‹ Œuvres choisies de A.-J. LetronneChapitre 81 sur 152 · LIGNES XIX, XX · texte numérisé non relu

LIGNES XIX, XX

(41) ...Toùç xaTairopeuofXEvouç — xaTe^Oovraç ; ces deux participes se rapportent à la même idée , celle d'émigrés rentrés. Le premier, au présent, donne l'idée générale des gens rentrés au pays, et le second, à l'aoriste, exprime l'idée particu-

Hère relative aux biens ; on aurait pu la rendre ainsi : xare^- 66vTx; ei; ri; t^ta; xnfidei;, pLÉvetv é-tt* a»jTwv.

(42) Ce passage important est un de ceux qui n'ont point été compris. D'abord, l'article rr.^ devant '^oL^oLy'h>fy mis d'une' manière absolue/ nous indique qu'on a voulu désigner certains troubles, à l'exclusion d'autres. On disait : oi xarà tyjv Tapa/7)v xaipoi, comme nous disons : A l'époque de la Révolution. Ce sont de ces termes qui, bien que vagues en euxmêmes, ont pour les contemporains un sens précis et déterminé.

Quels événements sont désignés ainsi? Tout le monde a cru (Drumann, p. 174, 175) qu'il s'agit de la révolte dont il va être question aux 1. 2â et suiv., de celle qui a été suivie de l'occupation et du siège de Lycopolis. Mais comment aurait-on interverti à ce point l'ordre des faits? Pourquoi parler du retour des exilés, avant d'avoir dit un mot de l'événement qui a causé leur exil? Sans nul doute, les prêtres veulent parler d'un événement antérieur. En effet, le grand papyrus de Turin fait mention du trouble, */) rapa^^io, qui eut lieu sous Ëpiphane, dans la partie de l'Egypte au-dessus de Thébes, et qu'il indique en ces termes : « (l'adversaire convient) que son père « s'est rendu, avec d'autres soldats de Diospolîs, dans la partie « supérieure, lors du trouble survenu sous le règne du père M des rois (Philométor et Évergète), le dieu Épiphane »; tov lauToO TcaTÉpa (xiTii^ôai ex ttîç Aio<7776>.fi(o; tteô' étepwv (rrpaTicoTÔv el; TO'jç avw tottou; év tt) yevo(jLevy) TAPAXH cm toD -irarpo; tôv PaciXswv, OfioO 'Emçavouç (Papyr. Tatir. i, p. 8, 1. 27-29). Le calcul des temps (âva>.oyi^ojjt.évcov tôv jrpovwv) que fait l'avocat prouve que ce TAPAXH avait eu lieu, ou du moins s'était terminé l'an l" du règne d'Épiphane ; car il compte 88 ans entre cet événement et l'époque où il parle (à savoir les 24 ans d'Épiphane, les 3B de Philométor, et les 29 d'Évergéte), d'où il résulte nécessairement que le trouble avait commencé sous le règne de Philopator, puisqu'il se termine la première année de son fils Épiphane. On a soupçonné que l'avocat recule un peu trop l'événement. Je ne vois pas de raison poui* s'écarter

INSCRIPTION GRECQUE DE ROSETTE. 30o

d'un témoignage aussi précis. Que ces troubles eussent commencé sous Philopator, c'est ce dont il n'est pas possible de douter, puisqu*à la ligne 27 de notre décret, il est parlé des chefs de ceux qui s'étaient révoltés sous le règne de son père, Tôv aTTOGTavTwv iizï Toj éauToG irarpo;, et dont la punition exemplaire eut lieu à Tépoque de son couronnement.

On voit donc que les troubles, commencés sous Philopator, furent apaisés et les coupables punis la première année d'Ëpiphane; ce fut l'un des premiers actes de son règne.

La punition ne fut pas la même pour tous ceux qui avaient pris part à la révolte.

Les simples particuliers furent bannis, tant les gens de guerre, (xàyipi, que les autres (o[ a^Xot). Après un temps qui n'est pas indiqué, ils furent rappelés {>caTairop£u6(Aevoi) et rentrèrent dans leurs biens, dont on leur garantit la possession (jAévevv im tûv iStcov xTYxifiwv).

Mais ceux qui s'étaient mis à leur tète, et les avaient entraînés, ne furent point relâchés; on les garda en prison, et leur punition définitive fut remise au moment où le roi se fit couronner à Memphis : TcàvTa; cjcoXaaev xa6v)5c6vTfi);, xa6' ôv xaipov X. T. 'X. (l. 28).

Il y a donc entre tous ces faits une liaison évidente. Le papyrus et le décret s'expliquent l'un par l'autre. Lors do la rédaction de celui-ci, l'événement était si voisin, que tout le monde entendait, sans plus d'explication, le mot y; Tapa/jo, le trouble; mais, lors du procès exposé dans le papyrus, environ quatre-vingts ans après, il était nécessaire que l'on expliquât le mot, pour éviter toute équivoque : d'autant plus que, sous le règne du prince qui régnait alors, il y avait eu aussi des troubles (êv toîç ttîç xapaj^viç xpovoiç, Papyr, of the Brit. Miis., II, 1. S), avec lesquels on aurait pu confondre ceux dont parle l'avocat.

Ainsi, en combinant ces témoignages, on connaît à la fois la nature et le théâtre de l'événement.

L'un nous apprend qu'il s'est passé dans le pays au-dessus de Diospolis (eJç toùç avw tottou;) ; par conséquent tout près de T. II. 20

la frontière de rEg}^pte. C'était probablement une de ces révoltes auxquelles prenaient part les corps de troupes, ^uvifui;, stationnés dans cette région extrême. En effet, le papyrus parle des soldats qui y prirent part; et le décret, des (jLa;^t(ioi, gens de guerre, qui furent bannis à la suite de Tévënement.

(43) npoevor,Ô7) ^à xai. L'ordre chronologique est bien suivi. Après ces troubles, apaisés la première année d'Épiphane, le décret arrive à un événement postérieur de trois ou quatre ans, à la guerre d'Antiochus contre l'Egypte, et d'Épiphane contre la Syrie. Scopas, en 200, marcha à la tète d'une armée et soumit toute la Judée (Polyb. ap. Joseph., A. /., XII, 3, 3) pendant l'hiver de cette année. L'année suivante, Antiochus reprit sa revanche; il battit Scopas à Panium et recouvra la Syrie (Id., ibid.; — cf. Champ. Fig. Ann, des Lagides, II, p. 97-99)!

C'est cette guerre, dont le théâtre fut hors de l'Egypte, que désigne l'expression é^arocTa^ôaiv, qui s'entend d'envois au dehors, et toùç èire^OovTaç etcI t. Aty., qui annonce que les ennemis se sont avancés contre l'Egypte; mais non pas qu'ils y sont entrés. Antiochus, en effet, à la suite de sa victoire sur Scopas, n'avait point dépassé Gaza. Je fais cette remarque ^pour montrer quelle propriété d'expression distinguo, en général, la rédaction du décret.

LIGNES XXI, XXIL

(44) IlapayevojiÊVoç eiç. Ce verbe ne signifie pas s'approcher. C^est encore le mot propre dans le style alexandrin , aussi bien que rapaT.afAêivetv, pour dire « se transporter dans un lieu ». On le retrouve plus bas (1. 27 et 28). Aux exemples cités par M. Drumann (p. 176), on peut joindre l'inscription de Busiris (1. 28, Rech.p. s. à l'hist, de l'Egypte, p. 392), celle des Sigéens (1. 12, ap. Chishull, p. 51) et plusieurs passages des papyrus grecs.

(45) L'article tyiv (ev tû B.) indique assez qu'il y avait plusieurs Lycopolis. Les géographes anciens en comptent deux:

celle de la haute Egypte, à présent Syout, et celle du Delta, placée par Etienne de Byzance, dans le nome et près de la branche Sébennytique, nome limitrophe du Busirite. Cette différence ne nous oblige point à supposer l'existence d'une troisième Lycopolis ; elle est seulement une preuve que des changements sont quelquefois survenus dans la circonscription des nomes. J'en ai cité ailleurs des exemples [Trad, fr, de Straboriy t. V, p. 364 et 376; — Rech. p. s. à fhist. de tÈgyptey p. 84).

(46) KaT£t^7)(jt.jjLév7). Ce mot indique que Lycopolis ne s'était pas révoltée d'elle-même, mais que les rebelles s'étaient emparés de cette ville, en en chassant les autorités royales et les habitants {Thés. gr. Ling., t. IV, p. 1H6, D.). Une fois maîtres de la place, les rebelles s'y étaient fortifiés; ils y avaient réuni toutes les munitions nécessaires, et, comme la révolte durait depuis très-longtemps, ils avaient eu tout le loisir de faire les préparatifs nécessaires.

Ce membre de phrase, esc tcoXXoO ypovou (xuve(rry)X'jta; Tîn^ àXXoTpioTTjToç, a une importance chronologique. En Tan 8, il y avait déjà très-longtemps que la révolte durait : ce trèslongtemps, êx TçoXkoij xpo^Q'Jî s'entend au moins de quatre ou cinq ans. Épiphane, ou ses tuteurs, y avaient mis de la longanimité ; mais sans doute ils ne pouvaient faire autrement. Les rebelles avaient profité des embarras de la guerre de Syrie (vers 202), espérant l'emporter à la faveur de cette diversion puissante. Ce ne fut que cinq ou six ans après que le gouvernement égyptien put songer sérieusement à étouffer ce foyer d'insurrection.

LIGNE XXin.

(47) Le composé cuvayôeiciv aurait pu suffire comme ci-dessus (1. 8); mais on a voulu ajouter à l'idée, et faire entendre que le rassemblement avait été successif, et s'était grossi de jour en jour de nouveaux arrivants.

Le terme àdeêeti; s'explique par ce qui suit : des gens qui

n'avaient pas respecté les temples nç pouvaient être que des impies.

(48) Tyjv ivaêactv (jLeya^iQv 7coiY)<y. Il est probable que le graveur a oublié de répéter Tarticle devant (xeya^Yîv ; cependant on a pu s'en passer, (Jt^ya^vjv étant pris comme qualificatif. L'inondation était ou trop faible (è^aTTwv), ou moyenne ((leero); ce qu'on appelait aussi Siîcaia [i^x^oLm^)^ justiim incrementum [Rech, p. s. à Fhist. de l'Egypte, p. 396), ou enfin grande ((Jt.eyà^Tî, (xetJ^wv), c'est-à-dire au-dessus de la mesure nécessaire pour une bonne récolte (Strab., XVII, p. 787, 788). Si Ton avait voulu parler d'une inondation ordinaire, on aurait dit simplement t-ov àvàê. tcoiyxj. On veut dire que le Nil, habitué à inonder les terres (eiôwjievo'j xarax^. x. t. X.), avait eu cette année une grande crue.

Page 1