‹ Œuvres choisies de A.-J. LetronneChapitre 33 sur 152 · SECTION II · texte numérisé non relu

SECTION II

Inscriptions latines.

.MINI BPVTO

AYRIBYS IPSE MEIS CEPI SYMSIQYI CANORVM PRAE FECTVSQVEORVM PRAEFECTVS ITEAA REI CYSTILIVS QVINTI

Fragment inédit d'une inscription en vers, suivie d'un nom propre avec des qualifications. On y distingue la fin d'un hexamètre (malgré Vi bref dans mini), et un hexamètre entier :

mini briito,

auriints ipse meis api y sumpsique canorum.

La ligne d'ensuite peut être PRAEFECTVSQVE.OR. .M. [Prœfectusque orœ tnaritimœ) ou bien PRAEFECTVS CAS- TRORVM. Dans l'autre ligne, on distingue PRAEFECTVS. ITEM . REI. Je ne devine pas le reste. La troisième renferme des noms propres Cestilius Qwm//[lianus] {?).

MEMNONEMVATISÇANOEVMMAXIMV AVDIT ET DONAT CIMKMVSANAM CARM DEIS

Le commencement de ces deux lignes a été donné par Pococke. Leich les avait lues ainsi : Memnoni vatis cantum audit et donat carmen; mais la copie de Sait ne confirme pas cette leçon. Au premier coup d'œil, on voit que ce sont des vers trochaïques, très-probablement des tétramètres catalectiques, les plus usités dans le mètre trochaïque% Mais leur restitution est d'autant moins facile que le graveur négligent parait avoir fait des fautes dans ce qu'on en peut lire. Entre beaucoup de conjcclures qui me sont venues à l'esprit, je choisirai celle qui me semble le plus près de la vérité.

Au numéro suivant qui, à en juger par tous les caractères de la copie, est du même auteur, on lit au second vers vatem Maximum; c'est une raison pour faire dépendre du mot vatis (au lieu de vates) le nom Maximu[s\ qui est à la fin. Ce qui reste de ce premier vers doit être lu : Memnonem vatis canorum MaximuSy portion de vers dont la marche est régulière; il n'y manque que le dernier pied de la 3' dipodie, et la dernière dipodie catalectique. Le nominatif vates Maximus ap-

pelle un verbe dont Memnonem est le régime ; ce pourrait être audit et donat^ qui commencent le vers suivant ; mais la seconde partie de ce vers exige que Memnonem soit le régime d'un autre verbe; ainsi, je termine le premier vers ^divqtioque invocafis, qui le complète. Le mot quoque, que Maximus emploie au numéro suivant, se rapporte à ceux qui ont invoqué Memnon avant lui. Je crois la leçon de ce vers à peu près certaine. Le second est plus difficile : et d'abord, nous devons admettre qu'il est de même nature que le premier ; le commencement seul le prouverait, quand la chose ne serait pas extrêmement probable par elle-même. Les lettres CIMIK. . . doivent nous cacher le régime de donat, si la leçon est bonne ; le mot doit être de trois syllabes, d'après ce qui suit : MVSA- NAMCARM . . DEIS. Je hasarde cametiam^ qui réunit les trois conditions de servir de régime à donat^ d'être de trois syllabes, et de convenir parfaitement au sens, puisque ce mot signifie tout à la fois une muse et des vers; Horace : Gratiis insigni referam Camenâ (II, Od., xii, 39). Prima dicte mihiy summâ dicende Camenâ (I, Epist.y i, 1); de même en grec Mouax; Pindare: Aîaxco ce ça(jLt y£vei Te Moîcav çepeiv (III, Nem., 47, — 27 B'àckh). Eschyle : 'Eirel MoDcav çruyepiv a77oçaivec6ai ^e^oxYixe {Eumenid., 303). Euripide : Tiva (jLoOaav eTreXOw [Helen., 164.) : ti; -oSe (xoGaa [loîi,, 787, — 770 Herm.), et ailleurs. D'après ce qui suit, le poète Maximus semble avoir voulu faire allusion au double sens du mot camenâ; car il ajoute, musa nam cara'st deis. Je lis en effet la fin du vers, CARA'ST DEIS, pour cara est; cette orthographe, qu'on trouve encore souvent dans les palimpsestes des iv" et v* siècles, publiés par M. Mai, était généralement usitée au temps de Cicéron. Les deux vers sont maintenant complets pour le mètre et le sens; et la leçon suivante ne doit pas s'éloigner beaucoup de celle qui a été gravée sur le colosse.

Memnonem vates canorum Maximu[s quoque invocans] Audit et donat camenam; musa nam carast deis.

Tous les caractères du tétramètre trochaïque catalectique

se trouvent ici ; et la césure tombe, comme il le faut, après la deuxième dipodie. Les deux vers signifient : « Le poète « Maximus, invoquant à son tour Memnon, l'entend et lui « adresse des vers; car la poésie est chère aux dieux. » Il paraît qu'en présence de Memnon, notre poète, excité par la vue de la statue célèbre, composait une pièce en son honneur, lorsque sa voix se fit entendre, et lui montra que le dieu était sensible à son hommage. C'est cette circonstance que Maximus paraît avoir voulu rappeler. On voit que, comme Charisius (p. 123), Balbilla (p. 142), etc., il traite Memnon comme un dieu. Le Deis rapporté à Memnon rappelle le vers de Balbilla : ^riXo^ iziai S' eyevô' wç y' é (pt>.o?<ri e€OI.

MEASQVOQVEAVRESMEMNONISVOXIIACIDIT NOMEN . ECTOQVOQVEVATEMMAXIMVM

Ce poète ne s'est pas contenté d'écrire les deux vers précédents. Il en a gravé deux autres, probablement au-dessous.

La première ligne, qui se termine certainement par le mot INCIDIT, est un trimètre ïambique.

On ne peut douter que la seconde ne soit un vers du même genre; mais il n'y a rien à faire ni pour le sens, ni pour la mesure, des mots NOMEN. ECTO : le çuoque qui suit annonce une opposition avec le qnoque de la première ligne. Les lettres ECTO me semblent ne pouvoir appartenir qu'au verbe NECTO, dont le N initial [nomen jxecto) a disparu; mais la place y est. Entre nomen e\ necto il manque nécessairement un ïambe pour le second pied. Je le trouve dans le mot rneum, qui correspond au meas du premier vers ; le graveur l'aura passé par inadvertance ; et, la ligne une fois écrite, il n'y avait plus de remède. La pensée et les vers sont complets de cette manière :

Meas quoque aures Memnonis vox inddit; nomeii [meum n\ecto quoque vatem Maximum.

« La voix de Memnon a frappé aussi mes oreilles; et j'ai attaché aussi (c mon nom, Maximus poète. »

Notre poète fait évidemment allusion à ceux qui, comme lui, ont entendu la voix de Memnon; et qui, comme lui, ont inscrit leur nom sur la statue. La pensée est évidente, d'après la répétition des mots meas quoque, meum quoque; car la présence du mot meum me semble commandée par le sens autant que par la mesure. Quant à la signification de nectOj elle n'a rien de fort étrange, si nous le prenons poétiquement pour aimecio, signifiant attacher, appliquer, ajouter une chose à une autre.

L'usage exclusif que Maximus a fait des mètres trochaïques et ïambiques me donne lieu de présumer qu'il se livrait de préférence au genre dramatique. Il était, si je ne me trompe, tout à fait inconnu, avant que son nom nous eût été révélé par ces deux curieux fragments, dont je recommande la restitution à ceux qui se livrent spécialement à la philologie latine. Je n'ai pas eu d'autre prétention que de les mettre sur la voie.

MPP FRONTINVS MEMNONEM SOLVS AVDI

Inédite. Que veut dire Marcus Frontin avec son solus audi? Sans doute qu'il était tout seul quand il a entendu Memnon.

M.HERENNIVS FAVSTVS El IVLIVS TADIVS FLACCVS CoSVll

Inédile. Les lettres COSVII semblent être le mot CON-

SVLARIS ouCONSVLARES, selon qu'il s'appliquait au dernier de ces deux personnages, Julius Tadius Flaccus , ou à tous les deux. La deuxième hypothèse est plus probable, le premier nom n'étant suivi d'aucune qualification.

C CALPVRNIVS

SPEL > LEO XXII MEMNONEAA AVDIVI

La seconde ligne doit se lire probablement SP. ET 1 LEC XXII ; c'est-à-dire, Gains Calpiamius speculator et centurio legionis XXII Memnonem ait[divi]. Il s'agit sans doute de deux grades successifs; à moins que 1 ne soit un signe d'abréviations , auquel cas on lirait seulement spec, 1 leg. XxTl.

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