‹ Œuvres choisies de A.-J. LetronneChapitre 98 sur 152 · LIGNE XLV · texte numérisé non relu

LIGNE XLV

(94) J'arrive à la dernière circonstance, la plus difficile à entendre.

On doit mettre des phylactères d'or sur le tétragone des basilies (èwi toO irepi ràç PaciXeîa; Tcrpaycovou, pour èirl tou tmv ^xciktiCù^f rerp. comme ai wepi to tsiaiux Tj^oval, pour toO ^wfxa- Toç), etc.

£t d'abord qu'est-ce que ce fétragone? Il me semble que ce ne peut être que cette base, nécessairement à quatre faces, qui, sur les tètes royales, couronnées de basilies, leur tient lieu de support.

Remarquons, en effet, que les édicules représentés sur les monuments ayant le toit bombé, comme la tète des personnages royaux, il fallait y placer une base offrant une ligne horizontale, sur laquelle les ornements royaux pouvaient être assujettis.

C'était donc autour de cette base carrée (TgTpiywvov) qu'étaient placées les dix basilies ; et au-dessus s'élevait le Pschent qui les do^iinait toutes.

(95) La réunion dès basilies, du Pschent et du tétragone, constituait un ensemble que l'on désigne ici par le mot paci- Xetov (xarà TO Tcpo2ipr)[Jiivov p.).

Ameilhon et d'autres critiques avaient entendu ce mot, ^xdfcXeiov, de la chapelle, vao;, dont il a été question plus haut. M. Drumann, par une analyse judicieuse (p. 342, 243), avait déjà reconnu que ce mot doit être une expression relative aux basilies ou couronnes. GhampoUion lève toute incertitude à cet égard, en observant que « le texte démotique répète ici le nom du Pschent , et que le texte hiéroglyphique reproduit « la figure de cet ornement ».

Le rédacteur égyptien a donc désigné l'ornement entier par le signe de l'objet le plus remarquable qui en faisait partie; l'objet même aurait été beaucoup trop compliqué pour former un groupe hiéroglyphique.

(96) Il reste enfin à expliquer cette circonstance qu'on « mettra sur le tétragone de^ phylactères d*or », où il sera écrit que « c'est le basiléum du roi », etc.

11 faut d'abord remplir la ligne. 11 est évident, par le commencement de la ligne suivante, que, dans la partie enlevée, il était dit qu'on écrirait sur ces phylactères le nom du roi. C'est sur cette idée que sont fondées les diverses restitutions, telles que xp[w<7a èv ol; ypxirrov o]ti, p. 20, proposée dans V Account of ihe Rosetta stone, etc., p. 20; et cette autre, proposée par Porson, X?[^^^ ^^ ^^^ yeypa^j/eTat Jiojrt. La première est décidément mauvaise; la seconde est très- près do la vérité; le doute peut seulement porter sur les mots, puisque la même idée se rendrait également, et avec presque le même nombre de lettres, par xp[^^* ^^ ^^-^ ypaçOyi'ie- Tai o]ti, ou par olç cyypaçÔTQGeTat oti, ou même par êv oi; iyyp. (comme lyypiçstv èv txi; (7Trj>.ai;, Corp. Inscf\, n** 93, 1. 38) ; on dirait aussi bien cl; à êyyp. Enfin , on pourrait employer le 2* futur ypaç-yicerat, ainsi que l'actif ypàij/ouçtv ou iyypaij/ouçtv, sous-entendu Upetç, comme devant vevof^txaciv, 1. 47, et erreçavr,çopr,Gou<Tiv, 1. 50. Mais c'est l'actif ou le passif qu'on a dû employer, et non le moyen. En tout cas, il manquerait encore un nombre ; car la pensée n'est pas complète ; du moins, il me parait peu conforme à l'ensemble de toute cette description qu'on n'ait pas dit combien de phylactères seraient ajoutés au tétragone. Il est très- vraisemblable que ce nombre était égal à celui des basilics, par conséquent était de dix. Je trouve en effet, dans l'analyse, donnée par ChampoUion, du texte démotique, que le mot qui répond à çuXaxryipta est suivi du même signe «dix», qui suit le mot ^x^fliixç. Le vrai supplément est donc XP[^^* ^^^* ^^^ gyypaçBTjçeTat o]ti è^Tiv toO ^x(j\kéfaç.

Quant au sens qu'on doit attacher ici au mot çuXaxTTfptov, il est fort difficile de le définir précisément. On convient que les çuXaxnr.pia étaient des amulettes ou des préservatifs contre des malheurs physiques ou moraux. La circonstance que ces phylactères doivent être inscrits et porter le nom du roi, rap*

prochéo des noms royaux qui occupent si souvent le dessous d^s scarabées, donne lieu de présumer que ce sont des scarabées qu'on a voulu désigner, d'autant plus qu'il s'en trouvé en or et de dorés. S'il est quelque chose do probable sur Tusage de ces objets sacrés, c'est qu'ils étaient, le plus souvent, des amulettes ou talismans, portés soit en anneaux, soit su^ pendus au cou, placés sur le corps des momies ou peints sur leur caisse, comme çuXaxnnpta, selon l'expression grecque, ou préservatifs.

Dans le cas où les phylactères dont il s'agit seraient réellement des scarabées, on lès concevrait appliqués, emTiîéjwvoi, sur le tétragone, le dessous tourné en dehors, de manière à montrer le nom du roi, gravé sur la partie plate. Mais on peut se les figurer autrement, et par exemple, comme le montre le dessin (1), exprimant le nom de «Ptolémée, toujours vivant, chéri de Phthas », qui senties épithètes constaniment données à Épiphane dans l'inscription grecque, et qu'on retrouve dans le cartouche royal de la partie hiéroglyphique (1. 6, 12, 14); Ils devaient être placés sur les quatre côtés du tétragone, ainsi que les aspics le sont sur le tétragone du portrait de Sésostris.

Il se peut que le cartouche fût double, c'est-à-dire qu'il présentât le prénom avec le nom. Dans ce cas , les dix phylactères avec le nom du roi auraient offert dix couples de cartouches au lieu de dix cartouches simples.

Ces cartouches, simples ou doubles, devaient être gravés sur une plaque d'or, appliquée au tétragone ; et, puisqu'ils étaient au nombre de dix, chacun devait correspondre à l'une des basilics; comme on le voit dans cette autre figure, laquelle, formée de tous les éléments rassemblés dans les quatre figures précédentes, représente, à mon sens, le basiléum tout entier, que les prêtres ordonnent de placer sur le naos d'Épiphane.

(1) [Que nous ne reproduisons pas : il s'agit du cartouche de Ptolémée accoslc de deux ureeus coiffés Tun-du bonnet de la Haute-Egypte, Pautre de celui delà Basae-Kgypte.]

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