LIGNE VIII
(18) Il est singulier que le temple oh venaient se réunir tous les prêtres de l'Egypte, ne soit pas désigné ici et plus bas (1. 44), autrement que d'une manière absolue, êv tû êv Mlfjkfei Up<i^, comme qui dirait, dans le temple par excellence. On a toujours pensé, avec une grande apparence de raison, que c'était le temple de Phthas d'après l'épithète du roi, a chéri de Phthas »: mais^ alors, il était d^autant plus nécessaire de le désigner clairement , qu'à cette époque , le temple par excellence, à Memphis, devait être le Sérapiéum. Moins de quarante ans après, sous Philométor, nous voyons ce Sérapiéum, désigné dans les papyrus par les mots analogues tô izfoç (ou £v) MepLçet Ifipov ou pt-éya SapaTTieiov. C'était un vaste ensemble qui contenait, outre le Sérapiéum proprement dit, TApiéum ('Airieiov) , où Apis était adoré, l'Astartiéum .('AcTapTieiov), dédié à la déesse phénicienne Astarté; TAnubiéum ('Avouêieîov), l'Aphrodisiéum, ou temple de Vénus, etc., ayant chacun leurs prêtres et leur culte particulier, mais soumis tous
à une administration générale dans la main du gouvernement.
D'une autre part, le temple d'Apis ou 'Atcwîov fut construit, par Amasis, dans Tenceinte du temple d'Héphaestos ou de Phthas (Hérod. II, 1S3); et comme le Sérapiéum contenait TApiéum, au temps des Ptolémées, la conséquence serait que le temple de Phthas s'y trouvait aussi renfermé.
Il semblerait donc que ce temple par excellence doit être le Sérapiéum qui formait une espèce de Panthéon des dieux égyptiens et étrangers.
Mais alors pourquoi le grand Sérapis , dont le culte avait acquis à cette époque tant de développement, n'est-il pas nommé une seule fois dans toute l'inscription? Pourquoi n'y trouve-t-on qu'Osiris et Phthas, Hermès, Horus, Apis et Mnévis; tandis que, dans les nombreux papyrus memphitiques^ du temps de Philométor, les quatre premières divinités disparaissent entièrement pour faire place à Sérapis, Anubis, Astarté, Aphrodite (Athor)? Il y a là matière à des recherches ultérieures.
Autre singularité : tous les textes s'accordent à établir que "HtfOLitjToç est le même que 4»6aç, ou du moins que les deux mots ont toujours été censés se rapporter à la même divinité; en ce sens que toutes les fois que les Grecs voulaient rendre en grec le nom égyptien *9aç, ils employaient le nom ''HçaiffTo; (cf. Jablonsky, Panth. Mqypt,, I, p. 46, sq.); car, au fond, il n'y avait rien de commun entre Vulcain et Phthas; ce n'était là, qu'une similitude de nom, comme entre Neitha ou Neith et Athéné (dans l'ordre inverse Netha) , entre Apis ou Apévé et Epaphus (Herod. II, 153), etc., dont ils identifiaient aussi les noms. Mais on nomme à la fois HéphdBstos et Phthas (lig. 3) , ôv eWijxaaev *'HçaicTo; et 7)yainQp5,£vo; Owo tou *0a; ce qui suppose que ce sont deux divinités différentes (S. de Sacy, lettre au citoyen Chaptal, p. 23, 24). La contradiction n'est peut-être qu'apparente. C'est dans un seul endroit du préambule (1. 2 et 3) que se trouvent les trois noms grecs de divinités, à savoir ^'HçaidToç, ''HXio; et Zciç. Partout
ailleurs, on ne voit que des noms égyptiens, sauf Hermès qui était reconnu pour identique avec Thoth ; et c'est aussi dans cet endroit, que se montre surtout le mélange d'hellénisme et d'égyptianisme. Héphaestos est bien ici le dieu grec, le dieu du feu (n. 9) ; tout différent du Phthas égyptien, qui n'a nul rapport avec le feu. On parle ensuite de Zeus et non pas d'Ammon (quoique Ammon soit dans le texte égyptien), de Zeus, le dieu grec dont les Ptolémées se flattaient de descendre, du côté des hommes par Hercule fils de Zeus, du côté des femmes par Dionysus fils du même dieu (v. Inscr. Adulit., ap. Chish., p. 79); on parle enfin du Soleil, *'HXioç, et non de Phré. Ainsi, pour Héphaestos , comme pour Zeus et Hélios, les noms grecs se montrent seuls, et disparaissent ensuite. La religion grecque parait donc au moins cette fois dans l'inscription, et c'est à l'endroit même où les formules du protocole annoncent les souvenirs de l'ancienne patrie.
Ce couronnement des rois , et les grandes solennités célébrées dans cette occasion, avaient lieu à Memphis, en vertu d'un antique usage , comme le dit le scholiaste de Germanicus... a in templo iËgypti Memphis mos fuit solio regio décorari reges qui regnabant » (p. 71, éd. Buhle), oîi nous voyons l'expression absolue «in templo Memphis» (pour Memphidis), comme dans l'inscription ev tû h Mejxf ei Up$. S. Jérôme se sert d'une expression analogue, quand il dit d'Antiochus lY, « ascendit in Memphim et ibi ex more iEgypti regnum accipiens», etc. [in Daniel., -p, 1128, éd. Paris.); Diodore de Sicile dit aussi d'Évergète II, IlTO^ejjiaîou tloltol t7}v MejAÇiv gv6povi2^o(/.évou.... xarà Toù; AiyuxTiwv vofxou; [Fragm, lib., XXXIII^ p. 83, T. X Bip.). Cet antique usage tenait à ce que Memphis, depuis des siècles, était restée un des principaux centres religieux de l'Egypte. Aussi, Alexandre ne manqua pas de se rendre dans cette ville et d'y sacrifier à tous les dieux qu'on y adorait, sans oublier Apis (Arrian., III, 2, 8). On ne peut douter que ce prince, par l'effet d'une sage politique, n'ait voulu rendre cet hommage au culte alors le plus vénéré de l'Egypte, et que ses successeurs, en conservant à Memphis l'honneur du cou-
ronnement des. rois ,- n'aient eu Tintention de suivre son exemple. On trouvera dans mon ouvrage inédit sur Je calendrier égyptien une preuve évidente de l'importance religieuse que, dès les plus anciens temps, Memphis avait acquise, et qu'elle conserva jusque sous la domination romaine.