LIGNE VI
(15) SANAIKOr. La prononciation du A et celle du 0 étaient si voisines l'une de l'autre que l'on confondait souvent ces deux lettres : ainsi ErEPrETHAEIS pour ETEPFETH- ©EIS dans une inscription copiée par Burckardt en Nubie ; EYAHNIA pour ETeHNIA sur une médaille d'Agrippine, frappée à Alexandrie (Zoega, Num. jEgypt,, p. 21, n° 8; Mionnet, VI, p. 62, u* 182). Les papyrus grecs donnent constamment la même orthographe, Sxv^ixoG^ qui paraît avoir été la seule usitée en Egypte ; on la trouve aussi dans les ins-
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criptions de Palmyre, et jusque sur les médailles des Arsacides.
La date du 18 Méchir de Tan ix d'Épiphane répond au/ 27 mars 196 avant notre ère; ce jour était le 4 du mois macédonien Xandique; ce mois avait donc commencé le 34 mars. Or, cette année, la pleine lune est tombée le 29 mars ou le i 6 Xandique ; le 1" de ce mois se trouvait donc environ alors v le neuvième jour de la lune : d'où il suivrait que le calendrier ) auquel il appartenait n'étaitpas lunaire, à moins que ce mois ) ^?'^^ ne fût embolismique cette année ; en ce cas, le calendrier ma- j fg ^ cédonien aurait eu dans l'année* intercalaire un second Xan- ;il/, ., i^ / ''*
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dique, comme les Athéniens avaient un second Posidéon ; or, ce qui rend cette conjecture vraisemblable et digne de re- j '7 ^r^* cherches ultérieures, c'est que Xandique était, comme Posi-y /^ déon, le sixième mois de l'année.
Il est singulier que, dans ce décret, rédigé par l'ordre des prêtres égyptiens, le mois macédonien soit le premier, le 2> -Q mois égyptien le second ; mais plus encore que celui-ci porte seul une désignation, AiyuiTTiwv. II appartenait seulement à des Grecs de s'exprimer ainsi ; car il semble que des Égyp- ^ '. tiens devaient mettre en premier le mois dont ils avaient l'usage, et n'ajouter de désignation qu'au mois étranger : ils devaient dire : (xinvo; Mejr^elp oxTcoxaiÂescary) , 'EX^tqvcov ^è Exv- ^ ^ •' , 4 ^ * Âuoii TSTpaSi. Dans les autres exemples, qui me sont connus, de pareilles concordances, le mois grec est aussi le premier; il est vrai que ce sont dès Grecs qui parlent; l'un d'eux même est Ptolémée Alexandre.
Dans tous les exemples de doubles ou triples dates que nous offrent les inscriptions rédigées en Grèce, le mois qui est énoncé le premier est toujours celui dont fait usage la nation à laquelle appartient celui qui parle (Cf. Pranz, Elementa epigr. grœcœ^ p. 328). Il suffira de rappeler cet exemple tiré de la lettre de Philippe aux Athéniens (ap. Demosth., de Cor., p. 280) : ToO êvecTÛTOç ptrjvoç Acoou, wç ri\uX^ ayojjiev, d>; Se AÔYivaioi, BoYl^pOJiLlÛVO^
Il me semble que l'ordre suivi dans l'expression de cette
double 4ate est déjà un indice assez clair en faveur de Tidée que la rédaction grecque a précédé les autres.
Au reste, j'observe que ces doubles dates sont très-rares; la plupart des pièces connues, même écrites par des Grecs, sont datées d'après le calendrier égyptien ; quant à celles qui porteraient uniquement la date macédonienne, jusqu'ici je n'en connais pas une seule.
Il est donc certain que, de très-bonne heure, les Grecs laissèrent prédominer le calendrier égyptien, vraisemblablement à cause de sa simplicité et de sa régularité parfaite.
Un second indice de la priorité de la rédaction grecque résulte de la marche observée dans ce long protocole. L'enchevêtrement des parenthèses et l'accumulation des épithètes, évidemment tirées de l'usage égyptien, ne doivent pas empècher de reconnaître ici une grande régularité. Deux tournures sont employées par les Grecs dans les formules de ce genre ; ou bien ils commencent par la date, mais alors le nom du roi, mis au génitif, est le complément direct du mot erou;, comme erouç (qu L) BaaiWcoç IlToXejiL. >t. t. X.; ou bien, ils emploient le participe Pa(n>>euovTO; ou Pa<ji>>cuovTa>v ; et, dans ce cas, le participe est en tète et la date à la fin, après tous les titres du roi.
C'est cette seconde tournure qui se rencontre dans tous les protocoles grecs connus des Ptolémées. Par exemple un des
contrats cités porte Pa<7t>.6u6vT(dv xal erou; IB, i<f'
Upewç. . . . . (XYivoç Tuêl K8; l'autre contrat, ainsi que la stèle de Turin, et le protocole d'un papyrus de Leyde, offrent le même ordre, à savoir, 1* le participe, 2* les noms, 3** tous les titres et épithètes, 4"^ la date de l'année, 8° l'énoncé du sacerdoce, 6^ en dernier lieu, le nom du mois et son quantième. C'est exactement ce que nous trouvons dans notre décret, en dégageant les parenthèses : Badi^ciovro; toS vtou
riToXejiiaiou eTOu; B, êç' Uplcoç «.T/VÔ; Sav^ixou
A.... La tournure est parfaitement régulière et analogue à toutes les autres.
Cet ordre, tout grec, n'est pas celui de l'égj'ptien. Le texte
démotîque commence par la date. Il en est de même de tous les exemples démotiques au nombre d*une trentaine (de Psammitichus à Cléopâtre) cités par le docteur Young, d'après Champollion [Memoir of the life of Th. Young, p. 6-38). C'était donc là, à n'en pas douter, la tournure égyptienne, qui devait avoir été suivie dans le texte hiéroglyphique.
Ainsi, quel que soit celui des deux textes de notre inscription, le grec ou l'égyptien, qui ait été rédigé le premier, chacun des deux rédacteurs a suivi Tordre qui était usité dans la langue dont il se servait. Il n'y a donc rien à conclure de cette circonstance, pour la question de priorité.
Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que la forme générale est entièrement grecque; il n'y a d'égyptien que certains détails, tels que les épithètes et les titres officiels, calqués sur le protocole fies actes de l'époque pharaonique, selon l'usage constant de la chancellerie grecque, en Egypte.
(46). Il faut détacher le mot ^fi^p^a qui ne tient à rien dans la phrase. Dans aucun cas, ^f i<T{i(.a ne pourrait être le complément de eîwav, verbe qui n'a jamais de régime, en de semblables formules, et d'où dépend la conjonction êirei^io, qui suit.
C'est ici qu'il convient d'établir par une courte discussion la place réelle des faits de l'histoire d'Épiphane, que l'inscription sert à éclaircir.
L'époque de la majorité des Ptolémées a été fixée par les chronologistes modernes à l'âge de quatorze ans (Visconti, Iconogr. gr.j I, p. 239, ii, 2) ; mais seulement d après des considérations vraisemblables ; car aucun texte ne l'établit d'une manière précise. Polybe, sur lequel on s'appuie, dit seulement, en parlant de Ptolémée Philométor, que la cérémonie I appelée oêvaxXiQTiQpi<x, qui est celle du couronnement, avait lieu lorsque les princes étaient parvenus « à l'âge, » orav el; rfki^ xiav eXOcoaiv (XXYIII, 10, 8) ; et ailleurs, à' propos d'Épiphane (XYIII, 38, 3), il dit que ses tuteurs hâtèrent son couronnement par des motifs politiques, car « l'âge ne pressait pas encore » (oùJétcco ptèv tî;; y)^ixixç xaTeweiyojjiévr,;) ; tout ce qu'il
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en faut conclure, c'est qu'Épiphane n'avait pas alors atteint sa majorité ; ce que confirme Tépithète v^o; qui lui est donnée ici.
Mais quel était Tàge précis d'Épiphane à cette époque? Cette question n'est pas sans importance chronologique. Je crois qu'il était d'un an plus jeune que ne l'a pensé l'auteur des Annales des Lagides (II, p. 84), qui lui donne treize ans cinq mois et demi ; et de deux ans plus âgé que ne le pensait S. Martin, qui lui attribue dix ans et demi {Nouv. Rech., etc., p. 90).
Les généthlies (l'anniversaire de la naissance) d'Épiphane . se célébraient le 30 Mésori (1. 46) : il était donc né ce jourlà, qui, dans cet intervalle de temps, répondit du 8 au S octobre.
D'une autre part, le jour de son couronnement, le 17 Méchir, était celui où il avait succédé à son père (1. 47) : ev ^ xapeXaêev ttjv ^a^riXeiav 7:api toO icaTpoç. C'était donc à la fois le jour de la mort de son père et le premier jour de son règne.
De plus, selon saint Jérôme, Épiphane avait quatre ans à la mort de son père (m Daniel, p. 1134); et selon Justin^ il en avait cinq (XXX, 2, 4), relicto quinquenni ex Eurydice (Arsinoë) sorore filio. De la combinaison de ces deux passages, il résulte qu'Épiphane avait quatre ans révolus, et était dans sa cinquième année.
Enfin, c'est un fait établi que les règnes des Ptolémées (comme plus tard ceux des empereurs romains en Egypte) (1) se comptaient de manière que tous les jours, quelque petit qu'en fût le nombre, qui restaient, dans l'année de leur avènement, pour atteindre le premier Thoth suivant, comptaient comme la première année de leur règne. (Cf. Peyron, ad Pap. Taurin.^ p. 142.)
C'est sur ces principes qu'est fondée la table suivante.
(1) Recueil des Inscr. de CÉ^,, I, p. 287, 238.