LETTRE A M. DE SAL'LCY
lippe et frère d'Alexandre, avait été investi, à Babylone, du pouvoir royal; ses droits furent reconnus par tous les généraux; et, en Egypte particulièrement, sa royauté fut si bien admise que le canon des rois divise le règne de Ptoléméc Soter en trois parties : la première, de sept ans, est donnée à Philippe Aridée; la deuxième, de douze ans, à Alexandre, fils posthume d'Alexandre et de Roxane; la troisième, de vingt ans, à Ptolémée Soter. Ainsi, pendant les dix-neuf premières années, ce prince régna sous les noms d'Ai'idée et d'Alexandre, et ne fut roi que lorsque la mort du fils et du frère du conquérant lui permit de prendre ce titre.
Ce fait, si bien constaté par l'histoire, explique la présence des noms de Philippe et d'Alexandre sur les monuments égyptiens réparés ou reconstruits de 324 à 317, ou de 317 h 308 avant notre ère; et l'on peut être à présent assuré que, si l'on découvrait un jour des inscriptions ou des papyrus appartenant à l'un de ces deux intervalles, on les trouverait datés, non du règne de Soter, mais de ceux de Philippe Aridéé ou d'Alexandre.
La présence du nom d' Aridée dans le proscynème d'El- Ham'mamût est un fait du même ordre. Ce prince est qualifié de roi, parce qu'en effet il le fut; il est traité comme une divinité à laquelle on rend un culte, parce qu'en effet les roîs grecs en Egypte, comme les anciens Pharaons, furent divinisés même de leur vivant; aussi les divers cartels hiéix)glyphîques de Philippe Aridée et d'Alexandre sont-ils accompagnés, comme tous les autres, des titres divins. Votre proscynème s'y coordonne de la manière la plus satisfaisante.
La date, qui est celle de l'an 26 de Philadelphe, n'est postérieure à la mort d'Aridée que d'environ 88 ans. Cet intervalle n'a rien d'invraisemblable. On comprend que l'Égyptien Terpsenammon, voyageant sur la route de Kosseir et passant à El-IIammamât, ait trouvé sur quelque monument une image d'Aridée, prince qui était peut-être le bienfaiteur de son père ou de tout autre membre do sa famille, et qu'il ait saisi cette occasion de lui donner une marque de sa vénération et de sa
reconnaissance. Il suffirait même que notre Égyptien eût à cette époque 75 ans pour qu'il eût connu Aridée, éprouvé personnellement sa générosité ou reçu le service qu'il a voulu reconnaître. Nous voyons par là que si, sur les monuments publics, ce prince portait le nom de Philippe, son vrai nom Aridée lui avait été conservé par ses contemporains, et pouvait paraître seul dans les actes privés.
J'arrive à la dernière circonstance, qui est le nom de la mère d'Aridée. D'après votre traduction, il était fils d'Arsinoé. Je remarque d'abord combien ce nom grec vient à propos, après un nom d'homme grec ; c'est ainsi que plus haut les deux noms grecs de Ptolémée se suivent, comme ensuite les deux noms égyptiens Terpsenammon et Eiméré; votre méthode donne toujours ce qu'il faut.
Quant au nom lui-même « Arsinoé », il est impossible que le hasard seul l'amène ; pour ma part, je suis aussi certain que ce nom est écrit dans l'inscription que s'il y était marqué en lettres grecques; et ce proscynème tout entier me paraît aussi clair que si nous avions à côté son expression grecque à peu près de cette manière : BantXeuovTo; nToXe|xaiou toO nTo>.e[iE.aiou, Itouç Kç, Toêl A^ TY)p^eva[JL[jL(i)v toD Ei[jLep^(i)ç, T(jS ^cctjiktl Appi^ocicf) TTÎç 'ApaivoTiç, Taç oirov^aç, xxxà xà vojjLijjta, cuveT^Tiffe.
La leçon étant bien constatée, on peut à présent la prendre avec confiance pour base d'observation.
Ce qui me frappe d'abord, c'est que notre Égyptien nomme la mère d'Aridée et ne parle pas de son père. S'il n'y avait pas d*autre désignation de ce genre dans le proscynème, celleci ne me surprendrait pas ; car on sait que c'était l'usage égyptien de désigner les individus par le nom de leur mère. Mais pourquoi a-t-il suivi l'usage grec à propos du roi Ptolémée et de lui-même, tandis qu'il suit l'usage égyptien en parlant d'Aridée? Yoilà ce qui me semble singulier; mais le fait est constant, et peut-être n'est-il pas impossible d'en découvrir la cause.
Quelle est cette Arsinoé mère d'Aridée? Ce sera sans doute quelque concubine de Philippe, puisque Aridée était fils natu-