LIGNE XXV
(50) Ce que le rédacteur appelle TroTa[jLot, fleuves, doit être tant les canaux creusés de main d'homme, les opuj^ôévre; tco- Tapi de l'inscription d'Adulis (ap. Chishull, p. 80), spéciale-
INSCRIPTION GRECQUE DE ROSETtE. 309
ment désignés par ^icopuye;, que les embranchements naturels qui se remplissaient d'eau, lors de Finondation. On trouve déj& le même sens dans Hérodote (II, 93, init.); la vers^oa grecque d'Ézéchîel le présente également (XXX, 12), ainsi que les papyrus grecs (Peyron, I. p. 90). Strabon donne aussi le nom de irorap; au canal dérivé à Héliopolis (XVII, p. 805); celui qui portait & Â.rsinoé par les Lacs amers s*appelait IIorapç nTo>e[jLaïx6ç, en latin Amnis Piolenveus (Diod. I, 33 fin. — Plin. VI, 33).
(51) Je ne crois pas qu*on ait bien compris les opérations de Ptolémée Épiphane détaillées dans ce passage. Voici, je pense, en quoi elles ont consisté : Le roi avait mis le siège devant la ville (âvrixaflifra;), assez longtemps avant l'époque de la crue, pour espérer de prendre la ville avant que l'inondation vint troubler ses opérations. En conséquence, il l'avait entourée d'une circonvallation , TrepiTeij^Kjjio;, formée, selon l'usage grec, de fossés (ra^pdiç), avec leur talus intérieur ()rw|jLaai), et d'un contre-mur désigné ici par le mot rtv/ta. Mais le siège fut plus long qu'on ne l'avait pensé. L'inondation allait survenir. Pour parer aux inconvénients qui devaient en résulter, le roi s'occupa de retenir (xar^jj^ev) le fleuve, en fermant les bouches des canaux par des digues qui empêchassent les eaux de pénétrer dans le camp, lequel, placé audessous du niveau de l'inondation, s'en trouvait cependant préservé, formant une espèce de polder. Mais, comme les assiégés ou leurs partisans n'auraient pas manqué de couper les digues, il les fit garder par des corps do cavalerie et d'infanterie. De cette manière, le siège put continuer. La ville fut prise d'assaut (xarà xparoç), en peu de temps (èv àliyiù j^povw), c'est-à-dire peu de temps après l'exécution de ces travaux.
(52) Polybe rapporte une circonstance peu honorable pour le roi, et que les rédacteurs du décret, par une réserve prudente, ont passée sous silence. Il nous apprend (XXI, 19, i, éd. Didot) que, lorsque Épiphane vint mettre le siège devant Lycopolis, ceux qu'il appelle Xv^vaçrav tôv Aiyu^Ticov, chefs
'des Égyptiens (probablement les chefs politiques des nomes), qui s'étaient révoltés contre le roi, effrayés de cette démarche vigoureuse, vinrent se remettre en ses mains, se conliaDt à sa bonne foi, e^wxav cçà; aùroi»; ei^ rnv pa<7i>.£<o; i7i<7tiv. Celuici les traita fort mal ; ce qui Texposa à beaucoup de dangers par la suite (olç xaxôç éj^pYiGaTo, xai el; xivXtîvouç ito^Xoù; evaréçev). L'inscription ne dit rien de cela; on n'y fait mention que du siège même, et de la prise d'assaut de la ville dont la garnison tout entière fut passée au fil de l'épée.
Les dangers dont parle Polybe, comme d'une suite de la cruauté ou du manque de foi d'Épiphane, se présentèrent plus tard. Quelques-uns des dynastes, épargnés par le roi (oittcs îjGav eTi ita(7(û^6(jLevot), Athinis, Pausiras et Ghesouphos (noms égyptiens), se révoltèrent encore quelques années après. Polycrate en vint à bout (toùç àTcoaràvTaç e)^£tp(o<yaTo) ; ils furent obligés de se rendre et de se confier, comme précédemment les autres, à la bonne foi d'Épip];iane, qui n'y resta pas davantage fidèle, puisque^ en dépit de ses promesses, il fit écarteler ces chefs (xal ^Tjaaç toiiç âvGpcoirouç yujJLvoùç tclIç à|xi- Çai^ elXxe).
Ce dernier fait se passait bien longtemps après le siège de Lycopolis, Épiphane ayant alors vingt-cinq ans (en 184 avant J.-C).
LIGNE XXVL
(83) Ce rapprochement entre les exploits d'Épiphane et d'Horus, dans les mêmes lieux, c'est-à-dire dans le Delta, est tout à fait remarquable. On est tenté d'y voir une allusiou à l'antique guerre, si célèbre dans les annales égyptiennes, contre les Pasteurs qui possédèrent, pendant plus de deux cents ans, la région inférieure du Delta, ayant pour place d'armes Avaris, comme les ennemis d'Épiphane, Lycopolis. Les prêtres ont-ils donné à dessein une couleur mythique à un événement de l'histoire? Je croirais plutôt qu'ils se reportent à une lutte antérieure, entre les Égyptiens et quelque
peuple conquérant, à une invasion plus reculée dont le souvenir se perpétuait dans cette image d'un captif, les mains liées derrière le dos, que Ton représentait sous la semelle des sandales (1). Cette espèce de type de Tétranger ennemi se retrouvant dans les sculptures d'El-Tell, antérieures à l'époque des pasteurs, doit en effet remonter à une invasion plus ancienne (V. L'hôte, Lettres écrites (T Egypte, p. 70).
Sans Tusage constant d'employer xaGa^rep et la comparaison qu'il annonce, au second terme, j'aurais peut-être rapporté ce membre de phrase à ce qui suit, et non à ce qui précède; d'autant plus qu'il manque une copulative, au deuxième membre, Toù; aç'/;yrj<7. au lieu de touç t' a(p. , ou toÙç ^è âçvjy. Je ne changerai donc rien à la ponctuation admise, et le sens restera le même. Le rédacteur aura oublié un te, comme 1. 10 ; je l'ai suppléé dans les deux cas.
Hermès et Horus avaient soumis (éyeipweiavTo) ceux qui s'étaient révoltés auparavant, TO'j; cèTroTTavTa; TrpoTepov; et, par «auparavant », il faut entendre, du temps d*Osiris, père d'Horus: de même qu'Épiphane avait soumis ceux qui s'étaient révoltés sous son père, tcov aTwOdTavrwv èirl toO éxuToO warpo;. Il y a parité entre les actions; aussi est-il dit d'Horus qu'il a vengé son père, ETrajx'Jvaç tco TraTpî (1. 10), et d'Épiphane, qu'il est venu à Memphis pour venger son père, ÉTCajjLuvûv (et non 6TC3c-
KaGairep *Ep[i.7Î; xai 'ûpo;. Selon ChampoUion, l'égyptien porte « comme Horus et Hermès »; c'est une faute, puisque le complément « fils d'Isis et d'Osiris » appartient à Horus et non pas à Hermès. Il est fort douteux que le rédacteur grec se fût aperçu de cette erreur; et, s'il l'avait trouvée dans l'original, il l'aurait reproduite. C'est un nouvel indice que la rédaction grecque est la première. Le scribe égyptien aura fait encore ici un lapsus.
(1) [Nous ne reproduisons pas cette figure, qu*on peut voir dans Touvrage de L'hôte, /. /.]
3ie INSCRIPTION GRECQUE DE ROSETTE.