‹ Œuvres choisies de A.-J. LetronneChapitre 127 sur 152 · SECOND VOYAGE · texte numérisé non relu

SECOND VOYAGE

Après avoir efTeciué le transport du buste colossal à Alexandrie, M. Belzoni commença une seconde tournée dans le Saïd. Il dirigea de nouvelles fouilles à Karnak et à Gournou, deux lieux situés sur l'emplacement de Thëbes. Ces fouilles lui procurèrent la découverte de quelques papyrus; il trouva une nouvelle rangée de sphinx enfouis sous le sable. En dérangeant Tun des sphinx, on découvrit sous un de ses pieds une faucille en fer, rompue en trois morceaux et entièrement rongée par la rouille; M. Belzoni croit cette faucille d'une époque antérieure à l'invasion des Perses, conjecture qui n'a rien d'incroyable.

Abandonnant ces recherches pour retourner à Ipsamboul, il remonta le Nil. En passant à Philé, il remarqua une inscription grecque sur le piédestal d'un obélisque, contenant une plainte adressée à un Ptolémée par les prêtres du lieu. M. Belzoni dit que cette inscription a été découverte par un Anglais, M. Banks; nous dirons qu'elle a été vue aussi par M. Gailliaud, qui en a pris une copie assez correcte ; elle existe dans ses papiers; mais, selon toute apparence, en ceci comme en bien d'autres choses, M. Gailliaud sera prévenu et viendra trop tard. M. Belzoni n'a copié en Nubie que deux inscriptions, dont l'une est presque indéchiffrable, et l'autre est déjà donnée dans le voyage de Burckhardt, avec les mêmes fautes; elles ont été prises à Dakké, qu'on croit être l'ancienne Pselcis.

C'est dans cette première excursion que M. Belzoni commença les opérations pour le déblai du grand temple dlpsamboni, situé sur la rive gauche du Nil, près de la seconde cataracte et à 140 milles géographiques environ au-dessus d'Assouan. Ce temple immense, taillé dans le roc, vu pour la première fois par M. Banks, était enfoui jusqu'à une hauteur considérable. M. Belzoni prit des arrangements avec le kaschef

DE G. BEXZONI. 515

du lieu, et lui fit promettre de ne pas souffrir que personne continuât les fouilles jusqu'à son retour, qui devait avoir lieu sous peu de mois. En passant à Syène, il visita les carrières de granit qui. sont aux environs; il découvrit, le 28 septembre 181 6, sur une colonne renversée, une inscription latine qui est sans contredit la plus curieuse de toutes les inscriptions latines qu'on ait trouvées en Egypte. Nous devons dire qu'elle n'a pas échappé non plus à M. Cailliaud, qui a passé à Syène sept mois avant M. Belzoni (22 fév. 1816); nous en avons vu une copie dans ses papiers, mais plus corrompue que celle de M. Belzoni. Voici cette inscription, avec les restitutions nécessaires et quelques notes :

lOMHAMMONICENVBlDI Jovi Hammoni, Anubidi,

IVNONI.RECINAEQVOR.SVB Junonireginœ, quorum sub

TVTri A Hir MnwQ pct nvnn ^^t^la fâc mons est; Quod

TVTELA.HIC.MONS.EST.QVOD ^.^^^^ ^^ ^^p^^ p^^

PRIMITER.SVB.IMPERIOPR puli Romani, felicissimo

FELICISSIMO- SAECVLO. D . D . «*^"'^ Dominorum nostro-

NNINVICTOR.IMPPSEVERIET ZZ *S'?''"7 'TTw

rum Seven et Antomni

ANTONINIPIISSIMORVMAVCC piissimorum Augustorum,

ET ISSI etGetœ pnssimiCœsaris{{)y

(1) Cette ligne a été effacée à dessein ; mais ici, comme à Tare de Septime- Sévère, la pierre a résisté aux efforts des esclaves de Caracalla ; elle garde encore des traces d*un nom que la haine du fratricide Caracalla poursuivit ju8qu*aui frontières de TEthiopie. Le titre d' d Augustorum » qui suit les noms de Sévère et d*Antonin Caracalla, prouve que Géta n*était point encore Auguste à Pépoque où Tiuscription a été tracée. Il reçut ce titre en 208 (Tillemont, III, 78) ; ainsi Tinscription est antérieure à cette date : d'une autre part, Caracalla fut nommé Auguste en 198 (id., 53), et Géta éUit déjà César depuis deux ans. Il est donc certain que la ligne doit être ainsi remplie :

Page 1