte, sans en compromettre la solidité (1). L'autre édifice est le fameux temple d'Osiris, où l'.on disait qu'était déposé le véritable corps de ce dieu, honneur que lui disputaient Memphîs, Busiris, Philes et Taposiris. Ce temple fut complété par Ramessès II, et c'est dans le mur d'une des chambres latérales, ajoutées par ce prince, que se trouvait la fameuse table des rois, découverte par M. Bankes, et dont les fragments font, dit-on, partie de la riche collection récemment apportée à Paris par feu M. Mimant, mais non encore déballée.

A How se trouvent les ruines d'Hermopolis Parva ; derrière la ville sont les restes d'un temple en grès, d'une époque récente, ptolémaïque ou romaine, et, sur la limite du désert, des restes d'édifices antiques, dont le plus remarquable est la tombe d'un Dionysius, fils de Plolémée et scribe du roi Pto-

(1) Voyet à ce sujet udo DOte dans la Trad, fl*anç^ de Sirabon, V, p. 415.

lémée. Sur un des murs est représentée la scène du jugement, où Horus et Anubis pèsent les actions du défunt.

Les monticules qui marquent remplacement de Ghenoboscion se voient sur la rive opposée. Le seul vestige d'antiquité qu'on y trouve est un quai ruiné, dont une des pierres porte une inscription du temps d*Antonin le Pieux, qui nous apprend qu'un particulier, dont le nom manque, a exécuté à ses dépens un certain ouvrage; peut-être la construction du quai.

A environ un mille plus loin on rencontre des catacombes intéressantes, dans lesquelles les opérations de l'agriculture, et d'autres scènes de la vie commune des Égyptiens, ont été représentées sur les murs; ces sculptures sont d'une grande conservation : ce qui les rend surtout remarquables, c'est une haute antiquité « qui surpasse celle de tout autre monu- « ment en Egypte, excepté les pyramides et les tombeaux à « Touest de la grande. Les noms des rois, dont trois sont « placés dans l'ordre chronologique, ne sont pas précédés de (( titres royaux, mais seulement de l'hiéroglyphe du mot « prêtre, »

Enfin on arrive à Dendera, dont les ruines ont été si bien décrites dans la grande description de TÉgypte, qu'il est inutile d'insister sur celle que donne M. Wilkinson; je me contente de remarquer que le voyageur a pu découvrir, dans l'inscription du propylon, le nom de l'épistratège, qui manquait sur toutes les copies : c'est Fulvius Grispus. Il remarque encore que les noms des Gésars jusqu'à Néron se lisent sur toutes les parois de l'édifice, et que le nom le plus ancien est celui de Ptolémée Gésarion, fils de Gléopàtre. Dans son opinion, « le naos fut bâti sous les derniers Ptolémées, mais « achevé sous le règne de Tibère, qui, ayant terminé le por- « tique, ajouta la plupart des sculptures du mur extérieur. » G'est également l'opinion énoncée dans les Rechej^ches, etc.; et nous en faisons la remarque, parce que M. Wilivinson, qui ne connaît pas cet ouvrage, puisqu'il ne le cite jamais, parait être arrivé à la même conséquence que l'auteur de cet ouvrage, par ses observations personnelles.

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Dans l'intervalle de Dendera et de Thèbes, on trouve les . ruines peu importantes des villes de Cœnopolis (Keneh), de Coptos (Keft ou Koft), et d'ApoUinopolis parva (Kos Birbir); il n'y a dans celte dernière ville d'autre reste d'antiquité qu'un pylône dont l'inscription grecque en l'honneur d'Arouéris est connue. Suivent, dans l'ouvrage de M. Wilkinson, des détails sur le désert des Ababdés entre Cosseyr et la route de Bérénice. Ce désert était traversé par les routes de Coptos à Philotéras Portus et à Bérénice, et celle d'ApoUinopolis parva à la montagne des Emeraudes ou GebelZabara, et aux mines d'or dont parle Agatharchide. Ces routes étaient garnies de stations [mansiones) où l'eau était obtenue au moyen de puits, quelquefois très-profonds, taillés dans le roc. Ainsi, sur la route de Philotéras, on distingue huit de ces stations qui se trouvent aux mêmes distances marquées dans Pline et les itinéraires. Quant à Bérénice, elle était située sur une petite baie; son port est maintenant ensablé. La ville était fort grande, percée de rues irrégulières; les maisons furent construites principalement avec les madrépores de la côte. Il y avait au centre un temple dédié à Sérapis, et construit en pierres de taille, portant les cartouches hiéroglyphiques de Tibère et de Trajan. Ce temple est encombré de sable et de débris; en fouillant les chambres, M. Wilkinson y trouva une inscription grecque en l'honneur de Sérapis, la tète d'un empereur, Trajan ou Adrien, une petite fontaine et de petites figures qui ont dû servir d'exvoto.

Entre Bérénice et Cosseyr, on retrouve, à de courts intervalles, les petits ports indiqués par Pline ; mais il n'y a de ruines dans aucun d'eux, excepté à Ncchesia et à Leucos Portus, dont notre voyageur a déterminé la position; dans le premier lieu, on trouve un temple et uiie citadelle en pierres de taille.

Les mines d'émeraudes sont beaucoup moins intéressantes qu'on ne se le figure. Elles ont été successivement exploitées par les anciens Égyptiens, les califes, les mamelouks et le pacha actuel ; mais elles n'ont jamais produit d'émeraudes de

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quelque valeur. Sekeyt, village où résident quelques mineurs, contient un petit temple taillé dans le roc. Sur la route de Contra Apollinopolis à ces mines, il y a trois stations, dont la seconde est curieuse par un petit temple dédié à Ammon par le roi Ousirei ; les sculptures en sont d'un fort bon style, et Ton y voit une tablette hiéroglyphique portant la date de Tan IX de ce roi. Beaucoup de visiteurs ont écrit leurs noms sur ces murs; l'une de ces inscriptions a été tracée par les soldats cantonnés en ce lieu.

M. Wilkinson termine la description du désert des Ababdés, en donnant l'analyse de Teau de la mer Rouge, d'après M. Ihre. Sa pesanteur spécifique est de 1.035; sur 1,000 parties, il y en a 43 de matière saline, dont 4 sont de muriate de chaux avec un peu de muriate de magnésie; le reste consiste en muriate de soude avec un peu de sulfate de magnésie. On sait que l'eau de l'Océan ne contient que 36 parties de matière saline, sur une pareille quantité, et que sa pesanteur n'est que de 1.028.

En quittant Thèbes, les premières ruines dignes d'attention que l'on rencontre sont celles d'Erment, l'ancienne Hermonthis. Elles consistent dans un petit temple dédié par la célèbre Cléopàtre et Néocésar ou Césarion, le fils qu'elle avait eu de Jules César. Dans les sculptures, on distingue une représentation de la girafe, le tout d'un très-mauvais style.

Tuot, l'ancienne Tuphium, présente les vestiges d'un petit temple de l'époque ptolémaïque. Au N.-O. d'Esné est le petit temple d'El-Deyr, dont Tépoquo, d'abord reculé.e jusqu'en 4800 ans avant J.-C, a été ramenée d'une manière certaine aux temps de la domination grecque. Les conclusions tirées de quelques lignes de grec tracées sur une colonne {Recherches, etc., p. 451) ont été vérifiées par les cartouches hiéroglyphiques qui ont été lus depuis. Il n'existe plus de ce temple qu'un mur de côté et une colonne; du zodiaque, qui ornait son portique, il ne subsiste que de faibles vestiges sur des blocs tombés. Les Turcs ont détruit l'édifice pour bâtir la manufacture d'Esné. Ce temple parait avoir été construit par le

troisième Ptolémée, laissé inachevé et complété successivement par Épiphane, Auguste, Adrien et Marc-Aurèle, dont les noms se présentaient en diverses parties de son intérieur.

Le grand temple d'Esné, dédié à Knouphis ou Kneph, a échappé aux déprédations des Turcs. Le portique ou pronaos est toujours la seule partie où Ton peut pénétrer, le reste étant enfoui sous les décombres. Quelle que puisse être l'époque de la construction de la partie intérieure, le portique ne présente que les noms des premiers empereurs, Tibère, Claude, Vespasien, Trajan, Adrien et Antonin. L'importance de Tancienne ville de Latopolis est attestée par la multitude de monceaux de décombres qui en couvrent le sol; on ne distingue qu'un quai en pierre, d'époque romaine.

Sur la rive opposée était Contra-Lato, dont l'emplacement est marqué par un temple du temps de Ptolémée Lathyre et Cléopâtre Cocce, terminé sous les règnes de Marc-Aurèle et Commode.

Un peu avant d'arriver à El-Kab (Eilethyia), on trouve un petit temple périptère qui a subi le même sort que toutes les ruines intéressantes d'Eilethyia; il ressemblait au temple de Kneph à Eléphantine, dans son plan général, et même dans sa décoration. La fondation en est due à Thouthmosis IIL

Les temples d'Eilethyia étaient sur une petite échelle : le style de leur sculpture et le nom de Ramessès, gravé en creux par-dessus celui d'un roi plus ancien, prouvent leur grande antiquité, ce qui augmente le regret que cause la destruction de ces édifices. Mais, de toutes les ruines d'Eilethyia, rien n'excite l'attention au même degré que les grottes creusées dans la montagne. La première tombe, à l'est, est un monument chronologique intéressant, puisqu'elle contient les noms de plusieurs monarques qui ont régné au commencement de la dix-huitième dynastie, entre Amosis et Aménophis IIL Audessus de cette grotte, se trouve celle dont les parois offrent les fameuses sculptures peintes qui représentent les scènes de la vie civile des Égyptiens. Selon M. Wilkinson, elles sont

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au-dessous de leur réputation et ne peuvent être comparées aux sculptures de Kournah.

Ëdfou est rancienne Apollinopolis magna. Le temple, dont une très-petite partie est maintenant accessible, parait avoir été fondé par Ptolémée Philométor et complété par Évergète II, son frère, par Aulète et son fils. L'effet général de cet édifice est très-imposant, et son état de conservation peut donner une très-bonne idée des temps égyptiens.

C'est à Djebel Silsili que se trouvent les carrières spacieuses de grès, d'où furent tirés les blocs employés à la construction de la plus grande partie des temples égyptiens. L'ancienne ville de Silsili était située sur la rive orientale du fleuve ; il y reste des substructions qui ont peut-être appartenu à un temple. On a pu voir que M. Wilkinson entremêle souvent les descriptions des lieux par des détails intéressants. Ce qu'il dit à l'occasion des carrières de Silsili mérite d'être mis sous les yeux de nos lecteurs. « Les plus anciens édifices égyp- « tiens, dit-îl, furent principalement construits en pierre cal- « Caire; cette pierre continua d'être employée par la suite «jusqu'au commencement de la dix-huitième dynastie; cea pendant les Pharaons de la seizième avaient déjà mis en « œuvre le grès de Silsili pour les colonnes et les murs des « grands temples. La convenance de cette pierre pour la bà- « tisse, sa longue durée, l'égalité de son grain, furent telle- « ment appréciées par les architectes du temps de la dix-hui- « tième dynastie et des dynasties subséquentes, qu'elle fut « depuis cette époque presque exclusivement usitée pour les « temples de la Thébaïde. Mais, comme sa contexture était « moins favorable que le calcaire à l'application des couleurs, « les Égyptiens en couvraient la surface d'un enduit d'une (( composition calcaire qui, en même temps qu'elle empêchait « la pierre d'absorber plus de couleur qu'il n'était nécessaire, « apportait une plus grande facilité pour l'exécution des conte tours. Les sujets sculptés, soit en relief, soit en creux, « étaient de nouveau revêtus du même enduit, afin de rece- « voir la couleur; ainsi les détails des figures et des autres

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« objets pouvaient être terminés avec précision et délicatesse. » Ce qu'il ajoute sur la nature des couleurs employées par les Égyptiens mérite d'être lu. Il termine en disant : « Quoique « les averses et les orages passagers, dans la haute Egypte, « aient pu endommager les murailles peintes, ils n'ont point « attaqué la pierre elle-même, qui reste dans son état primitif « après un si long temps, excepté lorsque l'humidité, venant (( de la terre et chargée de nitre, a pu attaquer la contexture (( du grès. Mais l'exposition à l'air, qui affecte les substances <( calcaires, n'a eu aucun effet sur le grès de Silsili. Gomme son « voisin (1) le granit, il était seulement inférieur au calcaire en « un point, c'est que celui-ci peut rester enterré pendant des « siècles, sans éprouver de détérioration sensible. C'est ce que « les Égyptiens avaient depuis bien longtemps observé, puis» « qu'ils ont constamment employé cette substance pour les a substructions des obélisques et des autres monuments gra« « ni tiques. »

La description d'Ombos offre beaucoup d'intérêt. Le temple, si bien décrit dans la grande description de l'Egypte, est un édifice ptolémaïque fondé par Philométor, continué par Évergète et terminé par Aulète. Le temple est entouré d'une enceinte en briques crues, dont il reste beaucoup de parties. Sur le côté oriental est une porte en pierre, où se lit le nom de Thouthmosis III et celui de la reine qui a érigé le grand obélisque de Kamak. « Ceci prouve, dit a M. Wilkinson, qu'il avait existé sur le même emplacement « un temple d'une époque fort reculée, lequel fut démoli lors « de l'invasion persaue. » C'est à la même cause qu est due sans doute cette circonstance, longtemps contestée, maintenant reconuue, que tant de temples de la haute Egypte avaient pour auteurs les Ptolémées. Ils voulurent réparer successivement les ravages causés par leurs prédécesseurs et doter de nouveaux édifices sacrés les villes dont les Perses avaient détruit les temples.

(i) Les roches granitiques se montrent déjà dans le voisinage de Silsili'

« J*ai observé, dit M. Wilkinson, parmi les ruines d'Ombos, c< plusieurs pierres rondes de porphyre et d'autres substances « primitives éparses en différentes directions ; des pierres de « la même espèce gisent en grande abondance sur la pierre « sablonneuse, à l'ouest de Dendera; quelques-unes d'entre « elles paraissent avoir été rangées dans une ligne régulière, « pour.arrèter la force des eaux qui descendent, dans les oraw ges, des montagnes vers la ville. » M. Wilkinson ajoute : « Il me parait fort improbable que ces blocs aient été amenés « dans la plaine du Nil, de main d'homme ; ils ont dû être « portés au-delà du lit du fleuve, à une époque très-reculée, « au temps du déluge de Noé. » Si l'observation est exacte, il semble qu'on ne puisse assimiler ces blocs de porphyre et de granit qu'aux blocs dits erratiques qui se voient sur le versant oriental du Jura et dans les vastes plaines de la Prusse, de la Pologne et de la Russie, phénomène dont les naturalistes se sont tant occupés, et dont ils ne savent pas encore bien la cause.

Aussitôt qu'on a dépassé Ëdfou, la vallée du Nil se resserre extrêmement. La jonction du gneiss et du granit s'observe à environ deux tiers du chemin, entre Ombos etSyène, dans le voisinage d'Ël-Kattarah ; depuis ce point, le gneiss continue à se présenter, par intervalles, au-dessus du syénite et d'autres roches primitives, comme à Syènc et en Nubie.

Essoan, autrefois Syène, en copte Souan, ne présente plus que peu do ruines de l'ancienne ville, excepté quelques colonnes de granit, d'époque récente, et le sécos d'un petit temple, avec les restes d'une chambre et d'un portique. Les seuls noms qu'on lise maintenant sur ces ruines sont ceux de Néron et de Domitien. Les derniers voyageurs ont supposé que cet édifice a dû contenir le puits dont parle Strabon, dans lequel les rayons du soleil vertical atteignaient le fond, à

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l'époque dû solstice. Mais les fouilles assez considérables faites en cet endroit, pour retrouver le fameux puits, n'ont abouti qu'à montrer que ce sécos était un lieu fort, lieu impropre pour un tel observatoire. M. Wilkinson remarque que le mur qui se projette dans la rivière, au sud de la ville moderne, est de construction arabe, non romaine, comme on l'a cru. Une inscription grecque, encastrée dans ce mur, relative à l'inondation du Nil, a été tirée d'un édifice plus ancien. Les carrières de granit sont le plus intéressant objet à visiter dans les environs de Syène. Là se trouve l'inscription latine constatant la nouvelle exploitation qui eut lieu sous le ,règne de Septime-Sévère {Recherches, etc.^ p. 361); cette inscription fait maintenant partie de la collection de M . Mimaut, transportée à Paris.

L'île d'Éléphantine renfermait encore plusieurs ruines intéressantes, à Tépoque de l'expédition française; elles ont en grande partie disparu. Il y avait au nord le petit, mais trèsintéressant temple de Knepli ou Chnoubis, érigé sous Améuophis in. Un autre petit temple a été détruit, comme le premier, par Mohammed-Bey, pour bâtir un misérable palais à Ëssoan. La partie supérieure du nilomètre a subi le même sort. <r Je suis arrivé à temps, dit M. Wilkinson, pour cote pier, entre les hiéroglyphes gravés sur les murs, le nom « de rile exprimé par un éléphant. Le cartouche était celui (( d^'un César; mais il est probable que les parties où se trou- « vait ce nom furent ajoutées après la construction de l'es- « calier qui servait de nilomètre, puisque cet escalier a été « certainement vu par Strabon. »

L'île de Sehayl ou Séhélé, à l'extrémité de la première cataracte, est intéressante par les nombreux hiéroglyphes sculptés sur les rochers; plusieurs sont fort anciens, les uns du temps de la dix-huitième dynastie, les autres antérieurs. La curieuse inscription découverte par M. Ruppel {Recherches, etc., p. 345) montre que cette île s'appelait île de Bacchus.

Les édifices de Philes , qu'on avait mis au non4)re des plus

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anciens, appartiennent tous aux temps ptolémaîques et romains : le plus ancien nom qu'on y ait découvert est celui de Nectanébo. Le grand temple d'Isis, commencé par Ptolémée Philadelphe et Arsinoé, fut complété par ses successeurs, jusqu'à Ptolémée Aulète. Les sculptures du propylon sont au nombre des plus récentes; et l'opinion, établie avec tant de peine par Fauteur des Recherches sur F Egypte^ que les inscriptions grecques de ce propylon ont été gravées avant Texécution des sculptures égyptiennes, ne trouve plus maintenant d'incrédules. « Beaucoup de parties de ce monument, dit « M. Wilkinson, particulièrement le pronaos, quoique n'of- « frant pas la pureté et la simplicité du style pharaonique, « doivent être admirées pour leur légèreté et leur élégance; M elles donnent surtout une bonne idée de TefTet des couleurs « combinées avec les détails de l'architecture. Les sculptures « ne sont pas non plus dénuées d'intérêt... Elles jettent un « grand jour sur l'étude de la mythologie égyptienne. »

Le nom de Nectanébo, roi égyptien de la trentième dynastie, qui régna après l'invasion des Perses, se lit dans une petite chapelle au sud de Tlle. Il parait bien vraisemblable qu'il existait à Philes un grand temple, plus ancien, qui aura été détruit par les Perses, et rebâti par les Ptolémées, peut-être en grande partie avec les mêmes matériaux.

En face de Philes est l'ile de Biggeh, que Wilkinson croit, avec raison, être le lieu appelé dans les inscriptions grecques r « abaton » , où les prêtres seuls avaient le droit de mettre le pied. Sur les rochers de cette île sont des noms royaux appartenant aux seizième, dix-septième, dix-huitième et dix-neuvième dynasties.

C'est ici que commence le territoire des Nubiens. Entre Syène et la deuxième cataracte se trouvent des ruines importantes, décrites plusieurs fois, dessinées par MM. Gau et Huyot. M. Wilkinson les décrit à son tour; nous recueillerons ce qui nous a paru de plus neuf et de plus intéressant dans la description sommaire qu'il en donne.

Le premier lieu que l'on rencontre est Débod ou Dabôd,

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qu'on croit, avec beaucoup de raison, répondre à remplacement du Parembolé. Les ruines consistent en un temple, qui paraît avoir été fondé, selon M. Wilkinson, par un roi éthiopien, nommé Ascharr Amoun. Dans les Recherches sur rÉgypte (p. 22), on a déjà remarqué que cet édifice est do plusieurs époques; le naos en est la partie la plus ancienne, construite probablement par ce roi inconnu; un des propy- Ions fut élevé par Ptolémée Philométor. L'adytum n'est point sculpté; mais deux monolithes, dans Tintérieur, portent les noms de Soter II et de Cléop&tre.

Entre Debod etGartassy, il n'y a aucun reste d'antiquités, excepté un mur de quai, qui marque peut-être l'emplacement de Tzitzi : le seul édifice qui subsiste à Gartassy est une cour hypèthre, formée de six colonnes, dont quatre ont une espèce de chapiteau composite, commun aux temples de l'ère ptolé* maîque ou romaine. A peu de distance se trouve une carrière de gneiss dont les parois extérieures sont couvertes de cinquante et une inscriptions grecques, copiées par M. Gau, et expliquées par M. Niebuhr {Antiq. de la Nubie, p. 13), Elles embrassent l'intervalle entre Antonin le Pieux et Philippe. La plupart se rapportent à l'exploitation de la carrière; l'une d'elles fait mention du nombre de pierres extraites par celui qui l'a tracée, et pour le grand temple de Philes.

A Tafa, l'ancienne Taphis, il y a plusieurs ruines intéressantes, entre autres celles de deux temples, dont l'un a été converti en église chrétienne; l'autre est un bâtiment isolé, consistant en une chambre avec une niche au mur du fond. M. Gau a trouvé sur le mur du pronaos et a copié une inscription grecque, contenant la mesure de l'ombre pour chaque jour d'un semestre entier (voy. l'explication que j'en ai donnée dans les Nouv, Annales des voyages^ iom, XVII, p. 357 et suiv.). Celle qui, placée de l'autre côté de la porte, contenait les mêmes mesures pour l'autre semestre, était trop effacée pour que M. Gau ait pu la copier. M. Wilkinson ne parle ni de l'une ni de l'autre; ce qui peut laisser croire qu'elles ont à présent disparu toutes les deux.

C'est à Khàlapshé, Tancienne Talmis, que se trouve le plus ancien temple de la Nubie ; il paraît avoir été bâti sous le règne d'Auguste ; il n'a jamais été terminé, quoique les noms d'autres Césars, tels que Caligula, Trajan et Sévère, attestent qu'on y a travaillé aux sculptures pendant deux siècles environ. Les pierres employées à sa construction ont fait partie d'un édifice plus ancien , peut-être de l'époque do Thouthmosis III, dont le nom est tracé sur une statue de granit, renversée près de l'entrée du temple. A l'angle du nord-est de l'enceinte est une petite chapelle qui paraît avoir appartenu au temple primitif. Les sculptures de l'édifice sont d'un fort mauvais style, médiocrement compensé par les dorures dont étaient couvertes celles de deux chambres à l'entrée du naos. Cette observation confirme la conséquence que nous avions tirée d'une inscription découverte dans le temple de Dekkeh ou Pselcis, où il est question de la dorure du temple. Cette inscription nous avait paru être du second siècle de notre ère, et nous en avions conclu que les sculptures, jadis dorées, de cet édifice, avaient été exécutées fort tard, circonstance qui nous avait alors surpris. Elle paraîtra maintenant fort naturelle {Recherches^ etc., p. 372).

L'étendue du temple de Talmis le place dans un rang trèsélevé parmi les plus grands monuments de l'Egypte. Mandoulé ou Maloulé est le nom que de nombreuses inscriptions grecques, aussi bien que les cartouches hiéroglyphiques, donnent à la divinité adorée dans ce temple, et qui parait avoir été le soleil {Recherches^ etc., p. 479). « La plus intéressante de ces « inscriptions , dit M. Wilkinson , est celle du roi nubien « Silco. » Il la rapporte au règne de Dioclétien, selon l'opinion de Niebuhr, qu'il ne cite cependant pas ; il n'a pas eu connaissance des recherches postérieures, qui ont établi que Silco était chrétien, et qu'il vivait au temps de Justinien^ environ trois siècles plus tard.

« Ce n'est pas sans une grande satisfaction, dit notre voya- « geur, que l'antiquaire égyptien passe de toutes ces barbares « sculptures de l'époque romaine aux dessins purs et élégants

« de Tère pharaonique, qui décorent le lempk de Beit el- « Oueli (la maison du Saint). » Cet édifice, creusé dans le roc, consiste en une chambre intérieure, ou adytum. L'architrave, soutenue par des colonnes polygones d'un très-ancien style, comme celles de Beni-Hassan, rappelle à l'esprit la simplicité de l'ancien dorique grec ; sur les murs sont sculptées les conquêtes de BamessèsII. Ici, M. Wilkinson discute la question de savoir si ce conquérant est le père de Sésostris ou Ramessès le Grand, comme l'a pensé GhampoUion, opinion qu'il ne partage pas. Dire ici les motifs qui nous font pencher pour l'avis du savant français, et que nous avons indiqués ailleurs, nous entraînerait beaucoup trop loin.

Le temple de Dandour est situé justement sous le tropique. Les sculptures sont du temps d^Auguste.

A Gerf ou Girscheh, est l'ancienne Tutzis. On y voit un temple du temps de Ramessès le Grand.

Dekkeh est la Pselcis de Tltinéraire , la synonymie est prouvée par plusieurs inscriptions grecques. Le temple a été bâti par un roi éthiopien appelé Ërgamun, qui parait bien être l'Ergamène de Diodore de Sicile. Ses diverses parties sont d'époques différentes. Ptolémée Philopator en a fait exécuter les principales sculptures, et Ptolémée Évergète II a élevé le pronaos, comme nous l'apprend l'inscription grecque gravée sur l'architrave (voy. le Journal des Savants, 1832, p. 235 et suiv.). Le dieu de Pselcis était Hermès Trismégiste, appelé, dans les inscriptions grecques ou proscynemata, le très-grand Hermès Paytnouphis.

Il y a des ruines fort insignifiantes à Korti et à Meharraka. Ce dernier lieu est THiérosycaminon des anciens. Tout près est un édifice hypèthre, du temps des Césars, dédié à Isis et Sérapis. Comme la plupart des temples de la Nubie^ il a été converti en église par les premiers chrétiens. Saboa est ainsi nommé des lions (androsphinx) du dromos du temple construit sous le règne de Sésostris. A Hassaïa, il existe un petit temple nommé Amada, construit sous Thouthmosis III. Les noms de son fils Aménoph II et de son petit-fils Thouth-

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mosîs IV se lisent dans les sculptures hiéroglyphiques. Ces sculptures sont remarquables par la conservation des couleurs, « ce qui est dû sans doute, dit M. Wilkinson, à l'enduit « dont les chrétiens ont recouvert les figures égyptiennes ; « ils les ont ainsi, à leur insu et contre leur gré, défendues des (( ravages du temps. » C'est ce qu'ils ont fait au temple de Philes et ailleurs [Matériaux, etc., p. 89; [plus haut, t. I, p. 80]).

Derr, la eapitale de la basse Nubie, est située sur la rive opposée du fleuve, c'est-à-dire sur la rive droite. « Il est di- « gne de remarque, dit le voyageur, que tous les temples « anciens, entre la première et la seconde cataracte, sont si- « tués sur la rive gauche, à l'exception seulement de Derr, « d'Ibrim et d'Henayq, et qu'au lieu d'être fondés sur la terre « labourable, ils l'ont été sur la plaine sablonneuse, ou creu- « ses dans le roc. Cette disposition tient à la nécessité où f< étaient les habitants de ménager le sol qui pouvait les « nourrir. »

Le temple de Derr est du temps de Ramessès le Grand, et présente quelques-unes des belles sculptures de cette époque, mais extrêmement mutilées. L'édifice était consacré à Ammon-Ra.

Ibrim, l'ancienne Primis, contient peu de restes d'antiquités*: quelques vestiges de fortifications romaines montrent que les Romains y avaient bâti une forteresse pour arrêter les incursions des Nubiens. Dans le roc, au-dessous d'Ibrim, il y a des grottes où se lisent les noms de plusieurs rois de la dix-huitiëme dynastie.

C'est à Ipsamboul ou Abou-Samboul que se trouvent les plus intéressantes ruines de toute la Nubie, et même de rÉgypte, Thèbes exceptée. Les deux temples, creusés dans le roc, tous deux du temps de Sésostris, indépendamment de leur grandeur et de leurs beautés architecturales, contiennent des sculptures d'une parfaite exécution , qui jettent beaucoup de jour sur l'histoire du conquérant. Le petit temple est dédié à Athor, qui, dans les hiéroglyphes, porte lô nom de « Dame

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« d'Aboscbek », dénomination qui montre que le lieu est TAboccis de Pline, ce qui en fixe la position. La façade est ornée de plusieurs statues colossales en haut-relief.

« Le grand temple est remarquable, dit M. Wilkinson, par « les plus beaux colosses qui existent dans toute TEgypte; « ils sont assis sur un trône^ et taillés dans le roc même, au- « quel ils sont adhérents. La face de quelques-uns d'entre « eux, heureusement bien conservée, annonce une beauté « d*cxpression qu'on ne peut se lasser d'admirer, dans les co- « losses de cette dimension... Ces colosses étaient enfouis « dans le sable. Ils ont été déblayés. » L'ouvrage de M. Gau donne une idée exacte de ces grands travaux de l'art égyptien. C'est sur la cuisse d'un des colosses que MM. Bankes et Sait ont découvert une des inscriptions grecques des plus anciennes^ sinon la plus ancienne , que l'on connaisse, puisqu'elle est l'ouvrage des soldats cariens et ioniens qui accompagnèrent Psammétichus dans son expédition d'Ethiopie.

En face d'Ipsamboul est Férayq, petit temple excavé, consistant dans une salle supportée par quatre colonnes : les sculptures portent le nom d'Aménoph lU.

Farras, sur la rive droite, est supposée répondre à la Phthuris de Pline. D'après les ruines, il est évident que quelque ancienne ville a existé sur cet emplacement. Dans l'opinion de notre voyageur, ces ruines appartiennent plutôt à l'époque romaine qu'à celle de la monarchie égyptienne. Le fait mérite vérification; jusqu'à présent tout prouve que la domination romaine n'a pas dépassé, d'une manière constante, Meharrrakah ou Hiérosycaminon (Matériaux, p. 27 : [plus haut, t. I, p. 36]). La construction d'un temple supposerait un séjour prolongé , dont il n'avait pas encore été trouvé de traces à cette hauteur.

La cataracte de Ouadi-Halfah est moins intéressante que celle de Syène, mais plus étendue, étant formée d'une succession de rapides qui occupent une étendue de plusieurs milles. Quoique cette cataracte, Vultima Thule de la plupart des voyageurs, soit le terme du voyage de M. Wilkinson, il

donne cependant d'intéressants détails sur le temple de Semneh, situé à une journée et demie plus loin. Cet édifice, décrit par M. Cailliaud, a été bâti par Thouthmosis III. Parmi les cartouches hiéroglyphiques, se trouvent ceux de Thouthmosis III, d'Aménophis II et d'Osortasen III, monarque de la dix-septième dynastie, un des ancêtres de Thouthmosis.

Sur la rive opposée est un temple plus petit, mais d'une disposition plus élégante : les sculptures en sont remarquables.

A cet endroit le Nil forme une troisième cataracte. On informa notre voyageur que près de là sont des inscriptions grecques, fait qu'il aurait été important de vérifier.

Le voyage se termine avec le chapitre vu; le chapitre suivant contient une table chronologique des rois d'Egypte, d'après les monuments, comparés au texte de Manélhon. Il y aurait plus d'une observation à faire sur le classement des rois des dynasties antérieures à la dix-huitième. M, Wilkinson, qui reporte à une époque très-reculée les pyramides et les tombeaux à Touest, d'après le témoignage de Manéthon, n'en place pas moins Menés, premier roi égyptien, en 2200 av. J.-C. ; il explique ainsi cette contradiction : c Je sais qu'on peut placer « à une époque plus reculée le règne de ce premier roi... « mais je ne l'ai pas mis plus haut, dans la crainte d'être en « opposition avec la date du déluge de Noé, qui est de l'an « 2348 av. J.-C. » Comme le déluge de Noé peut être aussi placé sept cents ans plus haut, notre chronologiste, sans cesser d'être orthodoxe, pouvait prendre une carrière un peu plus large, et rester un peu plus fidèle à la vérité historique.

Cette table chronologique est accompagnée des car louches hiéroglyphiques des souverains de l'Egypte , relevés sur les monuments, jusqu'aux derniers des Ptolémées.

Le chapitre IX renferme la chronologie des souverains arabes, depuis Mohammed jusqu'à la conquête de Sélim.

Ces deux chapitres contiennent toutes les notions qu'un voyageur peut désirer de posséder sur l'histoire du pays : le reste du livre complétera son bagage d'instruction*

t. II. 27

L'appendice  indique tous les préparatifs à faire et les précautions à prendre pour celui qui voyage en Egypte. L'appendice B consiste dans un vocabulaire de mots arabes usuels. L'appendice C est un mémoire fort intéressant sur la communication avec rinde par l'Egypte. Cette question, si importante pour le commerce européen, est ici traitée sommairement, mais avec des détails et des faits nombreux recueillis sur les lieux mêmes. Nous croyons devoir en extraire les passages les plus importants :

« La communication avec Tlnde par l'Egypte et TEuphrate, « au moyen de la vapeur, est devenue une question du plus « haut intérêt par rapport à nos possessions dans l'Inde. La « longue durée d'un voyage par le Cap, les grands dangers « auxquels sont exposés les vaisseaux, l'ennui d'un si long « voyage, l'inconvénient d'un tel séjour en mer, et par-dessus « tout la perte de teipps, et conséqucmmcnt de profit, dans « toutes les transactions commerciales avec l'Inde, ont tou- « jours été de sérieuses objections à la route qu'on suit ac- « tuellement. »

M. Wilkinson passe en revue toutes les difficultés qu'a offertes, aux vaisseaux des ancien?, la navigation de la mer Rouge, et il fait observer que l'emploi des bateaux à vapeur dispense de prendre les précautions auxquelles étaient obligés d'avoir recours les anciens et les marins arabes.

Il continue en ces termes :

« Le passage de Bombay à Kosseir et Souez a déjà été « effectué par des bateaux à vapeur, et avec grand succès. Le « temps employé pour venir de l'Inde en Egypte est fixé à la « courte durée de 21 jours ; mais une question s'est élevée « pour savoir à quel point de la côte doit s'opérer le débar- « quement : les uns ont proposé Bérénice, d'autres Kosseir, « d'autres enfin Souez, à l'extrémité nord du golfe. Je con- « sidère comme une forte objection contre Bérénice le grand « éloignement du Nil et la difficulté de se procurer de l'eau (( sur la route, ainsi que des provisions, et d'autres raisons « non moins fortes. 11 reste donc à décider entre Souez et

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« Kosseir; après avoir établi ce qui milite en faveur de eha- « cun de ces lieux, je laisserai le lecteur décider lequel est le « préférable.

« La distance de Souez à Boulak, le port du Caire, est de « 80 milles (environ 27 lieues) : des passagers ou des mar- « chandises peuvent y être embarqués et descendus facile- « ment jusqu'à Alexandrie ou Rosette, sur des bateaux du « pays. La route est bonne : Teau ne manque pas; mais le « passage dans le golfe de Souez, au nord du Ras-Mohammed^ « n'est ni sûr, ni praticable en tout temps, même pour un « bateau à vapeur ; et la violence du vent nord-ouest et les « retards qu'il occasionne rendent nécessaire de trouver un « moyen d'éviter la partie supérieure du golfe. La position- « de Kosseir remédie à cet inconvénient ; en outre on évite « les dangers de cette partie de la mer Rouge, et on échappe « à l'embarras et à la dépense d'avoir un autre dépôt de « charbon à Souez.

« La distance de Kosseir au Nil, à Keneh, par la route, est « d'environ H 9 milles (près de 40 lieues), ou à Coptos, seu- (c lement 108 (36 lieues); de Coptos à Boulak on compte « 478 milles (1S9 lieues), de là à Rosette, 154 (81 lieues), ou « bien à Alexandrie, par le Nil et le canal, 185 milles '< (61 lieues) . La route de Kosseir est bonne et plane : le sol « est plus ferme et conséquemment plus commode pour les « chameaux pesamment chargés que celle de Souez au Caire, « et Teau y est encore plus abondante.

« Le voyage de Kosseir à Souez est de deux jours pour un « bateau à vapeur; tandis que les bateaux à rames mettent « huit jours, en descendant le Nil de Coptos à Boulak ; si l'on (c joint à ces huit jours le surplus de la route de Kosseir à « Coptos, on aura un excédant qui paraîtra assez considé- « rable pour faire préférer la voie de Souez ; mais cet excé-- « dant pourra être de beaucoup diminué si Ton emploie un « bateau à vapeur sur le Nil, et si l'on se rend directement de c( Coptos à Rosette, de manière que les marchandises y « soient immédiatement embarquées sur les bateaux de la

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« Méditerranée. La rapidité avec laquelle un bateau à va- « peur descendra le Nil réduira Tespaco de huit jours à trois « ou quatre ; ainsi, le voyage de Coptos à Boulak n'excédera « que de deux jours au plus celui de Kosseir à Souez par « mer. »

<c On objectera que ce parti obligera de supporter la dé- <( pense d'un bateau à vapeur sur le Nil; mais, je le demande, « comment la distance de Boulak à Rosette sera-t-elle parce courue? Les marchandises seront-elles embarquées dans « des bateaux du pays et descendront-elles le fleuve seule- « ment avec la vitesse de son cours?... Dans ce cas, « j'affirme que les bateaux mettront autant de temps à des- « cendre de Boulak à Rosette, qu'un bateau à vapeur de « Coptos à ce même port. Ainsi, pour épargner le temps, on « sera obligé, en tout cas, d'avoir un bateau à vapeur sur le « Nil, et, une fois construit, il ne coûtera pas beaucoup « plus de lui faire faire le trajet entier; on gagnera du temps, « et Ton évitera les dangers qu'offre la navigation du golfe « de Souez. »

Quoique M. Wilkinson ait dit qu'il ne se prononçait pas entre les deux systèmes, on voit que sa préférence est pour le second, c'est-à-dire pour le débarquement à Kosseir. Il défend encore ce système contre plusieurs objections qu'on pourrait élever; puis il aborde une nouvelle et importante question, liée à celle de la navigation du golfe, la question du chemin de fer ou la réouverture du canal de jonction entre la mer Rouge et le Nil; il regarde ces deux projets comme également chimériques : sa longue expérience donne beaucoup de poids à ses paroles.

« Comme ces deux projets doivent paraître chimériques à • « quiconque connaît les localités, il n'est pas nécessaire de « retenir notre lecteur par la série des arguments qu'on « peut y opposer : je me contenterai de dire que jamais on « n'obtiendra l'équivalent des dépenses qu'entraînera l'un « ou l'autre, et que les chameaux en rempliront, comme par « le passé, l'office à bien moins de frais. On y gagnerait seu-

« lement du temps; un dromadaire peut faire en douze ou a treize heures le voyage de Souez au Caire (un chameau en « trente-deux heures), de Kosseir à Coptos en quinze heures « (un chameau en quarante-trois) ; la différence entre ce « mode de communication et le premier ne peut jamais être « considérée comme un équivalent à Timmcnse disproportion

« dans les dépenses En outre, les Arabes feront subir aux

« railways de fréquentes mutilations, par jalousie contre un « établissement qui contrarie leurs habitudes et nuit à leurs « intérêts, ce qui occasionnera beaucoup d'embarras et de « dépenses. Quand on a quelque connaissance de la vie et (( des mœurs des Arabes, on sait qu'il est de toute impossi- « bilité de prévenir cet inconvénient et de punir ceux qui se « sont rendus coupables de ce délit.... Dans mon opinion, les « deux projets doivent être abandonnés : la route de Kosseir « k Coptos doit être préférée. »

Suit un détail comparatif de la longueur des différentes routes, exprimé en milles et en jours.

Ce mémoire est terminé par un paragraphe sur la communication avec rinde par le moyen de TEuphrale. M. Wilkinson

n'est pas non plus très-favorable à ce projet « Il suffit,

« dit-il, de faire attention au caractère des peuples dont on « doit traverser le pays, pour être persuadé qu'ils apporteront « constamment de sérieux obstacles à la communication et « finiront par la rendre également difficile et dangereuse. Les « Arabes ne peuvent être apaisés par la force ; si l'on essaye « de les gagner par argent, leurs demandes s'accroîtront tou- « jours, et l'exemple d'une tribu sera bientôt suivi par toutes « les autres. Mais si elles venaient à manifester des senti- « ments hostiles, ce qui très-probablement peut arriver, le « mal qu'elles peuvent faire et l'impossibilité de le prévenir « montreront combien cette entreprise est impolitique. »

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