OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES
' Richard Pococke est le premier voyageur qui ait eu l'idée de recueillir ces inscriptions. Malheureusement il ne put consacrer qu'une demi-journée à ce travail, qui, pour être fait avec tout le soin nécessaire, aurait exigé beaucoup plus de temps. Il n'est pas étonnant que ses copies soient souvent inexactes, et parfois si confuses, qu'elles défient la sagacité la plus perçante. 11 en est un assez grand nombre néanmoins qui sont à peu près irréprochables. Norden, après lui, a copié quelques-unes de ces inscriptions : mais on ne saurait le compter parmi ceux qui ont ajouté quelque chose d'utile au travail de son prédécesseur^ car le.petit nombre de fragments tronqués qu'il a recueillis fournissent à peine quelques variantes dont on puisse tirer parti. Les acquisitions nouvelles que la Commission d'Egypte a faites à cet égard se bornent à quatre inscriptions, dont trois assez courtes et de peu d'intérêt (1), la quatrième longue et intéressante, mais si mal copiée^ qu'on n'en avait pu restituer que quatre vers sur les dix qui subsistent encore ; le reste de celles que la Commis-
(1) Il ne faut pas imputer le fait à négligence. M. Coquebert 8*était chargé de les recueillir toutes ; mais ses papiers ont été perdus (Voy. Description générale de Thèbes, p. 213).
sîon a publiées se trouvait déjà dans Pococke ou Norden, M. Hamilton (1), peu après le départ des Français, copia aussi une quinzaine de ces inscriptions, dont trois ne sont point dans Pococke, et une manque dans Touvrage de la Commission d'Egypte.
Ainsi il est juste de dire que les successeurs de Pococke n'avaient ajouté à son travail que quelques variantes pour un petit nombre d'inscriptions, et seulement quatre inscriptions nouvelles. D'ailleurs ce voyageur conserve toujours l'avantage d'en avoir présenté l'ensemble dans l'ordre qu'elles ont sur le monument même ; car il est le seul qui ait eu l'idée de dessiner la partie inférieure des jambes du colosse, et d'y figurer toutes les inscriptions à la place que chacune'd'elles occupe. Or la connaissance de cette place n'est pas du tout indifférente à la détermination de leur époque ; et elle donne lieu à des inductions utiles.
Déjà plusieurs critiques se sont exercés sur les inscriptions du colosse de Memnon. Après Leich, Bouhier, Hagenbuch et d'Orville, Jablonski en expliqua un certain nombre, tant en prose qu'en vers, dans ses dissertations ou Syntagmata de Memnone : mais, peu familiarisé avec ce genre de critique, il ne réussit que médiocrement, quoique soutenu par ses prédécesseurs, dont, à la vérité^ les efforts n'avaient pas été couronnés d'un grand succès. Ce qu'on a écrit de mieux sur ce sujet est une Dissertation de M. Fr. Jacobs, insérée dans les Mémoires de F Académie royale de Munich pour l'année 1810. Si l'auteur avait alors connu la Description de t Egypte et les JEgyptiaca de M. Hamilton, il aurait pu rectifier quelquesunes des leçons de Pococke, et voir qu'en certains cas il s'en est trop écarté (2). Au reste, l'attention de ce savant critique-
(1) M. W. M. Leake aida beaucoup son ami en cette circonstance; et, si je ne parle que de M. Hamilton, c*est que son nom seul est mis en tète des JEgyptiaca.
(2) Pendant que mon Mémoire s'imprimait dans les Transactions de la Société royale de littérature, M. Jacobs reproduisait le sien avec des additions et quelques changements, dans la 4° partie de ses vermischte Schrifteîif intitulée : Abkandlungen ûber die Qegenstxnde des Alterthums, Leipz., 1830. Quoiqu'il ait
ne s'est guère portée que sur les inscriptions en vers, au nombre de cinq, qu'il a insérées ensuite dans ses doux éditions de \ Anthologie. Quant aux inscriptions en prose, il n'en a examiné qu'un fort petit nombre, dont Jablonski n'avait pas parlé ; d'ailleurs, comme le texte en était fort corrompu, il n'en a presque rien tiré.
Ce court aperçu suffit pour montrer qu'il était bien nécessaire qu'un voyageur prît enfin la peine de relever encore une fois^ en totalité, les inscriptions grecques et latines qui couvrent les jambes du colosse. Feu Sait, consul de Sa Majesté britannique en Egypte, se chargea de ce soin : et c'est un des derniers services que cet ami zélé de la science lui a rendus.
Les copies qu'il a fait prendre sont généralement plus exactes que celles de Pococke; et même, lorsqu'elles ne le sont pas davantage, sans doute parce que le mauvais état de l'original n'a pas permis de mieux distinguer les lettres, elles sont encore utiles, parce qu'elles tracent à la critique la limite des tentatives qu'elle peut se permettre. Quelquefois elles n'ajoutent qu'un trait ou deux, qu'un seul mot, à celles d e Pococke ou de M. Hamilton ; mais il n'est pas rare que ces légers linéaments donnent le mot de l'énigme. On aura une idée de^ secours que m'a fournis la comparaison attentive des nouvelles et des anciennes copies, quand on saura que, des cinquante-six inscriptions qu'a données Pococke, il n'y en a pas plus d'une dizaine qu'on ait lues un peu exactement; que le texte de toutes les autres a été plus ou moins amélioré ; et que plusieurs même se présentent sous un jour tout nouveau.
. Mais là ne se bornent pas les avantages des nouvelles copies. Elles nous font de plus connaître environ trente-cinq
au sous les yeux Touvrage de M. Hamilton et la grande Descnption de f Egypte, qu*il n*avait pas connus d*abord, il n*a que faiblement améliore son premier essai. J*}ndiquerai en note les changements qu*il y a faits, en désignant par les lettres D. M. son Mémoire dans le recueil de T Académie de Munich, et par les lettres ABH le volume des Abhandlungen.
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inscriptions que Pococke n'avait pas aperi;ues, ou n'avait pas eu le temps de copier ; et sur ce nombre, il y en a environ vingt-cinq d'inédites. D'après le soin qu*a mis à ces copies celui (1) que Sait avait chargé de ce travail, on doit croire qu'aucune inscription lisible ne lui aura échappé ; et l'on peut se flatter de posséder enfin la collection, aussi complète, aussi exacte que possible, de toutes celles qu'il est permis de discerner encore sur les diverses parties du colosse que le temps a respectées. Le travail de Sait ne laisse qu'un regret : c*est que ce savant consul n'ait pas songé à imiter Pococke, en faisant dessiner chaque inscription dans la place qu'elle occupe sur le monument. L'oubli de cette circonstance empêche que le travail de Pococke ait perdu tout son prix. J'avouerai qu'il m'a encore été fort utile ; que, sans les dessins de ce voyageur, plus d'un détail curieux me serait échappé, et même qu'il m'eût été impossible de résoudre la question ^ant débattue de la nature du singulier phénomène dont ces inscriptions constatent la réalité.
Il me reste à présenter quelques observations sur l'ordre que j'ai cru devoir adopter pour ces inscriptions, et le plan que j'ai suivi.
Ne pouvant les ranger d'après la place qu'elles occupent sur le monument, je les ai divisées en deux classes : celles qui portent des dates, et celles qui n'en ont pas.
Pour la première classe, qui comprend trente-neuf inscriptions, j'ai suivi uniquement l'ordre chronologique, mêlant les vers et la prose, le grec et le latin ; dans la seconde, au contraire, j'ai établi deux divisions, comprenant, l'une les inscriptions grecques, Tautro les inscriptions latines.
La célébrité de la plupart d'entre elles, les recherches dont elles ont été Tpbjet, l'usage qu'on a fait de quelques-unes pour éclaircir des points d'histoire ou de chronologie, ne m'ont pas permis de passer sous silence les efforts plus ou moins fructueux des critiques pour en restituer ou en expli-
(1) On m*a dit que c'est M. Linant, dessinateur habile et voyageur plein de courage et d'inlelligenee.
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quer le texte. Il fallait bien indiquer parfois à quel point ils étaient parvenus, pour qu'on pût apprécier les améliorations que recevaient des textes si souvent travaillés, et qui pourtant restaient presque tous à rétablir.
Il m'a paru également nécessaire d'indiquer les motifs sur lesquels se fondent les restitutions que je propose^pour mon-trer que la restitution de certains passages des plus altérés et presque méconnaissables est fondée sur une analyse exacte des éléments conservés, et n'a rien d'arbitraire ni même de conjectural. J'ai cru devoir encore faire ressortir les principales particularités, soit de langage, soit d'histoire, qu'offre chaque inscription, et Ton verra qu'il en est de fort curieuses. J'ai voulu ne rien négliger de ce qui était utile à l'entière intelligence de tous ces fragments, plus ou moins maltraités par le temps, et dont quelques-uns même pouvaient sembler à peu près inintelligibles. Il en est sur lesquels je n'ai presque rien dit; d'autres qui m'ont fourni le sujet de discussions détaillées et assez étendues. Les lecteurs instruits, et c'est pour eux que ce Mémoire est fait, sentiront facilement la cause de cette différence. J'espère qu'ils trouveront que l'interprète n'a pas été trop concis pour les uns, ni trop diffus pour les autres.