INSCRIPTIONS DATÉES
SECTION PREMIÈRE
Inscriptions antérieures au voyage de F Empereur Adrieri
à Thèbes. '
AINSIVLEIVS-TENAXPRIMIPILARISLEGXII FVLM8ïSiATAF:ETC-VALERIVSCPRlSCVSYLEGXXII ETL-QVINTIVSVIATOR DE CURloAVDIMVSMEMNONEM ANNO XI NERONIS IMP N XVII KAPRIL HOR
Publiée pour la première fois dans la Description de Thèbes d'après la copie de M. Girard (1) ; puis par M. Hamilton (2), dont la copie est plus exacte en quelques points. La lecture que j'en ai proposée dans les Recheixhes sur r Egypte (3), adoptée par MM. Orelli (4) et Jacobs (5), est confirmée par la copie de Sait.
A . Instuleius Tenax primipilaris legionis X 1 1 Fulminatœ et Caitis Valerius Priscus centurio Legionis XX II, et Luciits Quintius Viator decurio, audimus Memnonem, anno XI Neronis Imperatoris nostri, XVII kalendas apriles, horâ
La copie de M. Girard donne A. INS. JVLIVS; celle de M. Hamilton, AINSTVLEIVS. Il faut lire A. INSTVLEIVS. Ce nom est connu.
Les deux copies de M. Hamilton et de Sait portent claire-
(1) DescHpi. de VÈgypt., PL Ant., tom. V, pi. 55, no 31.
(2) jEgypt, p. 172.
(3) Pag. 355.
(4) Irucript. lat, sel. ampl. coll., n^ 517.
(5) ABH, S. 124,
<0i LA STATUE VOCALE DE MEMNON.
ment FVLMINATAE^ Je ne connais pas d'autre exemple où ce titre de légion soit écrit en entier (1). Les exemples connus (2) ne présentent que FVLMINAT. ou FVLM., et les lexicographes ne pensent pas que cette abréviation puisse être autre chose que FVLMIN ATRIX, nom uniquement formé par analogie avec fulminator^ car il n'y en a point d'exemple ; mais le titre grec xepauvofopo; que lui donne Dion Cassius (LV, 23), pour l'époque d'Auguste, signifie non qui lance la foudre, mais qui porte la foudre ; et cela se rapporte sans doute à la. figure tracée sur le bouclier des légionnaires (3). Le choix de ce symbole a pu tenir à quelque circonstance fortuite; par exemple, à la chute de la foudre sur la légion en marche ou campée, chute qu'on a pu regarder comme un signe divin, d'où la légion aura pris le nom de fulminata, fulminée, et celui de fulminifera (xepauvoçopo;), de l'insigne qui la distinguait. Ainsi, jusqu'à ce qu'une inscription de cette époque donne intégralement le nom FVLM IN ATRIX, Tépithfete FVLM IN AT A, écrite par un membre de cette légion, doit être considérée comme celle qu'elle portait réellement.
Notre inscription est la plus ancienne de toutes celles où ce titre de la douzième légion se rencontre. Elle confirme encore le témoignage de Dion sur l'existence d'une légion portant ce titre, dès le temps d'Auguste, contre la dénégation ' de Xiphilin, son abréviateur (4), qui le rapportait, ainsi qu'ApolIinaris dans Eusèbe (5), au prétendu miracle arrivé dans la guerre des Marcomans sous Marc-Aurële.
Il serait naturel de croire que le mot AVDIMVS est au présent; d'autant plus que la première personne AVDIO se lit dans l'inscription n"" XXXIY. Cependant, comme on
(1) Excepté dans la Notice de VEmpire (p. 232, Oenev., 1623); on y trouve Prxfectura Legionis; Fulmineœ Miletenœ.
(2) Gputer, 193, 3; 513, 2; 547, 6; 567, 10; 1090, 13. Reines, VIII, 32. Gud., 169, 1; 171, 5; 172,9; 184, 1, etc.
(3) Adr. Rupert. ad Flor., p. 343.
(4) Ex 1. LXXI, 9, p. 1183, Reim.
(5) HisL eccles,, V, 5.
trouve ailleurs ADIT ET HONORAVIT (IX) ; FECIT. CVM. A VOIT (XXXII), et six fois la première personne AVDI, pour AVDIVI (II, III, XVII, XXXIX, LXVIII, LXXI), il me parait bien probable que A VOIT et AVDIMVS sont pour AVDIIT, AVDIIMVS. \\x reste, cette dernière forme ne se trouve nulle part dans nos inscriptions; ce qui montre qu'encore au iV siècle on évitait en ce cas le double II, comme du temps de Cicéron.
La date répond au 18 mars de Tan 64 de J.-G.
TUits IVLIVS
LVPVS. PRarfecius KEÙxpti
AVDL MZMfionem
HORA. ?Kimd
PE/iciter
Copiée par Pçcocke, mais fort inexactement : curieuse par la forme cursive des lettres,
C'est le Julius Lupus dont parlent Josèphe (1) et Pline (2) : il avait succédé à Tibère Alexandre en qualité de préfet vers l'an 71 de J.-C. sous Vespasien (3). Il mourut peu après, et eut pour successeur Paulinus(4). Le voyage de ce préfet à Thèbes doit avoir eu lieu entre 71 et 72.
Les deux lettres FE pourraient être le commencement du mot FE[BRVARIAS], et à la fin de la ligne précédente il y avait peut-être les lettres K A L .ou ID . ou NON . Je crois cependant que féliciter est la vraie leçon. Au n" XXXVII, nous avons de même, AVDIVI. MEMNONEM. FELICITER.
De la copie de Pococke, M. Labus tire un T. MVSIVS.»
(i) BeU, Judaic, VII, 10, 4.
(2) XIX, i.
(3) Recherches sur i^ Egypte, p. 232.
(4) Joseph., BelL Judaic, /. /.
LVPVS, dont il place la préfecture sous Septime Sévère (1). Ce préfet n'a jamais existé.
SVEDIVS.CLEMENS PRAEF-CASTRoRVM AVDI.MEMNONEM II. IDYS. NOVEMBRES ANNOJII.IMP.N
Inédite. Suedius Clemens Prœfectus castrorum audi Memnonem, 1 1 1 tdtis novembres j anno 1 1 1 imperatoris nostri.
Il est question dans Tacite d'un Suedius Clemens primipilaire^ qui avait la confiance d'Othon, et qui fut chargé par lui avec Novellus, autre primipilaire, et iEmilius Pacensis, tribun militaire, d'attaquer la Gaule Narbonnaise (S). L'identité parfaite des noms rend bien probable que c'est le même que notre préfet de camp. L'an III ne convient ni au règne d'Othon, ni à celui de Yitellius ; mais il peut appartenir à celui de Yespasien : Suedius Clemens^ après la mort d'Othon, aura pu prendre parti pour Vespasien contre Vitellius. Il est ' tout naturel de lui trouver sous Vespasien un grade, /Vâ?fectus castrorum, auquel passaient parfois les centurions : Ru fus, diù manipularis, dein centurio, mox castris prœfectus (3). Dans cette hypothèse, Suedius Clemens aurait entendu Memnon le 11 novembre de l'an 71 de notre ère ; l'an III de Yespasien (4) ayant commencé le 39 août de cette année julienne.
* (1) Diun'epiffr. lat., pag. 137 et 152.
(2) Tacit., Hm^, I, 87; II. 12.
(3) Tacit., ilnno/., 1,20.
(4) L'an III ne peut se rapporter au règne de Titus, parce que ce prince mourut le 12 septembre de Tan III de son règne, environ deux mois avant Tépoque ici marquée.
LA STATUE VOCALE DE MEMNON. i07
On peut faire sur la date une remarque qui s'applique à toutes les autres inscriptions datées.
Cette inscription latine yorie Tannée de Fempereur régnant, et non Tannée consulaire ou le nombre de la puissance tribunitienne. Gela est contraire à Tusage suivi dans les inscriptions latines, et il n'en existe peut-être pas d'exemple hors de l'Egypte. On a donc évidemment suivi Tusage égyptien, de môme qu'aux n*»' I, IV, V, VII, VIII, X, XI, XXXIV. L'indication des consuls se trouve au contraire dans les n~ IX, XVI, XX, XXXI, XXXVII, et dans les n~ XVII et XXXII; mais il est remarquable que les cinq premiers numéros appartiennent à des préfets dt Egypte; un seul de ces préfets (n* XI) s'est écarté de Tusage romain. Quant aux inscriptions grecques, il n'y en a pas une, quoique tracée par des Romains, où non-seulement Tannée, mais encore le quantième, ne soient exprimés à l'égyptienne.
Il est donc clair que généralement les Romains en Egypte ont suivi à cet égard Tusage égyptien ; la raison n'est pas difficile à trouver : d'une part, les changements consulaires ne leur étaient pas toujours connus à temps ; de Tautre, ils étaient entourés de gens qui ne se servaient que des années de l'empereur, les seules qui fussent employées dans tous les actes publics ; Tusage de ces année;» était facile et exempt de chances d'erreur, parce que leur coilimencement était rattaché invariablement au premier thoth de chaque année, quel que fût d'ailleurs le jour où Tempereur était monté sur le trône. Les personnes revêtues d'un haut caractère politique, comme les préfets d'Egypte, ayant sous les yeux les actes émanés de Rome, où les noms des consuls étaient indiqués, se conformaient naturellement à Tusage administratif romain. L'emploi des années impériales en Egypte étant conforme à Tusage égyptien, il est raisonnable d'admettre que ceux qui l'ont suivi ont compté les années du règne à l'égyptienne, et non selon la méthode des anciens chronologistes, d'Ëusèbe entre autres, qui comptent les années impériales à partir du commencement effectif du règne. C'est pourquoi, toutes les
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réductions qu'on trouvera phis bas des années impériales en années juliennes seront établies sur Thypottiëse que ces années partent du premier thoth (29 ou 30 août julien) de Tannée fixe alexandrine; et nous prendrons pour première année de Tempereur Tespace qui s'est écoulé, quelque bref qu'il soit, entre le jour précis de son avènement et le 29 ou 30 août de cette année.
Je dois encore signaler une particularité : toutes les inscriptions grecques datées le sont sans exception en années impériales et en mois égyptiens ; toutes les inscriptions latines, même celles qui portent les années impériales, sont datées selon le calendrier romain. Cette règle est observée non-seulement dans les inscriptions memnoniennes^ mais encore dans toutes les inscriptions découvertes en Egypte.
Il semble pourtant que la différence seule de la langue n'en devrait pas faire dans l'énoncé de la date. D'où vient que, lorsqu'un Romain écrivait en grec, il se servait du calendrier égyptien ; et en latin, du calendrier romain, tout en adoptant la manière égyptienne de compter les années ? Je ne vois pas encore bien nettement à quoi tient cette différence.