LIGNE XVII
(33) Autres avantages accordés aux prêtres. Chaque année, les députés des collèges étaient obligés de venir à Alexandrie; voyage pénible et coûteux. Épiphane les en dispense. Pour diminuer les difficultés qu'on a vues dans ce passage (Dnimann, p. 167), il suffit d'admettre, ce qui est d'ailleurs si vraisemblable en soi, qu'il ne s'agit pas ici de tous les prêtres de rÉgypte, mais seulement de députations. Or, il semble naturel que les divers collèges fussent astreints à envoyer annuellement des députés pour traiter des affaires communes & l'ordre sacerdotal; et c'est ainsi que jadis tous les nomes envoyaient au labyrinthe des députés qui traitaient des affaires générales du pays (Strab. XVII, p. 8H),
L'expression toi»; U tûv iepôv êôvûv est assez remarquable. Pourquoi n'a-t-on pas dit simplement toù; U 'cûv xaTot r^v j^wpav Ifipûv (comme 1. 36)? A quoi bon ces mots Upûv èôvûv? et que signifient-ils? Le voici, je pense :
Tôvoç veut dire aussi bien en grec classe, ordre de personnes (eOvoç Upfcwv, ^Y)|jLioiipyûv, etc.), que tribu et nation. Dès lors, Upà êOvY) désignera, soit les prêtres de l'Egypte, divisés par provinces ou nomes, lesquels auraient envoyé chacun une députation séparée à Alexandrie, soit les prêtres divisés par classes, à savoir ceux qui, dans toute TLgj^pte, desservaient le culte de telle ou telle divinité, à titre de grands prêtres, de prophètes, de stolistes, etc.
De ces explications, la seconde me parait être la seule conforme à rénumération faite plus haut (note 17). Il est probable que l'on voulait faire délibérer leurs corporations diverses sous les yeux do l'autorité, et soumettre leur gestion ou leur conduite à un contrôle exercé par quelque pontife supérieur
résidant à Alexandrie. Une inscription du temps d'Adrien fait mention en effet d'un L. J. Vestînus, apyiepeu; 'A>.8$avJpcia(; xai AiyuTTTou iraoTQç (V. tclq^ Recherches, etc. p. 281). Quoiqu'on ne trouve rien de tel pour l'époque alexandrine, comme il est établi, par une multitude de preuves, que les Romains n'ont presque rien changé à l'administration ptolémaïque, il devient très-probable que ce grand prêtre de toute l'Egypte existait déjà sous le règne d'Épiphane ; ce qui expliquerait de la manière la plus satisfaisante le motif de ce voyage annuel, dont Épiphane consent à affranchir les prêtres, peut-être parce que l'expérience avait montré qu'elle était une corvée pénible sans avoir d'utilité réelle. Ses successeurs ont-ils maintenu la suppression ? On l'ignore.
Je ne dois pas dissimuler que, selon Champollion, Tégyptien dit seulement, dans l'endroit correspondant à to'jç II t. l. 6. « ceux qui sont dans les attributions des temples ». Il y aurait donc une différence dans le sens des deux textes ; mais encore une fois^ le grec serait le plus complet, et présenterait une idée de plus que l'égyptien. Nouvelle raison de croire que celui-ci n'est qu'une traduction de l'autre .
(34) KaTaTT^ou; (6) est le mot consacré pour exprimer le voyage en descendant le Nil, comme les verbes >taTa7c>.etv, xa- Tayeiv et xaTxêaivetv. Je trouve, dans un papyrus du Louvre, €t; r/iv •ïr6>.iv xaTaw^eiv, pour dire « se rendre à Alexandrie »; et, dans un autre, staTaTrXciv irpoç tov jSaejtXfo. L'opposé est âvaTrXeiv, àvayeiv ou àvaêaiveiv. (Strab., XYII, p. 799. — Inscr. Memnpn. N*» LUI.)
(35) Ei; TYîv vaureiav. La forme vaureia est jusqu'ici inconnue. Le sens est pourtant assez clair, celui qu'on exprimait ordinairement par et? to vauxixov ou Ta vauTixà, ou fiJç tûcç vau- Tt5cà; XP"*^> comme s'exprime Polybe. Weston croyait que le mot (PjXkri^iq signifie ici quelque chose de semblable à la presse des matelots, en Angleterre. M. Drumann observe avec raison que l'usage d'une presse, parmi la caste sacerdotale, est contraire à l'esprit de l'antiquité. Le mot wiXkri^iç, comme ey>iQ^i<; (rfiç vtTpixTîç) dans les papyrus, doit avoir un sens analogue à
<?jvTaçiç, et s'entendre d'une espèce de contribution, soit en argent, soit en nature (cordages, voiles, etc.), pour le service de la marine. Sans doute, laffranchissement ne concerne que les temples, dont il est uniquement question ici.
(36) Après <niVT8Xou(jievcov, on s'attendrait à voir uico ou ex • Ttov Upûv. Le rédacteur a dit de même, 1. 28, ri év toî; Upoîç ôç£i>.6;xeva, pour ûtto twv Upwv oç. On trouve quelque chose d'analogue dans cette expression de Démosthène : èv Tatç eIgçopaîç (pour ix twv ewçopûv) duvre^oucrtv eiç tov ttoXciaov (m Leptin. p. 465, 33, R.). Mais le sens est dilTérent.
(37) Selon Champollion, l'égyptien dit seulement « les portions », et non a les deux tiers ». Il y a donc dans le grec une idée de plus, celle de quantité. Or, ce n'est pas là une chose que l'on ajoute. Il est donc permis de voir, dans cette différence, un nouvel indice que le grec n*a pas été traduit de l'égyptien; mais, au contraire, que l'égyptien a été traduit du grec par un scribe qui a passé le mot deux, ou qui n'a pas compris la locution ^*^o [AEpTj.
LIGNE XYIII.
(38) La question si débattue de la nature du Byssus paraissait résolue parles recherches du chimiste Rouelle, de Forster, de Larcher et d'autres savants. Il était à peu près reconnu comme certain que le Byssus est le colon ; mais des observations microscopiques très-délicates, faites par MM. James Thompson et Bauer, confirmées par M. Dutrochet, viennent de prouver que les filaments textiles du lin et du coton se distinguent par un caractère particulier qu'il est impossible de confondre ; ils ont constaté que les toiles et tuniques qui servent à envelopper les momies, sont du lin, et non du coton; or, comme Hérodote (II, 86) dit expressément que les momies étaient enveloppées avec des toiles de Byssus, il s'ensuit que le Byssus devait être du lin. [Comptes rendus de l'Acad. des Se. ann. 1837, p. 739-742. 1" semestre.)
Le mot Pucio;, qui est étranger à la langue grecque, ré-
pondrait au aivov des Grecs, dont il indiquerait une espèce plus fine et plus délicate. Ceci peut-être nous expliquerait la glose du lexique de Cyrille : oOovia, \}(fia[f.0LT0L ^eTTrorara. Dans les papyrus grecs de Memphis, où le mot ôôoviov se rencontre vingt fois, il est toujours seul; jamais Tadjectif puaaivov n'y est joint; d'où l'on pourrait induire deux choses : l** que cet adjectif était nécessairement sous-entendu, ou, en d'autres termes, que l'oBovtov était toujours censé (Suadivov ; 2° que ces ôBovta étaient des pièces d'étoffe d'une grandeur connue ; autrement on aurait dit quelle était leur dimension.
Il en est de même* des aiv^ove; qui, dans ces mêmes papyrus, sont toujours distingués des oOovia, et quelquefois suivis d'une évaluation, mais sans indication de la grandeur.
Il sera nécessaire de reprendre et de discuter tous les textes, en partant du fait curieux constaté par M. Dutrochet. Mais cette discussion no peut trouver place ici.
La suite montre que ri êyX€Xei|i.|jiéva désigne, non en général ce qui a été négligé, mais tout droit, au profit des temples, dont on avait négligé la perception.