‹ Œuvres choisies de A.-J. LetronneChapitre 20 sur 152 · V. 9. Ce vers pourrait se lire ainsi · texte numérisé non relu

V. 9. Ce vers pourrait se lire ainsi

Koipavôç A'^piocvoç [iCkie] ' ^Iç 8' itjizxGQOL'zo xaùroç,

la leçon Aie paraissant plus favorisée par la copie. Mais il y aurait peut-être incohérence dans les idées : puisque Adrien a entendu trois fois le colosse, pourquoi ne l'aurait-il salué que deux?

V. 10. Après Mé[i.vova, on ne distingue plus que quelques lettres. La restitution que j'en donne me paraît remplir toutes les conditions; ocai tîovoi; (pour OICIfONOIC) est certain; xajxev aussi, malgré l'interfalle qui, sur la pierre^ coupe ce mot en deux. Gela provient tout simplement de ce que le graveur a été obligé de passer par-dessus un défaut de la pierre ; ce qui arrivait souvent. Enfin les deux dernières lettres du nom de BAABIAAA existent encore devant KA, et le KAI se trouve dans les lettres K A N .

Ainsi, après avoir parlé d'Adrien et de ce qu'il a fait, Balbilla pense à elle-même, pour nous annoncer qu'elle est l'auteur des vers :

xal Ba).€CX>.(x xdl{iLev olai icdvoiç

Ypi[i.[i.aTa.

Elle a pris xàjjt^v dans le sens transitif, comme ce mot est souvent employé. Ainsi Théocrite {Idyll. XXVI, 5), xajxov... |3<d(jLi>;. Notre poétesse, qui ne manque pas d'ostentation, ne s'est pas contentée de dire îciaev y^i^^Lx^x ; elle a ajouté oîcri ^ovoi;, qui ajoute de la force à son idée. Elle vont qu'on sache bien que les vers sont de sa composition, et qu'elle ne les a pas écrits à l'aide d'un teinturier.

LA STATUE VOCALE DE MEMNON. J4i

V. H. Il n'y a point ypa(JL[jLaTa sur la pierre ; il y a rPOTT- TTATA, puisque Pococke et Sait ont lu ce mot distinctement. C'est une de ces formes insolites que notre poétesse affec^ tionne. Les Éoliens, remplaçant le M par le TT, disaient OTTnATA pour OMMATA, et n€T' €nOY pour M€T' €MOY (1) ; de plus, mettant TO pour TA, ils disaient 6po<Tea>;, ^poyi(ù^, (rrpoTo;, ovco, pour Opaerfwç, Ppaj^iwç, GTpatoç, avw ; les Doriens, T8TTopeç, xo6apoç, yéy^tfoL^ etc., pour T^TTape;, xftOapoç, yiypaça (2) ; eï Balbilla elle-même, ^exoTw pour ^cxxtcc) (n**XXI, V. S). C'est de la réunion de ces deux usages éolico-doriques que provient le mot ypoTnuaTa, dont Balbilla s'est encore servie au n*» XXIV (v. ult.), soit qu'elle l'ait trouvé dans quelque poète à nous inconnu, soit qu'il n'ait existé que dans les livres des grammairiens. Celte observation est applicable aux autres formes abstruses qu'elle affectionne dans les trois pièces que nous avons d'elle. Je n'affirmerais pas que d'autres poètes s*en fussent servis, mais je ne crois pas non plus que Balbilla les ait forgées. £n tout cas, l'emploi de ces formes dans une pièce du n*" siècle, composée par une personne qui paraît avoir été très-versée dans la poésie grecque, est un fait curieux pour l'histoire de la langue grecque.

La suite est le complément du mot ypa(iL[jE.xTa, qui désigne les vers eux-mêmes gravés sur le colosse. SxjxaivovTa, signi" fiant, exprimant^ quoi? ce qu'Adrien a vu et entendu, 6' o<j' eu ïJe x<5<rcr' ècraxouffe. Au lieu de O, la copie porte T ; à la même ligne, KCOCCpour XCOCC; à la dernière, on trouve encore un T devant wç; plus bas, n* XXIII, v. 7, KÛ pour X<o;etn°XXIV, v. 10, TOpour 6' 6. Ce ne peut être une négligence du graveur ; il y a là une intention de la part de Balbilla. Les Éoliens n'avaient point l'esprit rude (3). Dans Hippocrate et Hérodote^ on trouve encore àxixojAevoç êtu' wTe, oix ô(i.oia>;, etc. Notre poétesse aura encore ici recherché l'archaïsme. J'ai donc cru devoir conserver la ténue dans tous ces exemples.

(1) Gregor. Cor,, p. 580, ibique Koen.

(2) Koen, ad Greg, Cor,, p. 445. - Matth., Ausf. Gr„ § 10, S. 47.

(3) Matth., Auif, gr. Gramm.^ g 9, 3.

i42 LA STATUE VOCALE DE MEMNON.

V. 12. TTAICI est dans les deux copies, et certainement sur Foriginal. C'est une forme éolienne pour icadi; les Éoliens disaient Taiç, jAÉXxi^, etc., pour Ta^, [AeXa;, mais non^rari;, Tuawja pour iràç, iràda, dit le savant M. MatthiaB(l). Balbilla, comme on le voit, n'était pas de cet avis : ^tî^ov ira^n pour xàdt est évident.

'EyevT* pour èyevero ne Test pas moins; c'est une forme usitée par Tlféocrite (/, 88) et Pindare [Pyth. III, 184). On peut lire aussi, sans Taugment, ^ï yérc\ comme dans Homère (//iarf.e', 43).

4)1 AlCIy que donnent les deux copies, est certainement sur la pierre. C'est, avec l'iotacisme, la forme dorique 4)IAOICI ; et comme il faut un régime à ce verbe, je divise le PC, et j'ai &ç y' i fi>.ot9i 6eot . Ainsi Homère : ftXerSè é ZeOç ; et i (^ocXtara (piX&oxe {Iliad. B',197; Odyss. A', 434).

Mais le sens n'est pas aussi clair que la leçon est certaine. On peut rapporter i à l'empereur Adrien, et 6eol désignera les dieux, au nombre desquels on plaçait Memnon. Pans ce cas, Balbilla voudrait dire que Memnon, en se faisant entendi*e trois fois, a montré que les dieux chérissent Adrien.

On pourrait aussi rapporter i à Memnon, et Oeol à l'empereur Adrien et à Sabine ; de même que, plus bas, Balbilla a dit, OeoîcT'ij^apT), phrase où le mot Oeotç ne peut s'entendre que de ces augustes personnages. Le sens serait alors qu'Adrien et Sabine, en venant visiter plusieurs fois Memnon pour l'entendre, et Adrien en le saluant chaque fois qu'il l'avait entendu, ont témoigné par là qu'ils l'aimaient.

Mais je préfère le premier sens, dont le poète latin Maximus s'est approché dans un distique que nous trouverons plus bas (n*LXI).

(1) AusfùhrLgr, Gramm,, § 12, S. 52. — Gregor. Corinih. et ibi Koen.t pag. 210, 211, 599, 600.

Celle-ci se rapporte à la circonstance énoncée dans Tinscnption précédente; elle confirme la leçon que nous en avons

fiicXuov M^-

(jLvovo; Toiï OeioTotTou,

a'jToxpaTopo; *A^piav[ou

OCXOUOVTOÇ, èvToç

âpaç B ^iç.

(()AA0YIANOC

(|)iAinnoc

«AYON M€

MNONOCTOY 0EIOTATOY AYTOKPATOC AAPIAN AkOYONTOC €NTOC WPAC B Aie

« Moi, Flavianus Philippus, j'ai entendu Memnon le très-divin, Tem- « perenr Adrien l'entendant, deux fois, pendant la deuxième heure. »

La copie de Pococke est conforme à celle de Sait, excepté qu'il donne un A avant 4>Xaouïavo;, et qu'il a lu ETTTOC pour ^v La restitution était facile ; et cependant on n'y a guère réussi. Il suffit de voir ce qu'en ont dit Jablonski, les auteurs de \^ Description de ThèbeSy et M. Jacobs lui-même {D. M. S. 56M6A. S. 139), qui lit € HACOcf).

Qu'y a pas ici de date, par la raison qui a été indiquée. Il faut se garder de rapporter toO ôeioTaTou à l'empereur.

Plavianus Philippus ne parle que de deux fois. Balbilla a Wl mention d'un premier salut de Memnon, un peu avant le lever du soleil : ce n'est donc, comme on l'a déjà conclu de ses propres paroles, qu'une licence poétique.

La comparaison des deux inscriptions fixe le sens des mots 6VT0Ç wpaç B, qu'on pourrait être tenté de rendre par aiitè ho- ^^secundam^ parce que DionCassius (XLI, d^/in.) rendpai* '^'^k pTjTYiç riiUf(x,q, le anlè diem certam de César {Bell. Çiv., I, ^îflrf^n.j.Mais le sens est évidemment analogue à intraquar- ^^mdiem, intra kalendas {A. Gell. Noct. Att., XII, 13), pour quarto die^ kalendis.

(1) EKAYONAYAHCANTOCErCOnYAieCOBAABIMA (t)(UN ATACeEIACMEMNONOCH(t)AMEN(0e HAeONYMOIAEPATAlBAClAHlAITYlAECABINNA (OPACAEnPCOTACAAIOCHXEAPOMOC KOIPAN(0IAAP.IAN(0nEMnT(0AEKOT(0AE NlAYTCOAAEXECKEAAGYPElKOa KAinCCYPAEIKOCTCOnEMniO) AAMATIMHNOCAGYP.

Cette inscription, copiée exactement par Pococke, est depuis longtemps connue par les remarques de d'Orville et les discussions qu*a fait naître la date qui la termine (3). Je mets en regard le texte établi par M. Jacobs, et celui qui résulte des deux copies :

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