ET.(CETAE.PI)ISSI(MI.CAESARIS.ET
La date de Tinscription se renferme, comme on voit, entre les années 198 et 208; mais Une autre circonstance resserre cet intervalle : c'est le nom de Subatianus Aquila, préfet d'Egypte, dont il est fait mention à la fin. Eusèbe- parle de ce préfet {Hist, eccL, VI, 3 et 4), et Tillemont (III, 99) a montré, par la suite des faits, qu'il n'a gouverné l'Egypte qu'après l'an 204. Il s'ensuit que les travaux dont parle cette curieuse inscription ont été exécutés entre les années 204 et 208 'de notre ère, c'est-à-dire au moins deux ans après le voyage de Septime-Sévère en Egypte.
IVLIAEDOMNAEAVG.M.K. et JuHsb Domnas Augustœ
IVXSTAPHILAS. NOVAE ^ matriKastrorum{\)Juxsta
LAPICAEDINAEADINV5N Philos, n(yoœlapicœdinx {2)
LAPILAtUINAtAUlNVUN adinventœ, tractœque sunt
TAETRACTAEQVESVNTPARA parastaticx et column3s (3)
STATICAE . ETCOLVMN AE grandes et mnltœ; sub Su-
CRANDESETMVLTAESVB '^''Z ^^f Jnf S'
JEgypti curam agente (4),
SVBATIANO.AQVILAEPR. opéra Domini Caii Aurelii
AEG.CVRAM. AGENE.OPDOMINIC Heraclidœ, Decurionis Alae AVREL.HERACLIDAE.DECAL.MAVR. /'^""'''^""*(^^-
A Ipsamboul les travaux furent repris avec une nouvelle ardeur; 80 hommes, employés pendant 31 jours, mirent enfin le temple à découvert. Il était tellement enfoui, qu'il fallut enlever 31 pieds de terre ou do sable avant d'arriver à la partie supérieure de la porte d'entrée. Ce temple est sans contredit la plus magnifique excavation qui existe non-seulement en Nubie, mais dans toute TÉgypte. Rien de plus imposant que l'aspect de ce monument creusé dans le roc; sa façade
(1) M(atri) K(a8trorum) ; c*est le titre de Julie sur les inscriptions de Septime Sévère, ^inscription de la colonne d^Alexandre Sévère à Antinoé donne le même titre à Julie Mammée : louXC^ Ma|jL(AÉa £s6aar^ (ATjTpi aÙToO xat tcdv àT)TTi^- Ta>v oT(>aToic£6(ov (ap. Hamilton, £gypt,, p. 282). Dans la description d*Antinoé
(p. 22),onalu MHTRIMHNTA YTHTOJN ZTR ATOHE AOJN, ce qui
n*a point de sens.
(2) Remarquez cette orthographe, conforme à Tétymologie.
(3) « Des pilastres et des colonnes ». Ces deux noms se trouvent joints ensemble dans Pline, XXXIII, 3, et Vitruve, IX, 9.
(4) Il est probable que la partie supérieure de la lettre E finale du mot AGENTE était prolongée en arrière pour figurer par une littera nexilis les lettres TE.
(5) Je ne pense pas qu'on puisse interpréter autrement les lettres DEÇA L. MAVR. (Reines. VIII, 6; Gruter, DXXXVI, 6). Un intervalle entre L et M donne la place du chifi*re | (prinue). On voit que les travaux des carrières inrent exécutés sous les ordres du décurion Héraclide, par les soldats de Vala prima Maurorum, campés près de Philé et de Syène. Suétone et Aurélius Victor rapportent qu'Auguste fit exécuter le curage des canaux par les soldats romains (Suét., Aug., 18; Aur. V., Épit., I). Notre inscription s'accorde avec ce fait pour montrer que les Romains n'employèrent pas les Égyptiens aux travaux publics. Dominus est un prénom (Gruter, DCLXXXU, 10; CMXXXIII, 7; CMXI, 2), non pas un titre honorifique, lequel n'était donné qu'aux empereurs, du moins à cette époque.
a 170 pieds de large et 86 pieds de haut; de chaque côté de la porte sont deux colosses assis, les plus grands qui se voient en Egypte et en Nubie, puisque leurs proportions sont à peu près les deux tiers de celles du grand spiliux ; il suffira de dire que le bras, depuis Tépaule jusqu'au coude, a 15 pieds 6 pouces de long; leur oreille a 3 pieds 6 pouces; leur face 7 pieds; leur hauteur est d'environ 65 pieds y compris leur bonnet. Au-dessus de la porte est une statue d*Osiris assise, de SO pieds de haut, ayant de chaque côté une autre figure colossale qui la regarde. Le sommet du temple est couronné d'une corniche chargée d'hiéroglyphes, d'un toros et d'une frise au-dessous; la corniche a 6 pieds de large, la frise 4 pieds, et elle est surmontée d'une rangée de singes assis, au nombre de 31, ayant 8 pieds.de haut. Le pronaos, long de 57 pieds, large de 53, est soutenu par deux rangs de piliers carrés, de 5 pieds à chaque face, au-devant desquels est placée une figure colossale, semblable à celles de Medinet Abou et d'environ 30 pieds de haut; ces piliers et les murs sont couverts de belles peintures, dont le style est supérieur, ou du moins plus hardi que celui des peintures qu'on trouve ailleurs ; elles représentent des batailles, des assauts de forteresses, des triomphes sur les Éthiopiens, des sacrifices, etc., tout à fait semblables aux sujets représentés dans le lemple de Medinet Abou et de Karnak à Thfebes. Burckhardt fait la même remarque à propos de plusieurs des temples de la Nubie, tels que ceux de Derr, de Dakké, deKhalapshé, dont les peintures, comme celles des temples de Thëbes et des tombeaux des rois, oflrent des batailles, des triomphes, où Ton voit des nègres et d'autres figures qu'il n'hésite point à prendre pour des Nubiens et des Abyssins. On y voit en outre des girafes, des buffles, des hippopotames, des gazelles, des autruches, des lions, des singes, indices qui ne permettent point de douter que ces sujets ne rappellent des guerres avec des peuples situés au sud du confluent de TAstaboras et de TAstapus. Ces observations nouvelles confirment singulièrement une proposition que j'ai avancée dans le Journal des Savants (1820, p. 306), et que je
reproduis maintenant avec plus d^assurance : n'est que les peintures qui existent dans les temples et les tombeaux de Thèbes se rapportent à des guerres avec les Nubiens, les Abyssins et les Arabes, e( non pas avec les nations de la Colchide ou de la Bactriane, comme V^i^t conjecturé plusieurs savants.
Il est vraisemblable que ce magnifique temple était situé dans le voisinage d'une ville assez considérable ; la fin du mot Ipsamboul parait être, comme dans Stamboul (nom turc de Constantinople , corrompu de eiç tocv xoXiv), une corruption du mot grec iroXi;. Burckhardt a remarqué que la plupart des chapiteaux du temple sont des tètes dlsis; d'après cet indice et plusieurs autres encore, il conjecture (p. 91) que le temple était dédié à cette déesse. Il me parait, en conséquence, très-probable que le mot Ipsamboul est une altération de 'laetou 7r6>.iç, genre de dénomination fort commun en Egypte : les mots Isiu, Ibiuy Serapiuy qu'on trouve dans les itinéraires, ne sont autre chose que les mots laeîou, 'lëeiou, Sepaxeiou, sous-entendu xoXi;.
De retour à Thèbes, M. Belzoni commença de nouvelles recherches dans les montagnes de Biban el-Molouk. Des fouilles conduites avec autant de sagacité que de persévérance lui firent découvrir plusieurs catacombes jusqu'alors inconnues, qu'il décrit en détail ; il remarque qu'elles semblent appartenir, par la beauté des peintures et le soin avec lequel les momies qu'on y trouve ont été préparées, à des personnages d'un rang distingué; et dès lors il conçut l'espérance d'y trouver les tombeaux des rois de Thèbes. Il découvrit en efi^et plusieurs souterrains dont l'ouverture, fermée par des blocs de pierre, donnait entrée dans des chambres sépulcrales couvertes de superbes peintures. Ce fut peu de jours après avoir commencé les fouilles, que M. Belzoni fit la découverte, devenue si célèbre, du plus magnifique de ces tombeaux. Que cette découverte ait été l'effet du hasard, comme on le prétend, ou le résultat de la combinaison ingénieuse de plusieurs indications très-vagues, comme on doit le croire d'après la narration
de M. Belzoni, ce n'est pas là ce qui nous intéresse. La découverte a été faite par lui, voilà l'important. Nous allons dire en peu de mots en quoi elle consiste. A 18 pieds sous le sol, qu'il fallut fouiller avec beaucoup 'de peine, notre voyageur aperçut une pierre qui fennait l'entrée d'un tombeau; il força le passage, et ne tarda pas à reconnaître qu'il avait pénétré dan? un grand et magnifique tombeau. A l'extrémité d'un corridor long de 36 pieds 2 pouces, large de 8 pieds 8 pouces, haut de 6 pieds 9 pouces, et dont le plafond et les parois étaient tout couverts de peintures et d'hiéroglyphes en relief, il trouva un escalier de 33 pieds de long, qui donnait entrée dans un autre corridor ayant à peu près les mêmes dimensions que le premier, avec les mêmes ornements, aussi frais que s'ils sortaient actuellement des mains des ouvriers. Au bout de ce corridor, M. Belzoni fut arrêté par un fossé de 30 pieds de profondeur sur 14 de large, dont l'objet a été évidemment d'interrompre la communication avec les pièces extérieures. Les parois de ce fossé sont également couvertes de peintures depuis le haut jusqu'en bas. On aperçut une pièce de bois à l'extrémité de laquelle était attachée une corde qui a dû servir pour franchir le passage ; et en effet, on voyait du côté opposé un mur transversal, percé d'un trou de deux pieds en tout sens, pratiqué évidemment avec violence, et qui annonçait qu'à une époque inconnue on avait déjà pénétré dans ce tombeau ; sans cette ouverture, M. Belzoni aurait pu croire que le souterrain se terminait au fossé. Que de précautions prises pour défendre ce tombeau des entreprises de la cupidité! M. Belzuni revint le lendemain avec deux poutres, dont il se servit comme d'un pont. Après avoir dépassé la petite ouverture, il entra dans une belle salle de 27 pieds 6 pouces sur 26 pieds 10 pouces, soutenue par quatre piliers, toute couverte de peintures; elle donnait entrée dans une autre, de même dimension à peu près. De la première salle, un escalier de 16 marches conduisit dans un beau corridor de 36 pieds 6 pouces de long; plus on avançait, plus les peintures devenaient soignées. Ce corridor communique, par un escalier de
10 marches, avec une autre galerie, d'où ron entre, successivement, dans une pièce ornée des plus magnifiques bas-reliefs peints ; dans une vaste salle de 37 pieds sur 36, soutenue par deux rangs de piliers carrés; dans une autre de 31 pieds sur 27, dont le plafond est cintré; une autre chambre plus vaste encore, ayant 43 pieds sur 17, contenait la momie d'un bœuf embaumé avec de Tasphalte, et une immense quantité de petites caisses de momies, et des statues de bois. Le centre de ce salon était occupé par un objet qui, selon les expressions de M. Belzoni « n'a point son pareil dans le monde entier » ; c'est un sarcophage du plus bel albâtre oriental, de 9 pieds 3 pouces de long, sur 3 pieds 7 pouces de large, épais seulement de 3 pouces et transparent, couvert en dehors et en dedans de plusieurs centaines de petites figures qui n'ont pas plus de 3 pouces de haut, représentant des triomphes, des processions, des sacrifices. Le couvercle en avait été enlevé et brisé; on en trouva les morceaux. Ce sarcophage était placé au-dessus d'un escalier qui conduisait à un souterrain de 300 pieds de long. A l'extrémité, commence un autre souter- * rain qui se prolonge dans une direction Sud-Ouest à travers la montagne. M. Belzoni présume que ce passage est une autre entrée qui n*a plus servi après l'enterrement du personnage pour lequel on a creusé le tombeau ; car, au bas de l'escalier pratiqué sous le sarcophage, on avait élevé un mur qui fermait toute communication avec le souterrain. Tel est l'extrait fort sommaire de la longue et curieuse description que M. Belzoni a donnée de ce tombeau surprenant. L'immense quantité de peintures, ou plutôt de sculptures peintes, dont toutes les parois sont couvertes, n'est pas moins merveilleuse que le monument lui-même. En lisant cette description, on croit en vérité lire un fragment des Mille et une Nuits.
Avec le secours de M. Ricci, notre voyageur a employé une année entière à copier toutes les figures, tous les ornements, emblèmes, hiéroglyphes ; il a même pris des empreintes en cire de quelques-unes, avec une persévérance qui nous parait au-dessus de tout éloge, et il se propose, dit-on, de repro-
duire, en Angleterre, un modèle de ce tombeau précisément semblable à l'original. Les dessins joints à sou atlas en donnent d'avance une idée suffisante.
Le docteur Young, qui s'occupe de déchiffrer les hiéroglyphes, a cru lire au-dessus des deux figures principales de Tune des peintures, les noms de Nechao et de Psammitichus; il conjecture que ce tombeau est celui de Psammitichus et de Nechao son fils. Cette conjecture a toute l'incertitude que peut avoir la découverte que le docteur Young, dont la sagacité est du reste bien connue, croit avoir faite de la manière dont il faut lire les hiéroglyphes.
La dernière partie de ce second voyage est consacrée au récit des opérations qui conduisirent M. Belzoni dans l'intérieur de la seconde pyramide jusqu'à la chambre sépulcrale qui est au milieu. Gomme il en a été fait mention dans plusieurs ouvrages, tels que le voyage de Fitz Clarence (cité plus haut), celui de M. le comte de Forbin, et le numéro 37 du Quarterly Review, nous nous contenterons d'en rappeler en peu de mots les circonstances principales. M. Belzoni trouva d'abord une entrée profonde, pratiquée avec violence, et qui annonçait une tentative faite antérieurement pour pénétrer dans la pyramide; ensuite il découvrit la véritable entrée, bouchée par une pierre de granit; ayant levé cette pierre, il pénétra dans un souterrain incliné de 36® à l'horizon, comme celui de la grande pyramide, et fermé à l'extrémité par un bloc de granit em^astré dans une coulisse. Après avoir levé cette espèce de herse, M. Belzoni entra dans un autre canal taillé dans le roc, suivant une direction horizontale ; ce canal aboutit à une chambre également taillée dans le roc, terminée par un plafond de form() pyramidale ; elle renferme un sarcophage au niveau du sol, où l'on trouva des os de bœuf, et sur une des parois on lut une inscription arabe qui prouvait qu'on y avait déjà pénétré. En revenant sur sa route, et à l'entrée du conduit horizontal, un autre canal, creusé dans le roc et incliné de 26®, aboutit à une autre chambre, creusée de même dans le roc, à environ 30 pieds au-dessous du sol de la
pyramide ; et enfin nn dernier canal , également incliné de 26", conduit à une seconde ouverture de la pyramide, placée précisément au niveau du sol de ce monument. Ainsi la pjn^amide avait deux entrées au-dessous Tune de l'autre. Nous bornerons ici des indications qui, plus détaillées, auraient besoin du secours d'un plan.
Je dois faire observer que la découverte de l'ouverture de cette pyramide n'est pas aussi nouvelle que M. Belzoni le pense : non seulement les Arabes y avaient pénétré dès le xii* siècle, mais il est certain que P. délia Valle en a parcouru tout rintérieur dès Tan 1618; il dit : « Au pied de la descente (du premier canal de la deuxième pyramide), nous ne trouvâmes pas une montée ainsi que dans l'autre, mais immédiatement la chambre sépulcrale, très-grande et très-élevée. Le plancher n'est pas horizontal comme dans l'autre, mais angulaire. De cette chambre, on entre, par une petite porte trèsbasse, dans une autre chambre semblable et de même grandeur, etc. (1). » Il est clair que P. délia' Valle a vu, mais n'a pas si bien décrit tout ce qu'a vu M. Bekoni. Grobert, qui a connu le fait, dit également : « Celte seconde pyramide a été ouverte à la même hauteur que celle dont nous venons de parler. La branche descendante de cette ouverture n'est pas très-rapide; elle est encombrée de pierres, attendu qu'elle est rarement visitée. Il serait impossible d'y descendre en ce moment sans un travail long et pénible (2). » Encore une fois, comment les Français, pendant leur séjour au Caire, ont-ils négligé de pénétrer par cette ouverture, dont on n'ignorait pas l'existence?
Plusieurs voyageurs, tels que Norden, Pococke et Grobert, ont parlé des restes d'un temple à l'Est du Chéphren ou de la seconde pyramide. Les fouilles de M. Belzoni mirent à découvert les restes d'un portique auquel on arrive par une chaussée qui descend vers le grand sphinx; il soupçonna qu'entre le portique et la pyramide devaient exister les fonda-
(1) Voyages cités par Grobert, Descr. des pyramides^ p. 10.
(2) lb„ p. 10.
DE G. BELZOM. . 523
lions d'un temple. Quatre-vingts Arabes furent mis à l'ouvrage; après plui^ieurs jours de travail, ils découvrirent la partie inférieure d'un temple très-vaste, lié avec le portique et s'étendant vers la pyramide jusqu'à la distance de 50 pieds seulement. Les murs extérieurs étaient formés de blocs énormes, dont quelques-uns ont plus de 24 pieds de long, 8 de large et autant d'épaisseur. Pour s'assurer s'il existait une communication entre ce temple et la pyramide, il fit déblayer le sol et trouva un pavé continu qui, partant du pied de la pyramide, allait aboutir au temple. M. Belzoni n'hésite point à penser que ce temple, le grand sphinx et la pyramide ont été érigés en même temps.
M. Belzoni commença quelques fouilles sur la face N. de la troisième pyramide, dite de Mycérinus ; mais le défaut de temps et d'argent l'empêcha d'y donner suite. Ici finit son second voyage.