DU TEMPLE D'HERMÈS A DEKKÉ
criptions tumulaires, dédicatoires ou votives conservées soit dans l'Anthologie, soit sur les marbres.
La première ligne étant un hexamètre, il est plus que probable, d'après l'emploi presque constant des vers élégiaques dans lef inscriptions de ce genre, que les autres lignes seront des vers alternativement pentamètres et hexamètres. Cet élément doit nous conduire à la restitution de ces lignes : car les syllabes conservées montrent quel est le nombre et la nature des syllabes que formaient les mots effacés. Nous voyons par exemple dans la seconde ligne que les lettres N A£*f €A et, dans la quatrième que les lettres NOCPEZ doivent former le pied moyen de chacun des deux pentamètres. Il s'ensuit, d'après les lettres qui subsistent, qu'il manque un spondée ou un dactyle au conunencement , et quatre syllabes à la fin du second vers, -wv;|COIA€A | NAZf CA | XIAO -!««-; et deux pieds au commencement et un anapeste à la fin du quatiîème, -uu|-uujNOCPeZ|éeYH |n««-, c'estrà-dire trois pieds sur cinq. Quant à la troisième ligne, qui est un hexamètre, il manque évidemment deux pieds au commencement et deux pieds à la fin, c'est-à-dire quatre pieds sur six : -wu|-ww TAÏYKAII AieiO|-u«|--.
Ces conditions bien déterminées, on peut procéder à la restitution. Je remarque d'abord que le sens du premier vers n'est pas complet; il manque le régime ordinaire du verbe ^uca2^€ov ; et ce complément devait former le premier pied du vers suivant. On distingue bien nettement dans ce vers les mots wl 8ï dcvotÇ Ve^x^^4^]' ^^^ taots s'adressent à Hermès, qui était la divinité principale du temple de Dekké, comme le montrent les autres inscriptions de ce même édifice {Recherches, p. 370 sq., et 479 sq.) : le stratège Apollonius le qualifie ce roi de Pselchis », de la même manière que l'auteur d'un des hymnes orphiques qualifie Apollon « roi de Délos» àriki' ava^ {Hymn, 34, éd. Hermann). Or, les mots aol ^è... « mais k toi, roi de ^Pselchis », annoncent une opposition avec ce qui précède, et cette opposition ne peut être que dans le complément de ^i3ca- Çwv : le premier pied de ce vers sera donc OvYiroîi ou ^aoîç ou
5o4 INSCRIPTION GRECQUE
àv^paoi, et le sens devient z « Apollonius, stratège, est venu rendre la justice aux mortels en ce lieu. Quant à toi, roi de Pselchis, etc. » Le sens du premier vers est donc maintenant complet; ^ixo^etv OttîtoTç se trouve dans un fragment de la Ménalippe d'Euripide [Fragm. ,111^ v. 4) et Pindare (IV, Pyth.^ 270) dit d'un prince qui administre la justice euOuve ^aotç ^ixaç. Je lis ^aoîç ; ôvyjtoTç ou àv^padt pourraient être également la vraie leçon, mais peu importe.
Maintenant, pour rétablir le reste, il faut se reporter à la dernière ligne, où nous distinguons les lettres PEZ€, verbe qui a nécessairement pour sujet le nom du stratège et pour régime le mot dont il ne reste que les lettres GYHTT, qui est sans nul doute Ou7î7:6>.iov ou 6ur)iroXîiQv, mot placé, dans* quelques épigramm^s, à la fin d'un pentamètre, comme dans noire inscription. Ainsi : ^e$i(jL€vot >.a[jLirp7iç ^ûpa Ou'/iiroXîr); de My-
rinus [Anal,^ II, 107,Br.); xat >.iTYi; Xôpa OuYjro^tr); de
Lentulus {Ead. II, 166); ^eÇo yeveô^iXtouç, iroTva, 6u7)iroXiaç de Diodore de Sardes [Ead. II, 188); SaîpLov, iir' euîtpouç p^iOi 6uYiiro>.îaç de Philippe de Thessalonique {Ead. II, 214); enfin on lit, dans une épigramme de Doriée sur Milon, conservée par Athénée (X, 413, A) :
...ccTocp ToD^e ir^éov Yivuae ôau[jLa npooOev riiaociou, Cc^ve, 6uy)17o^iou.
Comme cet exemple est le seul qu'on connaisse du mot OuY)iro^iov^ qui parait avoir le sens d' « autel » (Schweigh. ad h. 1. Ath.), je préfère 6uyito>.i7)v; et la phrase <rol ^è,..pt^e ôur,iro>.iY)v rappelle l'expression homérique ôeoiç Upà, ou éxotropt-
Avant P€Z€ les lettres XOA . NOC doivent être le participe eO^^op^^oç; ainsi il ne reste plus qu'un pied pour remplir le vers; je lis <rif)(jiepov, mot employé souvent dans ces proscynèmes. Pindare (IV, Pyth., 1) a dit de même : (yajupov jtiv xpn« irap* fltvSpl çi^cd (rrajjLcv. Le vers est alors complet, de même que le sens : col ^è avotÇ Yt^j^t^oç.,. <n)(jiepov eO^^^H*^^? ^* ^-
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iro^i7]v. La phrase est analogue à celle-ci, qui est enfermée dans deux vers d'une inscription dédicatoire :
Sol, irotiT^ov ava$, 'A<nc^7}iuiè, r/jv^' âvéÔYixev EOÇajjLCVoç (mn^Tov ^aïv^Tiv 6 BoXiqç (1).
On trouve une opposition semblable à celle qu'on remarque ici dans cette autre inscription publiée par Akerblad (2) :
Sol (jièv, avaÇ, Xôpov x. t. "X.
n résulte de cette restitution que tout ce qui était entre Vikyièoç et (TYijjiepov ne peut être qu'une phrase incidente ou complétive qui se rattache à l'expression avaÇ Vtkyii^oi. Or, dans le troisième vers, on distingue fort bien les lettres TAZYK Al AIGIon, qui nous représentent évidemment («TaÇi» xal Âî6i6i7(dv « entre... et les Éthiopiens». Il manque donc auparavant un nom de pays ou de peuple qui ne peut être que le mot a Egypte » ou « Égyptiens » . On ne saurait douter en conséquence que l'auteur n'ait voulu exprimer la même idée que celle qui existe dans une autre inscription de Dekké, que j'ai expliquée ailleurs {Recherches, p. 371 sq.), où nous, lisons 9e$ (JLcyîcrrco *Ep(Jiij IluTvuêi^i, AJyuirrou cxupoviYiv xal AWio'ircov (jLeréj^ovTi « au dieu très-grand Hermès Pytnybis, qui préside à la région limitrophe de l'Egypte et des Éthiopiens ». Il est clair qu'Apollonius a voulu rendre cette idée en vers : je lis donc Aiyuirrou (ou Aiyuirrtwv, trisyllabe par synérèse) Te (jLeroc^ù xal AiÔiottcov, locution analogue à xocddiinç re [le^y^ xaV EûÇeivoio 9aXa<r<ririç de Denys le Périégète (XXI), et à («aenriyùç yaiYiç T8 xal oûpavoG àarepoevroç d'Homère (//. e', 768; w', 78); et pour finir le vers auquel il manque encore les deux brèves du dactyle et un spondée, j'ajoute irepaTTj; yriç; on aie vers entier
(1) Oruter, MLXXUI, 4; Cf. Jacobs, ad AnthoL, XIII, 607; Anih. pal. qppend,, n^ 322.
(2) Sopra due laminette di bronzo, p. 22 ; cf. Jacobs, Anth, pal., III, In Addend., p. C.
AlyuTTTO'j Te («Ta$i» xxlÂiOioTrcovirepaTif]; yriç « entre i'Égypte et la terre des Ethiopiens, située à Textrémité du monde». Daiis une inscription de Philé , TÉthiopie est désignée de même : l*lle de Philé personnifiée parle ainsi :
Ka^ov TcÉpaç Aiyuirroio
'£p(.|/.i jçal AWioxcov yaç optov vexTaç,
L'expression a la terre la plus reculée » , appliquée à rÉthiopie, était en quelque sorte consacrée par Tépithète eo/xTot àvJpwv, qu'Homère donne aux Éthiopiens (Odyss. a', 23); de là le TTiXoupô; yri d'Eschyle (Prom. vinct. 796, éd. Bothe), etc. Au lieu de irepàTYiç yr,ç, expression que j'emprunte à Apollonius de Rhodes (-ffepaTYiç eiç oupea yaiTiç, Argon. II, 1090), on peut lire aussi bien, comme dans le vers que je viens de citer, vexTYjç, ce qui revient au même pour le sens et la mesure ; ou enfin irufjixTDç, dont se sert Denys le Périégète en parlant de Cerné (7ru|xaT7îç irapà T^(jiir£x Képvioç, Den. Per. 217). Ces trois expressions conviennent également; ce qui importe, c'est que la restitution de l'idée ne laisse point de doute.
Pour compléter l'inscription, il ne me reste plus qu'à rendre l'idée « qui préside, qui règne », exprimée évidemment à la fin du second vers, après avx$ ^Fe^y i^oç ; il faut, comme on l'a vu, quatre syllabes (-w^-) pour achever ce pentamètre ; je lis o; [JieÂ&iç^ dont je retrouve tous les éléments dans les vestiges confus que la copie nous a conservés :
CCIICACOIC OCM€A€€IC
Me^^co, qui s'emploie le plus souvent avec un complément au génitif, est pris quelquefois, comme ici, d'une manière absolue; témoin Homère dans "IJinOev [u^écov « régnant du haut de l'Ida », ce qui est analogue à notre p4Jé(av Aiyu^rrou tc p4Tx^ù xxl AlOioTccov ireoaTiQç ytiç. L'inscription était donc ainsi conçue :