‹ Œuvres choisies de A.-J. LetronneChapitre 92 sur 152 · LIGNES XXXVIII, XXXIX · texte numérisé non relu

LIGNES XXXVIII, XXXIX

(77) Ce n'est pas sans raison qu'on a employé le composé é:7X'j$giv, sur-augmenter, au lieu du simple auÇciv, dont on s'est servi plus bas (1. S3). Épiphane a augmenté les honneurs qui avaient été rendus déjà aux premiers Ptolémées.

ChampoUion fait sur sixova une remarque importante. <t Le « texte démotique emploie le sème qui a déjà paru 1. 3, là « où le grec dit encore eixovo;, ce qu'on retrouve à la 1. 33, « répondant toujours au grec Taç etxovaç. Ce mot doit se trace duire rigoureusement par image, représentation, portrail « d'un individu, soit peint, soit sculpté en bas-relief. Lors- « qu'il s'agit d'une statue proprement dite, les deux textes « d'un commun accord emploient d'autres expressions que le « mot €ix(ov et le sème signifiant image ; le grec se sert du (c mot Çoavov. Le texte hiéroglyphique vient lui-même à l'ap- (i pui de cette distinction, puisque, là où le démotique et le « grec disent image, le texte sacré présente un groupe hiéro- « glyphique dont le caractère dominant est Timage même d'un « homme debout, coiffé du Pschent, et costumé comme les « rois qui sont si fréquemment représentés sur les bas-reliefs <( décoratifs des temples. Là, au contraire, où le grec el le « démotique emploient le mot statue^ le texte hiéroglyphique « offre la figure d'une statue ég}'ptienne assise sur un trône.

« les bras étendus sur les cuisses, comme la statue dite de « MemnoQ et la plupart des statues des Pharaons qui décorent c( les façades extérieures et intérieures des temples.

« Il importe donc de traduire à la rigueur etîtcov par image, ce portrait, et Çoavov par statue. »

Cette observation, quant au sens de elxcov (nous reviendrons sur ^oavov à la 1. 41), est confirmée par les circonstances qui accompagnent ce mot, et qui montrent qu'il s^agit, en efTet, d'une de ces scènes d'inauguration ou de consécration, qu'on Voit, en si grand nombre, parmi les anaglyphes des temples de toutes les époques, pharaonique, grecque ou romaine.

Car nous voyons qu'à côté du roi doit être représentée debout (rap6(yT7i$eTat) la divinité principale (ô xupiwTaTo; 6eoç) du temple. Ameilhon croyait que TrxpeaTYi^eTai est une faute du rédacteur, au lieu de irapacTTQceTai, C'est lui qui se trompait : ce mot est un futur moyen de irapieîTyiat (Buttm., AiisfûhrL Gr., § 99, Anm. 3). Aristote, cité par H. Estienne, a le simple ierr-nÇeTat (Thesaur. Gr, ling,, t. IV, p. 695, B. éd. Didot). Lucien emploie aussi la forme Trape^moÇy) (2. pers. du même temps, Imag.j § 14, p. 473, 1. 3), où Paulmier voulait à tort lire xzp8Ç8(jr/)<yri de irape$i<jTa;xxt. Le sens du verbe, littéralement adstare, emporte Tidée que la figure du dieu devait être debout. Ce dieu est le xupuoraToç 6êo;, expression qui désigne celui auquel le temple était spécialement consacré (v. les Rech. pour servir à thist, de VÉg.y p; 31).

C'est la scène si ordinaire où le roi est représenté debout, assisté d'une divinité dans la même position, et accompagnée de divers attributs. Ici, elle doit être dans l'attitude de lui donner l'arme victorieuse, otuXov vixt^tixov, probablement la harpe qu'un dieu présente au roi sur un bas-relief (Champoll., Mon. de r Egypte et de la Nubie^ PI. L.). Cet orT^ov viîc/iTtxov faisait allusion sans doute à la victoire remportée par Kpiphane sur les révoltés. « Cette image portera le nom do Ptolémée ». Ceci exprime l'usage d'accompagner ces figures en anaglyphes du cartouche portant les noms et prénoms du roi. On devait mettre cette scène iv t^ ÎTriçavfçTaTw Tomo de chaque

templo; comme sur uno de ses parois principales, ou sur un pylône, enfin dans un lieu bien en vue; c'est-à-dire, dans les mêmes endroits où nous voyons encore représentées de pareilles scènes. On indique aussi de quelle manière et en quel style les scènes seront exécutées: xxT€çxeua<j(jL£v[a ...JtpoTrov, AmeilhoQ propose de remplir la lacune par xxTeaxe'jaG[Afcv[a x.oL'ïk Tov vo'xijjLov] TpoTTov; Hcyue par . . .et; tov TifAifriraTOv] rpoirov ; enfin Porson, par tov mycopiov] rpoTrov, avec Fellipse élégante de ;c%Tx. Mais le vrai supplément, qui est aussi de la juste longueur et qui, pour le sens, rentre dans le dernier, est y.y.T2<7X£ox<7a^va tov AlvurTÎcdv TpoTîov ; car le texte égyptien, selon ChampoUion, porte : « ces choses étant ainsi disposées, « selon la coutume des Égyptiens. » Cette expression peut encore annoncer que la rédaction grecque est la première. C'est un Grec qui parle ainsi : un Égyptien aurait dit, à ce qu'il semble: selon notre coutume-, tov xx6*7)|jLaç ou Tïpt^Tepov Tpoirov. L'expression est parfaitement justifiée par le style qu'on remarque dans toutes ces scènes religieuses où les rois grecs jouent un rôle. C'est toujours le style égyptien sans aucun mélange.

(78) L'image portera le nom de Ptolémée, icpo'7ovo|jLa(;6ri^c- Txi nToXfijjixiou. La même construction est dans Porphyre : To Xç'eroî^iVjULYiTopo; Trpodayopeye^jÔxi ttj; toutou PxciXeix; {ap. Euseb. C/iron., p. 225, 1. 24). Le texte hiéroglyphique porte : « On érigera une image, son nom sera Ptolémée » (Champ., Gf\ égypt,, p. 277 et 429). Ceci veut dire qu'à côté de l'image sera mis le cartouche royal, contenant le nom et les titres du roi, comme on le voit dans tous les bas-reliefs du même genre.

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