XL
(2) Professer., xxi, 3, 5,
(3) Polyb., X, 45, 7.
(4) Hist, eccL, vi, 35, ibique Vales.
(5) Jud,, voc. § 10, I, p. 95.
(6) VII, 56, ibique Menag.
(7) Cf. BeVkev,, Anecdot. grœca, p. 773,774, 25, sq.; 778, 781, 26.
(8) Comme dans Tépigramme de Christodore : KàS(ioc oToixeicov AavaoTç icpû- To; KeiÇe Tuitov. (Analecta, ii, p. 472. — Anth, Pal., i, 518).
(9) Ibid.y p. 777-796, paseim.
DE CLÉMENT D'ALEXANDRIE. 2tt)
vague à!élémeni, et vous ne pourrez plus savoir ce dont il s'agit : car de quel élément est-il question? Sans un complément avec le mot çroi^etov, la phrase présente un non-sens évident. Cela établi , il reste à voir ce que le mot TCpwTwv devant (jToij^etcdv peut ajouter à l'idée. Au premier coup d'œil, je crus qu'il s'agissait des premières lettres de chaque mot. Cette idée était favorisée par les exemples déjà cités dans la lettre à M. Dacier, où sont rassemblés beaucoup de signes phonétiques exprimant des idées dont le nom, dans la langue parlée, commence par la lettre que ce signe représente ; mais le plus léger examen me fit abandonner cette idée comme tout à fait inadmissible et chercher une autre explication. En effet, si telle eût été l'intention de Clément d'Alexandrie, il était absolument indispensable qu'il joignit un complément à 81.0L tôW icpwTo>v (jToij^eiwv, comme, par exemple, ^là tôv éîcaexrou i'^i'' axToç, ou UaifiTAç ^eÇccoç, wpwTcov (jToij^etcDv , ou toute autre chose de ce genre. A moins de supposer que l'auteur n'avait aucun sentiment de sa propre langue, ni l'ombre du sens commun, il est impossible de donner une signification aussi déterminée à l'expression cToijrera, qui, dans un sujet pareil, prise ainsi absolument, signifie en général « les lettres de l'alphabet », ou ne signifie rien du tout. C'est cependant à ce sens, tout à fait inadmissible, que se sont arrêtés et le critique de XEdinbitrgh Revieio {1\ qui traduit « les premiers éléments ou les éléments initiaux des mots », et M. de Gouliauoff, qui traduit aussi « les élémeùts initiaux » (des noms des objets), sans s'apercevoir, ni l'un ni l'autre, que, du moment que le mot élément n'est pas pris dans un sens clair et déterminé, une pareille expression en grec, en latin, en français, dans toutes les langues sans doute, ne peut avoir de sens, à moins qu'on ne dise de quels éléments initiaux il est question. C'est pourtant là-dessus que M. de Goulianoff parait s'être fondé, pour gratifier les Égyptiens d'un système absurde d'écriture, que M. de Klaproth appelle hiéroglyphes acrologiques (2), et
(1) Pag. 104.
(2) Ce nom est on ne peut plus mal imaginé. Pour qu*il fût susceptible du
aSO EXAxMEN DU TEXTE
d'après )equel le même signe peut représenter également bien tous les objets dont le nom commence par la même lettre, comme chietiy chat, cheval, cabane, etc. Je ne sais quel sort est destiné à cette belle découverte; mais il me paraît clair^ en tout cas, qu'on doit renoncer à en trouver le moindre vestige dans le passage de Clément d'Alexandrie.
Gelte interprétation des premières lettres des mots, étant inadmissible, il n'en reste qu'une plausible; c'est que le mot TTpôTa, conformément à son sens propre, indique une espèce de lettres ou de sons primitifs, par rapport à d'autres secondaires; or, ceci n'est susceptible que de deux interprétations peu différentes, dans le fond, Tune de l'autre.
1° Comme c'est un Grec qui parle à des Grecs, il a pu se servir d'une idée qui leur était familière, celle de la formation de leur propre alphabet qui, selon la tradition générale de la Grèce, ne fut d'abord composé que des caractères de seize sons : et cela est conforme à la nature de ces sons plus élémentaires, plus simples que les huit autres, et conséquemment qui ont dû être exprimés les premiers par des caractères Aussi Plutarque les appelle-t-il ra tc nPÛTA xal çotvijccia (1). Cette
sens qu'on lui prête, par analogie avec acrostiche, il faudrait au moins que Xôyo< signifiât un mot, un nom^ comme (ttCxo; signifie un vers : mais en grec, le sens grammatical de mot ou nom est rendu par ovo{ia, >é(i;, ^ti(<.a, tandis que XàyoQ ne signifie que proposition, phrase, discours, etc. On trouve bien Tadjectif àxpoXoyoc, épithëte de Vabeille (Ëpinicusap. Athen., x, 432, G), et le verbe àxpoXoYttv (Pbilipp., Epigr,, ÇO; in Anal, ii, 234. — Anth. Palat.jiu 32), mais simplement comme termes poétiques, composés de Xo^éco, et emportant ridée de cueillir la fleur ou de couper la sommité d*un objet. Quant aux mots àxpoXoYoc, &xpoXoYÎa, àxpoXoYixo;, ayant pour radical "kôyoq ou Xéyb), s*ils avaient existé en grec, ils auraient signifié quelque cbose d'analogue à pointe ou som~ mité de discours; discours sommaire^ superficiel^ ou pointu; ou bien encore discours sur des pointes, etc.; mais rien de pareil à Tidée qu'on attache aux mots hiéroglyphes acrologiques,
(1) *Ep(uT Se {idXtffta tûv àptOfiiûv ii Tttpàc àvdxtitai * icoXXol de xal Tcrpadt (&r,v6c tffTa(i£vov yt^éa^ai t6v Oeôv laiopovai * xà Se 2^ HPÛTA, xal 4>otv{xe(a 6ià Kddpiov ivopiaffOévta, tSTpàxic ii TSTpàç YcvopLévT] icapéoxe * xotl twv aSOi; içeupe- OJvTwv Si, ITaXapi^STtc rt icpôrepoc tirrapa, xal Zi(iCi>vi57); aSOt; àXXa Toaauca npovéhr,xt. Plut., Symp,, ix, 3, t. VUI, p. 945, Reiske, J'observe que le mot 4»o(v(x8ia n^est point ici un adjectif; c'est un nom appellatif. Ce mot est souvent employé substantivement pour désigner les lettres de l'alphabet, comme dans
hypothèse ost cello à laquelle je m'étais arrêté; on a trouvé généralement cette explication peu naturelle ; il a paru singulier que Clément d'Alexandrie allât chercher son exemple dans l'histoire obscure de l'alphabet grec, pour expliquer la nature de celui des Égyptiens. £t cette objection, à la bien examiner, me semble maintenant assez forte.
2* Reste l'autre interprétation, qui rentre dans la première, sans avoir l'inconvénient qu'on trouve à celle-ci ; car elle consiste à dire que le mot TrpûTa se rapporte, non à l'alphabet primitif, tel qu'était l'alphabet phénicien, mais aux sons pnmitifs, en général, c'est-à-dire aux plus élémentaires et aux plus simples de tous. On ne peut douter que, chez tous les peuples qui ont possédé des signes de sonsy le nombre de ces signes a d'abord été borné aux sons principaux, et que successivement d'autres signes ont été ajoutés à mesure qu'on a éprouvé le besoin de décomposer les premiers sons pour avoir des nuances. Par exemple, il est dans la nature des choses qu'on n'ait eu d'abord qu'un seul signe pour B, V, n et *; pour F, K et X: pour A, T et ©; pour A et P; et que, les consonnes jouant le principal rôle, les signes des voyelles fussent moins déterminés; ce que prouve en effet l'alphabet des langues sémitiques. Ainsi, quand Clément parle « des premières lettres», des «signes des premières articulations », cette expression pouvait se rapporter naturellement à l'alphabet dans sa simplicité primitive.
Voilà où conduit l'analyse intrinsèque du texte de l'auteur grec.
Maintenant, il est remarquable que l'alphabet phonétique de M. ChampoUion rentre d'une manière très-satisfaisante dans cette interprétation : en effet, si nous retranchons toutes les lettres qui, dans cet alphabet, viennent se ranger sous le même signe hiéroglyphique, nous trouverons qu'il n'exprime que le son des, articulations suivantes :
une inscription de Téos, où nous lisons 4»otvtxin^a ixxof'tt, pour YP^|&|AttVtt ou aToixtïa i%%,\ sur quoi l'on peut voir la note érudite de Chishull {Anliq, anat,, paer. 101).