‹ Œuvres choisies de A.-J. LetronneChapitre 96 sur 152 · LIGNE XLIII · texte numérisé non relu

LIGNE XLIII

(83) Quoique le sens eût été plus clair, si Ton eût mis : oTCco; $' 8ii(7Y)u.o; i vaoç t]. • • èmxei'TOai aÙTcj), je pense que le sujet de e'ï^jxo; est vaô; et non ^adiXeu;. Cette construction n'est même pas sans élégance. Le sens est confirmé par le texte égyptien qui signifie : « afin que cette chapelle soit distinguée M {Gramm.égypt., p. 429, 4).

(84) Dans les trois lignes 43, 44 et 4S, est décrit Tomement égyptien que les prêtres ont ordonné de placer sur Tédicule, o;;u); eu<T/];xoç t) , comme ils disent. On a toujours eu quelque peine à se former une idée nette de Tarrangement qui résulte de cette description. Voici Fidée que je m'en forme, d'après les monuments mêmes qui subsistent.

(85) Les mots èmxeiaOxb tû vaco signifient sans nul doute que Tornement sera placé au-dessus de la couverture de Tédicule, et qu'il en formera le couronnement.

Cet ornement se compose de trois parties : et d abord de dix basilies, ^x^i^stai.

Ce mot est ordinairement traduit par «couronne » ; mais il faut bien faire attention qu'il s'applique à un objet qui n'a cer-

taînement rien de commun avec ce que nous appelons une couronne. Aussi le grec, au lieu du mot aréçavo?, n'offre-t-ii que PaciXftta, qui ne signifie au fond qu'ornement royal. Sans Diodore de Sicile, nous saurions difficilement de quoi il s'agit : mais, en parlant de la statue de la mëre d'Osymandyas , il nous dit qu'elle porte sur la tète trois basilies TpeTç ^xai^eiaç hX TTÎ; xefaXTi;, pour indiquer qu'elle était fille, femme et mère de roi (Diod. Sic, I, 48). Ce triple ornement placé sur la tète d'un personnage royal se montre dans une foule de bas-reliefs, et, par exemple, dans le portrait de Sésostris (1) {Mon. deir Egitto, etc. Mon. Reali, PI. XVI, n" 3).

Le même ornement est placé sur la tète d'autres Pharaons et de Ptolémées {même ouvrage, passim; et Descripi. de F Egypte^ Ântiq. , I. PL 13 et suiv.); on y voit deux ou trois basilies liées ensemble , tantôt ayant des aspics au devant , tantôt n'en ayant pas.

Ces basilies posent toujours sur deux cornes de béliers pla^ cées horizontalement, desquelles pendent tantôt des croix ànsées, tantôt des aspics.

Les cornes de béliers qui supportent les basilies, posent tantôt immédiatement sur la tète, où, à vrai dire, l'on ne devine guère comment elles pouvaient tenir; tantôt (même fig.) sur une base carrée, ornée diversement et attachée à la coiffure.

(86) L'expression al; wpodxeiTeTai âariç, rend assez bien la position de l'aspic ou serpent Urœus qui se dresse en avant des basilies, des coiffures divines ou royales (cf. Jacobs ad iElian., Bist. An,, VI, 38; Leemans ad Horapy p. 118 sq.); rpocxêtoôxfc est souvent employé, dans un sens analogue, pour signifier être placé au-devant d'une chose, comme Trpoxetrfat, mais avec l'idée d'addition à cette chose.

(87) Le supplément de la ligne [xaftiicep xai siri racûv] , proposé par Porson, est bien vraisemblable à tous égards, ou plutôt à peu près certain. Ceci suppose que les basilies n'avaient pas toutes d'aspic : et en efFet, on trouve de ces orne-

(1) [Nous ne reproduisons pas cette figure, qu*on peut voir /. /.]

ments auxquels manque cette addition symbolique (par exemple Descr. de FÉg. ant., I, PI. 16, n~ 6, 9, 17, elc).

(88) Maintenant, il y a deux remarques à faire. La première, c'est que ces basilies ne doivent pas être, comme l'indique Diodore de Sicile, et comme les monuments nous le montrent partout, placées sur la tête du roi ; elles le seront sur son naos, comme sur les autres naos ; ce qui prouve qu'il s'agit ici d'un usage général, commun à tous les édicules de ce genre. Or aucun de ceux que les monuments nous font connaître ne présente ce caractère. Leur couverture, plus ou moins bombée, formant rarement un plan horizontal, ou n'est surmontée d'aucun ornement, ou l'est par le corps d'un aspic ou par un épervier qui fait pyramider le tout {Descr, de l'Ég. ant.^ I, PI. 13, n** 4) ; comme dans cet exemple [voir l'endroit cité] où le naos est recouvert d'une manière fort originale par une coiffure aspidophore ; ce que n'a pas bien compris l'auteur du dessin qui a remplacé l'aspic par un poisson.

Ceci nous offre une disposition analogue à celle qui résulte de notre inscription, quoique formée d'éléments différents. Si nous ne trouvons pas d'exemples tout à fait semblables, cela vient probablement de ce que ces divers exemples nous offrent l'édicule de divinités et non de rois divinisés, dont cet édicule était l'apanage ordinaire. La disposition pyramidale qui sera présentée ci-dessous rentre dans celle que je vins de citer.

(89; La seconde remarque à faire, c'est que jamais on ne trouve les basilies au nombre de dix. Il n'y en a pas moins de deux, et jamais plus de trois. Il est donc probable qu'elles n'étaient point ici toutes les dix rangées sur la même ligne, ce qui aurait produit un effet bien peu agréable. Je les conçois disposées en quatre groupes, de trois et de deux, sur les quatre faces du parallélogramme [portrait cité p. 329], qui leur servait de base.

Ce nombre de dix pourrait bien être une allusion à celui des pays sur lesquels s'étendait la domination d'Épiphane. Dans l'inscription d'Adulis, Ëvergète dit qu'il a reçu de son

père la royauté (rnv PaaiXeixv) de TÉgypte, de la Libye (y compris la Cyrénaïque), de la Syrie, de la Phénicie, de Chypre, de la Lycie, de la Carie et des Cyclades; en tout seulement huit ; mais Théocrite, pour le règne de Ptolémée Philadelphe, ajoute TArabie et TÉthiopie {IdylL XYII, 85 sq.) ; ce qui complète le nombre^ H y en avait bien quelqu'un à retrancher, à Tépoque du décret; mais, sans doute, le nombre dix; fixé par celui des basilies sur les monuments des prédécesseurs, devait être respecté. Le roi d'Angleterre ne s'est-il pas appelé roi de France, jusqu'à la paix d'Amiens? le roi de Sardaigne ne s'appelle-t-il pas encore roi de Chypre et de Jérusalem, et l'empereur d'Autriche n'est-il pas toujours roi des Romains? De tout temps, les princes ont difficilement renoncé à ces titres d'honneur qui rappellent des conquêtes, des possessions ou des prérogatives dont leurs ancêtres avaient joui.

Cette explication des dix couronnes me parait meilleure que celle qu'on pourrait tirer d'une certaine préférence accordée au nombre dix, comme expression générale, et dont on verrait un exemple dans cette copie d'une curieuse représentation, trouvée par M. L'hôte dans les grottes d'El-Tell {Lettres écrites d'Egypte, p. 64), dont les sculptures sont au nombre des plus anciennes qui se soient conservées en Egypte (plus haut, n. 53), offrant un pylône, au-devant duquel s'élèvent dix mâts, surmontés de flammes ou étendards (1). Mais, comme les dix basilies ne se trouvent nulle part, c'est une raison de croire que cet ornement était propre aux rois divinisés de la race Ptolémaïque, et se rapportait à l'étendue do leur domination.

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