INSCRIPTIONS NON DATÉES
SECTION PREMIÈRE
Inscriptions grecques.
Je commence par trois inscriptions métriques qui ont été écrites par deux femmes, la mère et la fille.
TP€BOYAAHC THCI€PAC AKOYOYCA c|)a)NHCM€MNONOC €noeOYNC €MHT€P KAI€2AKOY€IN €YXOMHN
C'est la plus élevée de toutes celles de la jambe gauche; elle est immédiatement au-dessus de celle de Julia Balbilla (n°XIX).
Copiée par Pococke, elle a été restituée par Jablonski et M. Jacobs. La première ligne n'offre aucune difficulté; la seconde a été mal lue, et conséquemment mal comprise. Il n'y a rien de plus ridicule que la leçon de Jablonski (p. HO)... (XTÎTep Kaidapoç, èveutoyeiv, dont le sens a passé dans la traduction qu'en ont donnée les auteurs de la Description de Thèbes (p. iOO;. La leçon de M. Jacobs (Z>. M,, 63. Abh., 144), xai ET/iîcouGev vj-^Cù^, ne peut subsister.
D'après la copie de Sait, il n'y a nulle difficulté à lire complètement les deux lignes dont elle se compose :
TpeêouUyjç.
ty;; Upaç âîcououcx f covy^ç Mejjlvovo;, 8t:60ouv de, [XTirep, *^â^x3couetv eûyojxTnv.
[Vers] de Trebulla.
tt Entendant la voix sacrée de Memnon, je t'ai désirée, ma mère, et « j'ai fait des vœox pour que tu pusses Tcntendre aussi. »
Le seatiment est louable, mais les vers ne le sont pas; car Trebulla paraît avoir réellement voulu écrire des vers. Le premier est hors de toute mesure ; quant au second, on en fait un trimëtre ïambique passable, au moyen de la crase xà- Çaxouetv, pour xal èÇajcoueiv, comme plus bas xàçxçTÎ pour xai i(5%Yf\ (n* XLIII). Les graveurs négligeaient aussi souvent les crases que les élisions.
KAIKIAIATPEBOYAAA
AEYTEPONAKOYCACA
MEMNONOC AYAHCTOnPOCe€N MOYNON€ZAKOYCANTAC NYNGJC CYNHe€ICKAIcl)IAOYCHCnAZ€TO M€MNOa)NO nAICHOYCT€KAIT€l0a)NOIO Aie OHCINAPATa)Aiea)KAIc|)eErrMATA Hc|)YCIC€Aa)K€ AHMIOYPrOCTWNOACON
Celle-ci est de la même personne, qui, ayant entendu Memnon une seconde fois, a voulu répéter son hommage.
M. Jacobs a parfaitement bien lu cette inscription (1), d'après la copie de Pococke; celle de Sait confinne sa leçon, que M. Welcker a reproduite, parce que M. Jacobs n'avait pas inséré Tinscription dans V Anthologie palatine.
On peut être surpris seulement que ce savant critique ait fait une inscription à part des trois lignes qui précèdent les vers. Elles en sont évidemment le titre. Il est vrai que
(1) D. M. s. 42; puis dans les Abhandiungen, S. 130.
GoogI(
18i LA STATUE VOCALE DE MEMNON.
Pococke les a distinguées par un numéro difTérent; mais son erreur saute aux yeux. Voici le texte :
ÂeuTepov âxoudocerx
M£[AVOVOÇ.
Aù^YÎç 70 irpocOev [xoiïvov êÇaxoudavTa;, vjv wç <niV7)9eiç jtal çiXouç Y)<y7ra^€T0 MéjAvwv ô irxrç 'Ho'jîç Te jcal Teiôcovoîo, Aï(rÔTr)<yiv apa tû ^lOw xai çOéyjjiaTa Y) çtjcxt; e^coxe ^TnjjLtoupyoç tôv o^cov;
« Cœcilia Trébulta, ayant entendu une seconde fois Memnon [a écrit « CCS vers].
« Auparavant Memnon, fils de l'Aurore et de Tithon, nous a seulece ment fait entendre sa voix ; maintenant il nous a salués comme con- « naissances et amis. La nature, créatrice de toutes choses, a-t-elle donc « donné à la pierre le sentiment et la voix? »
CaBcilia TrébuUa a un peu mieux réussi cette fois : excepté la pénultième de TeiOwvoîo, qu'elle a pu faire brève, et le mot i^axoudavTaç, qui rend le vers choliambe, les trimètres ne sont pas mauvais. M. Jacobs et Welcker, en lisant riaiziaoL-zo^ avaient prêté un trochée, c'est-à-dire une faute grave, à notre poète; la copie de Sait, qui porte distinctement -ncnraJ^eTo, l'en disculpe. Vraisemblablement, la première fois, Memnon n'avait fait entendre qu'un son peu distinct; la seconde, sa voix, plus claire et plus sonore, fut regardée par TrébuUa comme une marque de faveur et de bienveillance qu'elle recevait du héros; c'est là, je crois, le sens des deux premiers vers. D'après apa, num^ j'ai cru devoir donner à la phrase la tournure înterrogative. L'orthographe c|)9€rrMATA est dans les deux copies; on la retrouve au numéro suivant, vers 5. Jablonski, en estropiant ce malheureux vers qu'il lisait, aîdtov tva xaravoô xal (fHy^f.oL'voLy avait prêté à Memnon des paroles que les auteurs de la Description de Thèbes lui ont conservées (p. H3); circonstance merveilleuse sur laquelle on a bâti plus d'une
LA STATUE VOCALE DE MEMNON. <8o
ingénieuse conjecture qui tombe d'elle-même. (Ci-dessus, p. 28, 29.)
L'idée du quatrième vers se retrouve dans le mauvais exercice de rhétorique qu'on appelle les Images de Callistrate^ eîceivw ^è tô Msjavovo; XiGw 7rapé^w)cev y) ty)v 7)Sovyiv çiîdiç (p. 156, 30, éd. Jac.) : ce qui n'empêche pas que, doux lignes après, l'insipide rhéteur n'attribue l'effet à Vart, La correction proposée par M. Jacobs (p. 713 de son édition), pour faire disparaître la contradiction, est inutile, et il y a renoncé plus tard [Abhandlung. S. 130, 131). Ces sortes d'exercices, composés de lambeaux, souvent poétiques, pris de côté et d'autre, sont remplis de contradictions et d'absurdités; c'est peine perdue que d'y chercher de la suite et du bon sens.
La place qu'occupe cette inscription, au bas de la jambe gauche, tandis que la précédente est tout à] fait en haut, montre que toutes les deux sont d'une époque postérieure à celles qui sont intermédiaires; autrement TrébuUa n'aurait pas laissé entre elles deux un intervalle aussi considérable. La première fois, TrébuUa, n'ayant que deux lignes à écrire, les fit mettre au-dessus de toutes les inscriptions qui existaient déjà. La seconde fois, il n'y eut pas moyen d'en faire autant, parce qu'on ne pouvait atteindre plus haut; on fut donc obligé de prendre la place qui restait libre beaucoup plus bas.
Cette observation montre que les inscriptions de TrébuUa sont postérieures au règne d'Adrien.