‹ Œuvres choisies de A.-J. LetronneChapitre 5 sur 152 · SECTION V · texte numérisé non relu

SECTION V

La voix de Memnon était un phénomène naturel, et non le produit d'une fraude.

Nous avions été conduit à ce fait, avant toute discussion historique, par Texamen seul des circonstances diverses que présentent les inscriptions du colosse. 11 va maintenant être mis hors de doute, par le rapprochement des résultats historiques obtenus dans les sections précédentes, avec les diverses circonstances qui ont accompagné la voix de Memnon.

§ V\ — ELLE n'a pu être LE PRODUIT d'uNE FRAUDE.

Dans Topinion, généralement admise jusqu'ici, que le colosse de Memnon rendit des sons dès le moment où il fut élevé, et qu'ils tenaient à quelque symbole religieux, on était bien obligé d'admettre que les auteurs de la statue avaient pratiqué dans l'intérieur l'appareil nécessaire pour les produire ; aussi des savants se sont amusés à reconstruire en imagination ce prétendu mécanisme (1). Quelque idée qu'on se fasse sur la nature de ce procédé mécanique, il faudra toujours admettre qu'on avait creusé intériemrement le colosse, pour faire arriver la voix jusqu'à sa bouche : opération d'une difficulté prodigieuse, et dont Timpossibilité même est à peu près démontrée pour quiconque a étudié la description de la statue. Mais, la discussion ayant prouvé que Memnon est resté silencieux jusqu'à l'époque romaine, il faudrait admettre maintenant que cet appareil a été pratiqué dans le colosse monolithe quinze ou. seize siècles après sa mise en place ; ce qui serait véritablement absurde ; le ;seul fait de

(1) Langlès, Disseri, ^ur la statue vocale, dans le tom. II de Norden.

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Tépoque tardive où s'est montré le phénomène détruit toule possibilité d'un vide pratiqué à dessein dans la masse du colosse pour y placer un mécanisme quelconque (1).

Mais, dira-t-on, peut-être était-il produit par quelque moyen extérieur : cela est encore impossible ; et toutes les conjectures de Langlès à ce sujet tombent d'elles-mêmes (2). Comment ce moyen aurait-il échappé aux nombreux témoins du phénomène pendant les deux siècles et demi qu'il ne cessa de se produire? Il ne faut pas oublier en effet que, pendant ce long intervalle, Memnon a eu pour auditeurs des préfets, des stratèges, des officiers militaires et civils, Adrien, Sabine et leur nombreuse suite. Or, dans cette foule de visiteurs, hommes instruits et au-dessus des préjugés populaires, il devait bien se trouver de temps en temps quelques sceptiques, gens fort difficiles sur l'article des miracles, trèsincommodes surtout aux jongleurs et aux charlatans de toute espèce.

Admettons pour un moment qu'on ait pu tromper tout le monde pendant deux cent trente ans, et que le secret ait été si bien gardé que personne ne se soit douté de la jonglerie : du moins on sera forcé de convenir que, pour duper ainsi tout ce que l'Egypte renfermait de personnages puissants, et s'exposer au péril d'être découvert, il fallait un bien grand intérêt. Or, on conçoit bien que les prêtres de Delphes ou de Dodane attachassent une grande importance à ce que .leur charlatanisme ne fût pas découvert; mais, à Thèbes, qui pouvait être intéressé à cette fourberie dangereuse?

Ce n'étaient pas assurément les prêtres égyptiens de VAménophivm. D'abord, il est prouvé par le passage de Strabon

(i) Ce fait détruit également Topinion qui attribue la cause de la cessation du prodige à ce que a le culte national et le sacerdoce égyptiens furent vaincus .« par le polythéisme grec »» (Eus. Salverte, Sciences occultes, I, 294).

(2) Cest ce que reconnaît d'avance M. Eusèbe Salverte, quoique enclin à admettre Texistence d*un mécanisme : « Tout ceci, nous Tavouons, est purement a conjectural, et tomberait de soi-même si Ton reconnaissait que, ni dans- le « colosse, ni dans sa base, il n'existait de cavité propre à recevoir le méca- « nisme dont nous supposons Texistence. n (Des Sciefices occultes^ II, 37 i, 372).

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que, de son temps, aucune idée religieuse n'était rattachée à l'émission de la voix; ce n'était qu'une particularité étrange, et rien de plus : ce n'eût été évidemment, à cette époque, qu'une tromperie sans motif et sans résultat. Ensuite, il est établi par des preuves incontestables que la seule application religieuse dont Memnon ait été l'objet depuis Strabon était puisée dans la mythologie grecque ; que cette application est restée entièrement étrangère à la religion égyptienne ; que les Égyptiens n'ont voulu reconnaître ni Memnon, ni ses divins parents Tîthon et l'Aurore, et que sa voix n'a jamais reçu d'hommages que de la part des Grecs et des Romains.

Quelques-uns de ces étrangers pouvaient donc s'euls être intéressés à ce prestige. Mais quel moyen auraient-ils eu de l'exercer dans le temple d'une divinité égyptienne, à côté de prêtres jaloux, qui devaient s'empresser de dévoiler leur supercherie, bien loin de la favoriser? D'ailleurs, la même difficulté se présente encore une fois, puisque le mythe de Memnon n'a été rattaché au colosse de Thèbes que postérieurement à Strabon. Enfin, pourquoi les Grecs auraient-ils pris pour la statue de Memnon celle qui était brisée, plutôt que la statue du sud, qui est celle du même Aménophis, et qui était intacte ? N'est-il pas clair que ce choix n'a pu être déterminé que par le son que Tune rendait, tandis que l'autre restait muette ? Et en effet, Strabon nous montre que la voix du colosse avait été remarquée avant qu'on ne pensât à aucune application historique ou religieuse. Lorsqu'il parcourut l'Egypte, la religion grecque y était aussi peu intéressée que l'égyptienne ; cette circonstance est décisive. . Assurément, il suffirait de ces observations pour exclure toute idée de fraude. En voici d'autres qui n'ont pas moins de force.

Mosheim admet la fausse opinion de Jablonski sur l'ancienneté de la voix de Memnon (1) ; pourtant, obligé de convenir que le colosse s'est tu, pour le moins, depuis l'invasion

(1) Vorrede zu Pococke's Beschr, der Morgenl. S. VIIl.

des Grecs jusqu'à la domination romaine, il croit que les prêtres égyptiens substituèrent une autre statue à celle qui était détruite depuis longtemps, et reproduisirent le miracle de la voix pour s'opposer au progrès du christianisme. Cette opinion est en tout le contre-pied de celle de saint Jérôme qui croyait que Memnon avait cessé de se faire entendre à la venue de J.-C. ; mais elle n'est pas plus vraie, puisque Strabon a entendu la voix de Memnon vingt ans avant la naissance du Christ, et que la réputation du colosse était déjà faite lors du voyage de Germanicus, Tan 17 de J.-C, quand il n'était pas encore question du christianisme. Plus tard, la cause alléguée par Mosheim n'est entrée pour rien dans la continuation du phénomène ; car, pendant la courte période de son existence, il est impossible d'apercevoir aucune relation quelconque entre la voix do Memnon et la lutte du polythéisme contre la religion chrétienne. Mais la preuve la plus frappante que ce n'était pas un prestige imaginé pour donner à l'ancienne religion un appui qui lui manquait, c'est que nous l'avons vu s'évanouir précisément lorsque les païens en avaient le plus besoin. Cette disparition seule est une preuve manifeste que la voix memnonienne était indépendante de la volonté des hommes.

Je pourrais m'arrèter là, et regarder ce fait comme établi d'une manière irréfragable, autant que peut l'être un fait historique. Il faut pourtant ajouter des preuves d'un autre genre et non moins frappantes.

On a vu que tous les témoins du prodige se sont accordés à croire qu'il était l'hommage miraculeusement rendu par Memnon à sa mère. La condition de cette explication mythologique, sur laquelle se fondait toute la célébrité du prodige, c^est qu'il se produisît tous les jours, et seulement un peu avant le lever du soleil, qui est précédé par l'apparition de l'Aurore. Memnon ne devait pas manquer un seul jour à ce devoir pieux, et, une fois le soleil sur l'horizon, l'accomplissement de ce devoir n'avait plus aucun but. Si donc le prodige eût été le résultat d'une fraude pieuse, les jongleurs

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auraient toujours eu soin de faire le miracle avant le lever du soleil, au moment où la déesse répand des larmes sur la mort de son fils : Piasque Nùnc quoque dat lacrymas, et toto rorat in orbe, comme dit Ovide {Metam,, XIII, 621); en elTet, ceux qui nen parlent que comme poètes ou sur ouï-dire, tels que Denys le Périégète (v. 282) et Callistrate (pag. 185, 12, Jacobs)^ font résonner Memnon à l'apparition de l'Aurore; mais les aiftres, Strabon, Pline, Tacite, Pausanias, Lucien, mettent le phénomène au moment où le colosse est frappé par les rayons du soleil; et, excepté deux seuls exemples, qui peuvent avoir été le résultat de quelque illusion, les inscriptions le mettent après le lever de cet astre (n" XII, XXX). En second lieu, tous les auteurs s'accordent à dire que la voix se produisait chaque jour. Or les inscriptions attestent que le prodige ne se manifestait pas avec cette constante régularité. On y voit, au contraire, que Memnon trompait fréquemment l'attente des curieux et des dévots ; qu'il arrivait à l'heure ou plus tard, et même que parfois il n'arrivait pas du tout.

Par exemple, un stratège ou gouverneur de nome ne l'entendit pas le premier jour (n* XIV) :.il fut obligé de revenir une autre fois. La femme d'un préfet d'Ég-ypte vint deux fois inutilement : elle ne l'entendit qu'à la troisième (n"" YIII) ; Sabine (n** XXIII) elle-même le trouva muet la première fois qu'elle vint le visiter, et nous avons vu que la visite de Septime Sévère avait été infructueuse. Il n'y a pas moyen de supposer que des jongleurs auraient été assez malavisés pour manquer le tour dans des circonstances pareilles (1).

Il n'y avait pas moins d'irrégularité dans les instants où le phénomène se produisait. Les inscriptions dans lesquelles l'instant est exprimé sont au nombre de vingt et une. Dix font mention du commencement, du milieu ou de la fin de la prè-

(i) Deux voyageurs, au contraire, disent i*avoir entendu deux fois le même jour (n®* X et XVII). Dans d'autres inscriptions, il est parlé aussi de plusieurs fois ; mais rien ne prouve que ce soit le même jour, ou plutôt il est à peu près certain qu*il s'agit de jours difTérents. La circonstance rapportée dans les n^* X et XVII est d'autant plus remarquable que l'antiquité n'en dit rien du tout ; il doit y avoir là quelque illusion.

miëre heure ; sept indiquent divers instants de la seconde heure ; quatre, divers instants de la troisième. Dans une seule (n"* X), il est fait mention de trois heures et demie ; mais on doit remarquer que la date répond au 14 février, époque de Tannée où le soleil a moins dé force, et peut avoir été couvert de nuages ou environné de vapeurs au moment de son lever (1).

Ces variations et ces irrégularités sont une preuve manifeste que la voix de Memnon était un phénomène naturel, dépendant do Faction du soleil à son lever ; il arrivait ou n'arrivait pas, selon les circonstances atmosphériques dont il dépendait exclusivement.

Ces mêmes raisons prouvent encore, avec une égale évidence, qu'il n'a pu être le résultat d'une de ces illusions des sens, effet d'une conviction profonde. Je sais jusqu'où peut aller la prévention en ce genre ; je ne nie pas que parfois des enthousiastes et des personnes dominées par la superstition ont pu s'exagérer le prodige, ou même s'imaginer que Memnon résonnait quand il gardait le silence, ou enfin ne pas s'apercevoir qu'ils étaient l'objet de quelque mystification. Je crois, par exemple, qu'il est arrivé quelque chose de pareil pour la seule fois où il est certain qu'un voyageur ancien a cm entendre Memnon avant le lever du soleil. Il est même très-possible que la persuasion où tout le monde était que Memnon devait saluer l'Aurore, et par conséquent résonner avant le lever du soleil, ait rendu plus communs les exemples d'une semblable erreur.

Mais, tout en faisant la part de la prévention, il serait absurde d'admettre qu'une aussi étrange illusion eut été le partage de tout le monde, pendant deux siècles et demi, an point que, dans ce long intervalle, personne n'eût douté de la réalité d'un phénomène purement imaginaire. Des illusions

(1) Le seul CalUstrate dit que Memnon faisait aussi entendre un son plaintif à rapproche de la nuit, espèce d'adieu qu'il disait au jour (pag. 156, 15). Cette assertion, démentie par toute l'antiquité, est bien digne du mauvais exercice de rhétorique où elle se trouve.

de ce genre ne sont jamais qu'individuelles. Ainsi la statue d'Apollon à Daphné, près d'Antioche, était dans l'attitude d'une personne qui chante et joue de la cithare ; quelque enthousiaste avait cru, à ^ heure de midi, entendre un son sortir de l'instrument ; mais l'exemple resta unique, h ce qu'il paraît, et se conserva seulement par une tradition confuse, puisque Libanius, si zélé pour la gloire d'Apollon, s'exprime ainsi : <( et quelqu'un l'a entendu, dit-on, jouer de la cithare à

midi (1). » Nul doute que les païens ne tinssent beaucoup

à ce prodige, et n'eussent le plus vif désir qu'Apollon manifestât chaque jour sa puissance ; mais, malgré cette bonne volonté, la lyre résonnante était restée un miracle isolé, qui n'avait eu qu'un seul témoin, et le zélé Libanius n'a pu le dissimuler. Il n'en fut pas ainsi de la voix de Memnon. Si elle n'eût été que l'illusion d'esprits prévenus, d'où vient que les mêmes personnes déclarent èti*e venues une ou deux fois inutilement pour l'entendre, et qu'elles ne l'ont entendue qu'à la seconde ou à la troisième ? Étaient-elles plus crédules, plus superstitieuses, plus prévenues un jour que l'autre ?

D'ailleurs, si le phénomène n'eût existé que dans l'imagination des spectateurs, il se serait produit toujours au moment où il devait se produire conformément à la croyance qui causait leur erreur. C'était donc au lever de l'Aurore qu'ils devaient l'entendre, et non pas une ou deux heures après le lever du soleil, comme l'attestent ceux qui l'ont entendu. De plus, s'il n'avait pas eu lieu réellement dans l'intervalle de temps marqué par l'histoire et les inscriptions, on ne concevrait pas que les anciens se fussent imaginé l'entendre à partir de certaine époque, et eussent tout à coup cessé de l'entendre à partir d'une autre époque. Comment serait née une pareille illusion, puisque ni la religion, ni l'intérêt sacerdotal ne s'y trouvaient encore rattachés, lorsque déjà la célébrité de la voix de Memnon avait franchi les bornes de l'Egypte?

(1) KaC HOU TIS aÙTOo xal tjxoudev, •'ÛS 4>ASIN, év lASiYiixSpîa xiOapîÇ'ivTOç. . . Moiwdia in lempl. ifi Dnphn, Apollon., LXI, tom. IH. 335, 3, Reisk.

LA STATUE VOCALE DE MEMNON. \v «^

Enfin, cette illasion puissante une fais produite, la sB^t stilion une fois bien établie, et la prévention devenue génï raie, pourquoi le prodige aurait-il tout à coup cessé d'agir sur les imaginations, et cela lorsque les païens devaient être plus que jamais avides de ce miracle ? 11 faut bien admettre que, dans Tintervalle marqué, la voix a été réellement produite, qu'elle ne l'avait pas été auparavant, qu'elle ne le fut pas après.

Ainsi, il est démontré, par l'analyse rigoureuse et l'examen comparé de tous les éléments de la question, que la voix de Memnon était un phénomène indépendant de la volonté des hommes.

§ II. — CARACTÈRES DE LA VOIX DE MEMNON', ELLE PROVENAIT d'une vibration SONORE.

Mais en quoi consistait cette voix, produit de causes naturelles?

Il faut d'abord écarter les récits extravagants dont Lucien s'est moqué, les sept vers, les sept voyelles , les paroles {\) qu'on a fait prononcer à Memnon d'après des autorités douteuses, fausses ou mal interprétées : il faut n'écouter que les témoignages des voyageurs qui ont entendu cette voix singulière.

Slrabon, le premier de tous, est celui qui réduit le phénomène à l'expression la plus simple : « C'est un bruit, dit-il, tel que serait celui d'un faible coup. » Strabon ne l'appelle pas même un son, >7yoç : il se sert du mot <|^oço;, bruit. Pline emploie le moicrepare (XXXVI (11), p. 734, 8), craquer, ce qui revient aussi au ^j^oço; de Strabon. Selon Pausanias, « le colosse rend un son qu'on peut comparer à celui d'une corde

(1) L'expression lapidem loquentem, dans la version d'Eusëbe par S. Jérôme fci-des8U8, p. 39» n® 1), ne doit pas être prise à la lettre; ce mot rend le çOey^ô- !^s>o;(lu grec, et rien de plus. Les Latins employaient loquens souvent dans le ^^'ns 'le «oTiore; témoin le pinus loquentes de Virgile (Ed., VIII, 22; Heins.

de cithare ou de lyre qui viendrait à se rompre » ; ce qui donne Tidée, non-seulement d*un bruit, d'un craquement, mais d'une vibration sonore ; et cette idée résulte aussi du mot chordcB dont se sert Juvénal dans le vers : Dimidio magicsa resoîiant ubi Memnone chordœ (1).

Dans une des inscriptions en vers, on le compare au son qui résulterait d'un vïtse de cuivre qu'on frapperait, àç x^^xoîo T'jTTfiVToç (n** XIX, V. 7). Dans une autre, on vante la voix et la salpinx de Memnon ; ce qui donne Tidée d'un son éclatant. Il avait quelquefois une sorte d'analogie avec la voix humaine; de là les noms de çwrri, Ô(içy), aù^-n, vox, sonm vocalis, et les verbes ç6éyyea6ai, aOSav, çtoveiv, qu'on trouve dans les auteurs et les inscriptions.

L'accent avait aussi quelque chose de plaintif, et l'imagination des voyageurs poètes y trouvait l'expression de la douleur qu'éprouvait Memnon, par suite du mauvais traitement que lai avait fait subir le farouche C4ambyse (n^ XLII). D'autres ne trouvaient pas cette voix aussi mélodieuse : ce n'était qu'un cri, Po-n ; un bruit, ^090;; un son insignifiant, et inarticulé, avapOpoç.

Voilà par quels traits divers les témoins du phénomène représentent l'impression qu'ils ont reçue. On voit qu'il y avait autant de variété dans le timbre et l'intensité du son que dans les instants où il se produisait. Ce nouveau caractère décèle avec non moins d'évidence un phénomène purement naturel.

Il est possible qu'il y ait eu quelque exagération dans les traits que certains voyageurs ont employés pour le peindrei surtout quand ils se sont exprimés en vers.

Mais, après avoir fait la part d'une exagération à peu près inévitable, il reste, comme un fait constant, que cette voix consistait dans un craquement sonore, dont ni le timbre ni l'intensité n'étaient toujours les mêmes ; craquement tantôt

(1) On a insisté sur le pluriel chordjt, en faveur de Thypothëse de sons suc^ cessifs et même harmoniques ; mais ce pluriel emphatique était indispensable à la facture du vers.

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faible, tantôt assez fort, tantôt sourd comme du bruit, tantôt timbré comme le son d'une corde d'instrument quand on la pince ou quand elle se rompt, ou comme celui d'un corps métallique percuté. Cette voix se faisait le plus souvent entendre lors du lever du soleil, ou quelque temps après. Les auteurs sont unanimes là-dessus : ils affirment que la voix retentissait qu|nd la pierre était frappée ou échauffée par les rayons du soleil. Tacite (1) dit : Ubi radiis solis icta est, vocalem sonuni reddens; Pline (2) : Quem, quotidiano solis ortu, contactum radiis crepare dicunt... Dans des inscriptions on lit : çOéyÇao. • . âxTÎdiv ^a^Xojuvo; (n® IX) ou àXiw auyà aïOop^vo; (n* XIX). En deux seuls exemples, nous trouvons que le phénomène s'est manifesté avant la première heure, c'est-à-dire avant le lever du soleil; mais ces deux exemples, contraires au témoignage de toute l'antiquité et des auteurs des autres inscriptions, peuvent être le résultat de quelque illusion.

Quand on ne pourrait citer aucun fait analogue, la discussion historique ne permettrait de douter ni de l'existence du phénomène, ni de sa cause naturelle; mais sa possibilité, indépendamment de toute explication, est établie par des observations qui attestent que des granits et des brèches, dans certaines circonstances, produisent naturellement un son au lever du soleil.

M. de Rozière et plusieurs membres de la Commission d*Égypte ont souvent entendu, le matiji, un craquement sonore dans les carrières de granit de Syène, phénomène qui parait avoir échappé aux anciens (3). La même chose a lieu

(1) Annal., II, 61.

(2) XXXVI, 7, p. 734, 8.

(3) Consiitut. phys, de l'Egypte, — Descript. Hûtt. nnt., II, p. 630. L'opiniou de Niebuhr que le second dfi ces vers, dans ane inscription de Talmis en Nubie :

Ut spirent coûtes ac tempora prisca salutent, Sacra Mamertino sonuerunt prœside signa,

se rapporte au phénomène vocal est d'autant moins douteuse qu'une inscription du colosse (n^ XXXI) atteste qu'en effet Pétronius Mamertinus avait entendu la voix, on pourrait être tenté, et je Tai été moi-même, de croire que les mots

aux environs de la MaLidetta, dans les Pyrénées ; on y entend, dit un voyageur anglais, au lever du soleil, un craquement sonore dont le timbre approche parfois de la cloche, et que les habitants appellent les matines de la Maladetta (1). On peut citer encore les sons d'orgue que rendent le matin les roches granitiques des bords de TOrénoque, appelées par les missionnaires européens laxas ^de musfca^ ou pierres de musique. M. de Humboldt ne doute point de leur réalité, et il les regarde comme produits par la différence de température entre Tair souterrain et l'air extérieur ; différence qui est à son maximum au lever du soleil (2). MM. JoUois, Devilliers, Gostaz, Redouté, Coutelle, Lepëre et Delille, membres de la Commission d'Egypte, ont souvent entendu, le matin au lever du soleil, un craquement sonore qui sortait des pierres énormes de Tappartement de granit à Karnak (3).

ut spirent cautes se rapportent au soupir des rochers de Syène : mais la construction de la phrase s'y oppose. Cautes est ici, comme signa, un pluriel emphatique, de mâme que le àfoXtJiàTCdv d'Alciphron (ci-dessus, p. 40) et se rapporte à la statue même de Memnon; ainsi, nobilitas cautium, c^est-à-dire lapidum, marmorum, dans le Code Théodosien (Forcell, ad h. w.). Le verbe spirare convient très-bien au sens qui est : a Des statues sacrées résonnèrent en la présence tt du préfet Mamertinus, en sorte que des pierres furent animées et saluèrent u les anciens temps. »

(1) Voici la description qu'il en donne : « Le seul son qui interrompît notre « silence, tandis que nous contemplions ce spectacle, était une espèce de murtt mure plaintif et continu, semblable aux vibrations d*une harpe éoUenne, Ce « bruit étrange me rappela la statue de Memnon, acceuillant le lever du jour n par des sons harmonieux. En écoutant sa voix, on était tenté de croire que « cette reine des Pyrénées était la sœur de Memnon. l\ est probable que Téclat tt et la chaleur subite du soleil, glissant avec une incroyable rapidité sur ses « flancs de' granit, en font sortir ces bruits merveilleux que les pâtres de ces « vallées appellent les matines de la maudite, ^ {Revue brit. Avril 1830,

.pag. 296, 297).

(2) Humboldt, Relation histor., II, p. 282. M. Herschell a proposé une explication analogue des sons que les voyageurs entendent en passant le long des rochers, à l'endroit appelé par les Arabes Nakous ou la cloche, dans la presqu'île du mont Sinai {Asiatic Journal, december, 1832, p. 360).

(3) JoUois et Devilliers, Descript. de Thèbes, pag. 234», 235. « Ce phénomène, u disent MM. JoUois et Devilliers, provient sans doute du changement de tem- « pérature presque subit qui se fait au lever du soleil. Quelque forte en effet tt que soit la chaleur du jour en Egypte, les nuits sont toujours fraîches. La u chaleur, se faisant sentir tout à coup à la surface extérieure des pierres, ne se u répartit pas également dans le reste de la masse, et le craquement, pareil au

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Cbampollion le jeune m'a dit avoir été bien des fois témoin du même bruit dans cet édifice. M. W. J. Bankes a de même observé, plusieurs matinées de suite, dans le portique de Philes, que les pierres produisent un craquement semblable à celui d'un panneau, ou au son d'une corde de harpe (1).

Ces faits analog:ues au phénomène memnonien^ et par la nature du bruit, et par le moment du jour où il se produisait, ne laissent pas de doute sur sa cause naturelle : de même que le bruit des granits de Syène, de TOrénoque, du Sinaï, de la Maladetta, et le craquement sonore des pierres du palais de Kamak et du temple de Philes, il était le résultat du changement subit de température qui s'opère le matin, an lever du soleil, au moment où a lieu le maximum de refroidissement des corps exposés à l'air (2).

« son d^UDo corde vibrante, que nous avons entendu, pourrait bien n'être que a le résultat du rétablissement de Téquilibre. »

(1) Narrative of the life and adventures of Giov, FinaiU tom. II, p. 93, Lond., 1830. U parait que les anciens n*ont pas plus observé le^ phénomène des craquements sonores dans certains temples, que le bruit des carrières de Syène au lever du soleil ; mais les eussent-ils remarqués, on ne devrait pas être surpris de ce qu'ils n'en aient pas fait une application à la voix de Memnon, et n'aient pas soupçonné qu'elle était due à une cause naturelle. De tels rapprochements ne se présentent pas toujours à Tesprit; nous venons de voir en effet que des savants modernes, quoiqu'ils aient observé le bruit matinal dans les temples et les carrières de l'Egypte, et qu'ils en aient indiqué une théorie physique qui a tous les caractères de la vraisemblance, n'ont pas même songé à l'appliquer à la voix de Memnon. En cela, ils se sont, comme les anciens, attachés à ce fait principal que la statue tronquée de Memnon était la seule qui résonnât au lever du soleil. Il était donc tout simple que les anciens attribuassent un phénomène qui n'avait lieu que pour cette statue, entre toutes les autres, à quelque influence soit divine, soit magique, en tout cas surnaturelle. Bientôt le rapprochement poétique de Memnon et de T Aurore, en fournissant une explication mythologique, écarta complètement l'idée de toute autre cause.

(2) Quarterly Review, t. XLIV, pag. 508, 509, 1831. M. de Rozière en donne l'explication suivante : « Chaque matin, les rayons du soleil venant à frapper « le colosse sèchent l'humidité abondante dont les fortes rosées de la nuit ont « couvert ses surfaces ; et ils achèvent ensuite de dissiper celle dont ces mêmes « surfaces dépolies s'étaient en quelque sorte imprégnées. Cette action des « rayons du soleil en se prolongeant occasionne d'abord de petites dégradait lions et des fêlures à la surface de la pierre, et elle produit dans les parties « voisines une tension, d*où résulte un effort à l'intérieur pour augmenter la « fente déjà commencée. Si la matière était parfaitement homogène et cora- « posée de particules très-fines, la fente se prolongerait sans secousses, et sans

On conçoil qu'un phénomène de ce genre doit surtout se manifester dans des contrées où la difTérenee de température entre la nuit et le jour est considérable ; c'est en effet ce qui a lieu dans la Thébaïde, dans la presqu'île du Sinaï, sur les bords de TOrénoque, et sur le versant méridional des Pyré* nées, où il a été observé.

Il resterait à déterminer comment ce changement subit de température peut être, dans ces différents cas, suivi d'un son appréciable. Cette recherche est étrangère à ce sujet, qui est uniquement historique, et je Tabandonne aux physiciens. Déjà ils ont proposé des théories dont je ne rapporterai les principaux traits que parce qu'elles peuvent se lier avec les faits établis dans cet ouvrage. Ainsi, le phénomène des ro^ chers de l'Orénoque est attribué par M. de Humboldt à l'impulsion de l'air qui sort par des crevasses, au moment où la différence de température entre l'air souterrain et l'air extérieur est à son maximum (1). M. Herschell explique de la même manière ^le phénomène du Nakous, et probablement aussi les matines de la Maladetta, Quant au phénomène memnonien, qui était de même nature que le craquement sonore des pierres de Karnak et du temple de Philes, M. de Rozièro l'attribue aux vibrations de la pierre qui se fend. M. Cordier, membre de l'Institut, l'explique par les solutions de continuité entre les cristaux de quartz et la pâte où ils sont engagés dans la pierre (2). Ces explications, qui semblent satisfaire h

V. vibrations sensibles; mais, comme elle est semée de grain« durs, bien agglu- « tinés, capables de se rompre, plutôt que de se désagréger, les plus gros de ces « grains doivent résister plus que le reste à l'écartement qui tend à les rompre, tt et supporter seuls tout Teffet de la tension; cet effort se renouvelant perpé> « tuellement, ils cèdent enfin, et éclatent tout à coup. Cette rupture subite tt cause dans la pierre rigide et un peu élastique un ébranlement, une vibration « rapide; c'est là ce qui produisait le son que la pierre rendait au lever du « soleil. » {Description de VÈgypte, Histoire naturelle^ t. II, p. 650 ; et dans le Bulletin de Férussac, histoire et philologie, t. III, pag. 139, 140.)

(1) M. le docteur Ronlin, qui a visité ces roches, attribue les sons qu'elles produisent à la vibration des lames exfoliées qui recouvrent leur surface. (Voy. Bulletin de Férttssac, sciences mathématiques, etc.; janvier 1829, pag. 52, suiv.)

(2) Voici la note que ce savant minéralogiste m'a transmise à ce sujet : u La

toutes les conditions historiques du problème, reviennent à ceHe que MM. Jollois et Devilliers ont donnée du bruit des granits de Karnak; et à celle que M. Herschell lui-même donne de la voix deMemnon, qu'il attribue « à des expan- « sions pyrométriques ou à des contractions des divers matéu riaux hétérogènes composant la statue. De pareils sons, a ajoute-t-il, ont lieu quand la chaleur est appliquée à des «c portions de métal; et Ton en observe des exemples fréquents

« voix de Memnon était vraisemblablement un effet naturel de changements « superficiels et très-actifs de température, qui agissaient fréquemment sur n cette espèce de pierre, substance composée de matériaux hétérogènes liés par a une pâte siliceuse très-dure. Chaque son était le résultat d*une solution de « continuité partielle, d*une fêlure très-petite, mais subite, occasionnée inté* « rieurement et à une faible distance de la surface du monolithe, par une dila- « tation très^nergique de cette même surface. Ces très-petites ruptures avaient « lieu tantôt entre la pâte et les fragments de quartz, de silex ou d*agate enveci loppés, tantôt à travers Tun quelconque de ces fragments. L'effet était favo- « risé par Tinégalité de volume, d'adhérçnce et de conductibilité des parties « constituantes, et par leur extrême rigidité. Produit accidentel d*une sorte « de tiraillement intestin, cet effet se manifestait d'une manière aussi capri- « cieuse que le retour des variations de température, propres à faire naître un 1 contraste très-prononcé entre Técartement moléculaire du dedans et celui de «c Tenveloppe superficielle. On conçoit aussi que, chaque petite fêlure nouvelle, « ou chaque augmentation d''une fêlure déjà existante, étant due à une tension « intérieure excessive, un certain nombre d'entre elles étaient nécessairement « suivies d*une série de vibrations assez rapides et assez fortes pour reproduire « dans la masse (qui, considérée en grand, était (Tailleurs parfaitement saine) a un son appréciable et prolongé (*}. »

C'est à une semblable cause qu'il faut, je pense, attribuer ce qui se passe sur des rivières ou des lacs gelés profondément, lors des changements subits de température. Voici ce que rapporte un voyageur anglais de la rivière de Saint- Laurent, profondément gelée dans un hiver rigoureux : « ....Les sons variaient « à rinfini.... un bruit sonore et ondulant semblait errer de point en point, « sans que l'esprit pût imaginer d'où il venait, et s'il était aérien ou sortait « de terre. Quelquefois il était pareil à un gémissement puissant, mais « étouffé; puis il s'enflait et s'élevait comme les accords de quelque gigan- « tesque harpe éolienne » {George Head, extrait dans le Globe^ 1830, 21 mars, p. 140}. On retrouve ici, à l'intensité près, tous les caractères de la voix de Memnon. M. Cordier m'a dit avoir entendu précisément la même chose en 1789 sur les fossés fortement gelés d'ime ville du Nord, au moment d'un changement subit et très-sensible dans la température.

(*) R Les cristaux du soufre natif offrent en petit un phénomène parfaitement analogue. * lA>r8qu'on élève brusquement leur température en les serrant dans la main, ils font «I entendre des craquements très-distincts, qui sont le produit d'autant de fêlures internes, t très-peu sensibles, mais qui, si Texpérience était souvent répétée, finiraient par altérer « la transparence de la matière, ainsi que sa résonnance. •

« et familiers dans les craquements sonores des barreaux d'un « gril à charbon (1). »

Ces théories se réunissent en un point qui, en effet, ne laisse pas de doute, c'est que le son était causé par une vibra- , tion de la masse du colosse j qui avait lieu le matin ; mais il est clair que cette vibration devait être d'autant plus forte que la surface avait été plus refroidie pendant la nuit, et que le soleil avait plus de force à son lever. Or ces circonstances sont de leur nature trfes-variables ; aussi voyons-nous que la force de la vibration, et conséquemment le timbre et l'intensité du son, variaient d'un jour à l'autre. Si le rayonnement avait été moins fort pendant la nuit, ou bien si le soleil se levait sur un horizon chargé de vapeurs^ le phénomène ne se produisait pas, ou il ne se produisait que quelque temps après le lever de cet astre.

Une circonstance importante, établie par la discussion historique, c'est que la voix a commencé de se faire entendre à Tépoque où la moitié supérieure du colosse a été brisée, et qu'elle a cessé quand il a été rétabli : cette circonstance trouve son explication dans la théorie physique. On conçoit en effet que cette vibration ne pouvait produire un son appréciable que si aucune solution de continuité n'arrêtait les oscillations de la masse vibrante ; et, pour cela, il fallait que cette masse, comme dit M. Gordier, itii parfaitement saine. Or c'est là une condition qu'il est à peu près impossible de rencontrer dans un bloc de brèche de cinquante pieds de haut. Il devait s'y trouver quelque fissure ou quelque veine qui interrompait la vibration. Le renversement de la partie supérieure du colosse du nord par un tremblement de terre nous a prouvé qu'en effet une fissure considérable le coupait entre le dossier et les cuisses. Aussi, tant qu'il fut entier, il ne rendit pas plus de son que le colosse voisin, de même grandeur, de même forme et de même matière, qui, étant toujours resté entier, a toujours été muet. Mais lorsque, vingt-sept ans avant l'ère

(1) As^iatic journal, 1832, décembre, p. 360.

chrétienne, le colosse du nord eut été brisé par le milieu, et la partie supérieure renversée sur le sol, il ne resta plus qu'une masse tout à fait saine. Quelque porte à faux, occasionné par les effets du tremblement de terre , empêchait probablement cette masse d'être juxtaposée dans toute sa surface avec le piédestal. Dans cet état, ébranlée le matin par la rupture subite de Téquilibre, elle rendit des sons plus ou moins intenses, selon la constitution atmosphérique. Cela dura deux cent trente ans environ. Au temps de Septime Sévère, on éleva sur la partie inférieure cinq assises d'énormes blocs de grès, pour remplacer la partie détruite. Elles formèrent une sourdine qui arrêta la vibration. Ce colosse alors redevint muet, comme il l'avait été depuis le règne d'Aménophis jusqu'au moment où il fut brisé, comme l'autre n'a jamais cessé de l'être.

Les voyageurs modernes se sont bien souvent rendus le matin auprès du colosse du nord, pour entendre de nouveau sa voix merveilleuse. Ils n'ont jamais rien entendu, excepté pourtant un seul (1) qui se flatte d'avoir entendu quelque chose (2). Mais on s'est demandé avec raison « comment, seul « entre tous les modernes^ il aurait entendu le colosse, qui, « pour tous les autres hommes, est condamné au silence (3)? » A coup sûr,, c'est une illusion. Il est maintenant certain que la voix memnonienne est éteinte. Pour la ranimer, il faudrait au moins qu'un autre tremblement de terre, renversant les cinq assises de pierre, remit le colosse dans l'état où il était lorsqu'elle faisait l'admiration des Grecs et des Romains.

(1) Sir Arthur Smith. V. Morgenblait, 1821, 119.

(2) Un Yoyageur a dit au général de Minutoli qu'il avait entendu un bruit le matin; mais il n'en répondrait pourtant pas {Heis'e zu dem Orakel des Jup. Ammon.f p. 262).

(3) Eus. Salverte, Sciences occultes, II, 361.

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